Un Québécois dans la garde rapprochée de Jagmeet Singh

Éric Demers a préparé son chef, Jagmeet Singh, lors des débats télévisés des élections de 2019 et de 2021.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Éric Demers a préparé son chef, Jagmeet Singh, lors des débats télévisés des élections de 2019 et de 2021.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) choisit un Québécois pour élaborer sa stratégie de communication partout au pays. Il s’agit du syndicaliste Éric Demers, un proche collaborateur du seul député du parti au Québec, Alexandre Boulerice, qui ne se gêne pas pour critiquer le gouvernement Legault sur les réseaux sociaux.

C’est en jouant au water-polo que les deux hommes se sont rencontrés. « Pour donner une idée : c’est un bagarreur, lâche le député Boulerice. C’est le genre de personne qui bouffe de la politique, et qui ne fait pas de prisonniers. Il a un franc-parler, mais il est capable d’une finesse dans l’argumentaire, dans les communications. »

Le néodémocrate a gagné ses élections à répétition dans Rosemont–La Petite-Patrie, à Montréal, depuis qu’Éric Demers s’est joint à son équipe en vue du scrutin de 2011. Après cette élection, il allait siéger à Ottawa aux côtés de nombreux autres députés du NPD élus lors de la « vague orange ». Alexandre Boulerice est maintenant le seul Québécois restant dans l’équipe.

« Des fois, les journalistes ou les chroniqueurs, vous parlez de la “machine Boulerice” dans Rosemont–La Petite-Patrie. Celui qui l’a conçue et l’a bâtie, la “machine”, c’est Éric Demers », assure le député, en entrevue avec Le Devoir depuis Montréal.

Proche du chef

 

Même après avoir accepté un emploi comme conseiller en communications à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), en 2016, Éric Demers restait joignable pour le NPD. Il a préparé son chef, Jagmeet Singh, lors des débats télévisés des élections de 2019 et de 2021, notamment. Il deviendra à partir de lundi le directeur national des communications de ce parti à gauche de l’échiquier politique canadien.

Dans le reste du Canada, les néodémocrates le connaissent pour avoir travaillé pour le candidat à la course à la chefferie de 2012 Brian Topp, finalement défait par Thomas Mulcair. Il s’est aussi rendu en Colombie-Britannique pour se joindre à la campagne néodémocrate provinciale, l’année suivante.

« Ce qui m’intéresse, et ce qui va être ma job, c’est de faire en sorte que le maximum de gens possible puisse entendre parler des bons coups qu’on a faits », explique Éric Demers.

À 50 ans, il s’enthousiasme à l’idée de retourner travailler à plein temps pour le NPD au moment où son parti a conclu une entente avec le Parti libéral du Canada. Cet arrangement doit permettre au gouvernement minoritaire de Justin Trudeau de rester au pouvoir jusqu’en 2025, à certaines conditions.

« Comme l’assurance dentaire, c’est gros », dit-il, en référence aux nouvelles prestations pour les soins dentaires des enfants que son parti a négociées, et qui devraient bientôt être étendues aussi aux personnes âgées, selon l’entente.

C’est un bagarreur. C’est le genre de personne qui bouffe de la politique, et qui ne fait pas de prisonniers. Il a un franc-parler, mais il est capable d’une finesse dans l’argumen­taire, dans les commu­nications.

 

En plus de M. Demers, l’entourage de Jagmeet Singh comprend aussi les Québécois Jonathan Gauvin, récemment promu chef de cabinet adjoint, lui-même remplacé par François Soucy, nouveau chef de la recherche et des affaires parlementaires du NPD.

Du point de vue d’Alexandre Boulerice, « c’est le fun d’avoir un Québécois de plus dans la garde rapprochée de Jagmeet ». Pour Éric Demers, c’est aussi une affaire de « sensibilité » particulière. « Le Québec a une relation différente avec le gouvernement fédéral. Il n’y a pas de doute au NPD là-dessus. »

Critique de François Legault

 

Photographe à ses heures, il exprime régulièrement ses opinions sur les réseaux sociaux. Sa page Facebook regorge de moqueries et de critiques en tout genre à l’endroit du premier ministre du Québec, François Legault. Il prend par exemple la défense du mot « woke », et critique certaines décisions du Québec durant la pandémie de COVID-19.

« Désolé, mais fuck you Legault ! Retour du couvre-feu à 20 h à Montréal. Tu me niaises ? », a-t-il écrit sur sa page Facebook en avril 2021.

Le principal intéressé a émis un rictus en se souvenant de ce propos, rédigé dans « un moment d’écoeurantite qui était partagé par plusieurs ». Il a minimisé l’impact de ses coups de gueule, « pour la plupart humoristiques », puisqu’il dit n’avoir aucun problème à s’asseoir avec quelqu’un qui a des opinions différentes. « J’ai des amis à la CAQ [Coalition avenir Québec], j’ai des amis un peu partout. On se tire la pipe une fois de temps en temps. »

Il entre en poste au NPD au moment où son chef, Jagmeet Singh, connaît depuis plusieurs années une certaine stagnation auprès de l’opinion publique. Le parti est crédité à 13 % des intentions de vote au Québec, parmi les électeurs décidés, selon un sondage Léger-Le Devoir publié la semaine dernière. Un sondage Ipsos publié la même semaine lui accorde à peine 9 %, un peu moins que ce qu’il a obtenu en 2021.

Malgré les tentatives du NPD de croître au Québec lors des dernières élections, seul Alexandre Boulerice avait alors obtenu la faveur des électeurs, dans Rosemont–La Petite-Patrie, à Montréal.

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