Enquête parlementaire sur les contrats à la firme McKinsey

Sept ministres devront comparaître pour une déclaration d’ouverture et trois séries de questions, a décidé le comité. Un membre de la haute direction de McKinsey au Canada ainsi que l’ancien patron de la firme, Dominic Barton, seront également convoqués.
Sean Kilpatrick Archives La Presse canadienne Sept ministres devront comparaître pour une déclaration d’ouverture et trois séries de questions, a décidé le comité. Un membre de la haute direction de McKinsey au Canada ainsi que l’ancien patron de la firme, Dominic Barton, seront également convoqués.

Des ministres fédéraux et la haute direction de la firme de consultants McKinsey devront venir s’expliquer devant les élus du comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires qui étudieront les plus de 100 millions de dollars de contrats octroyés par Ottawa à la multinationale depuis 2011.

La motion conservatrice qui a été adoptée mercredi précise que les parlementaires se pencheront sur l’efficacité, la gestion et le fonctionnement des contrats.

Sept ministres devront comparaître pour une déclaration d’ouverture et trois rondes de questions, a décidé le comité. Un membre de la haute direction de McKinsey au Canada ainsi que l’ancien patron de la firme, Dominic Barton, seront également convoqués.

En présentant sa motion, la députée conservatrice Stephanie Kusie a décrit McKinsey comme un « gouvernement fantôme ». Selon elle, la situation actuelle « démoralise » les fonctionnaires et entraîne un « gaspillage incroyable ». Ultimement, a demandé la députée, « qui dirige véritablement le Canada » ?

La porte-parole du Bloc québécois en matière de services publics, d’approvisionnement et d’opérations gouvernementales, Julie Vignola, a renchéri en se demandant si le gouvernement a l’expertise à l’interne et, si c’est le cas, pourquoi elle n’est pas utilisée.

« Il n’y a rien de plus démotivant pour un employé que d’avoir l’impression que son travail n’est pas reconnu, a-t-elle dit. Et pour le payeur de taxes, ça veut dire qu’il paie à deux places : il paie pour le consultant et il paie pour l’employé qui est mal utilisé. »

Il n’y a rien de nouveau, a résumé le porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière d’éthique, Matthew Green, en dénonçant « une classe de consultants » en faisant référence à d’autres firmes qui font des affaires d’or avec le gouvernement, notamment Deloitte.

M. Green a dit souhaiter que l’exercice change les pratiques de sorte qu’il soit difficile pour les futurs gouvernements de se rendre à une situation où ils ont « des liens personnels étroits avec la haute direction, et certains de ces consultants sous-traitants ».

Pas d’objection des libéraux

Le secrétaire parlementaire de la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anthony Housefather, a déclaré que l’étude sur McKinsey est une part importante du « rôle de surveillance » du comité.

Il a toutefois présenté un amendement, qui a été adopté, pour que l’étude couvre le dernier mandat des conservateurs en remontant à 2011 plutôt que de commencer à l’arrivée au pouvoir des libéraux en novembre 2015.

Questionné plus tôt en journée par des journalistes peu de temps avant le début des travaux parlementaires sur ce dossier, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé qu’il « accueille de façon très positive le travail que le comité du gouvernement va entamer aujourd’hui pour s’assurer qu’effectivement les Canadiens ont eu valeur pour leurs investissements ».

« La plupart de ces contrats ont été sélectionnés par compétition ouverte », a-t-il mentionné en mêlée de presse dans la foulée de son passage à Shawinigan.

Or, ce sont seulement trois contrats sur les 23 attribués par Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) à McKinsey qui l’ont été dans le cadre de processus concurrentiels, a indiqué mercredi soir le ministère par communiqué. Ces trois contrats représentent tout de même plus de la moitié de la valeur totale des contrats attribués à McKinsey.

Il a rappelé qu’il a demandé à deux de ses ministres — soit celle de l’Approvisionnement, Helena Jaczek, et la présidente du Conseil du Trésor, Mona Fortier — d’évaluer les circonstances de l’octroi de contrats.

« On a des règles très strictes par rapport à des contrats qui seraient octroyés à différentes firmes pour améliorer les services et moderniser ce que la fonction publique peut offrir aux Canadiens. On va s’assurer que ces règles ont été suivies », a ajouté M. Trudeau.

Le chef conservateur, Pierre Poilievre, qui était également de passage en Mauricie, a pris la balle au bond lors d’un point de presse pour dénoncer le « gaspillage, y compris les contrats pour les petits amis ».

« On a vu [pour] McKinsey : 100 millions de dollars pour cette entreprise liée à Justin Trudeau dont le directeur est ami personnel de Justin Trudeau », a-t-il ajouté, en référence à Dominic Barton.

Imposante liste de témoins et de documents

Les ministres convoqués au comité sont la présidente du Conseil du Trésor, Mona Fortier, la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Helena Jaczek, la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, la ministre de la Défense nationale, Anita Anand, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser, le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos et le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino.

Le comité « recommande » aussi à la vérificatrice générale d’effectuer, dès que possible, « une vérification du rendement et de l’optimisation des ressources des contrats accordés à McKinsey & Company » depuis le 1er janvier 2011 par tout ministère, organisme ou société d’État.

Chaque ministère, agence ou société d’État qui a conclu un contrat avec McKinsey devra fournir au comité d’ici cinq semaines une foule de documents en français et en anglais. La liste fait mention de copies des appels d’offres liés aux contrats attribués à la firme ; des offres, des soumissions, des contrats conclus ; de l’ensemble de la correspondance et des communications électroniques ; des états des travaux effectués pour chaque contrat ; l’ensemble des travaux fournis ; les factures fournies ; les relevés de tous les paiements et les taux horaires et / ou journaliers facturés pour chaque employé.

Le comité ordonne également à McKinsey de fournir d’ici trois semaines des copies de tous les documents demandés au gouvernement, sans nécessairement qu’ils soient traduits. À cela, le comité exige également que la firme fournisse la description des travaux effectués pour chaque contrat gouvernemental, les feuilles de temps, les taux facturés, le nom des responsables de chaque projet, tous les documents relatifs à de la sous-traitance en lien avec un contrat, toutes les communications qui les touchent et la liste complète de ses clients depuis 2011.

L’étude débutera à la reprise des travaux, le lundi 30 janvier.

Pus de 100 millions de dollars en contrats

Au cours des dernières semaines, les imposantes dépenses d’Ottawa pour des contrats accordés au cabinet-conseil McKinsey ont fait la manchette.

Faisant le point mercredi soir par communiqué, Services publics et Approvisionnement Canada a indiqué avoir attribué, depuis 2015, un total de 23 contrats à McKinsey Company, pour une valeur totale cumulée de 101,4 millions de dollars.

Ainsi, selon SPAC, trois de ces contrats ont été attribués dans le cadre de processus concurrentiels, pour une valeur totale de 55,8 millions de dollars.

Dix-huit de ces contrats (d’une valeur totale de 45,6 millions de dollars) ont été conclus en tant que commandes subséquentes à une offre à commandes principale et nationale (OCPN), un programme en matière de contrats à fournisseur unique. Deux contrats à fournisseur unique ont été attribués en dehors de l’OCPN, dont un contrat de faible valeur (24 860 $) et un contrat à valeur nulle, peut-on lire dans le communiqué du ministère.

SPAC souligne que ces chiffres n’incluent pas les contrats qui auraient pu être attribués par d’autres ministères et agences fédéraux en vertu de leur propre autorité. «Nous sommes en train de rassembler l’information à propos des contrats qui ont été attribués par d’autres ministères et agences, et nous pourrons ensuite fournir cette information», a-t-on indiqué.

Avec des informations d’Émilie Bergeron

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