Le Japon repart du Canada sans promesse sur le GNL

Le premier ministre Justin Trudeau a accueilli son homologue japonais, Fumio Kishida, sur la colline du Parlement, à Ottawa, jeudi.
Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau a accueilli son homologue japonais, Fumio Kishida, sur la colline du Parlement, à Ottawa, jeudi.

Le premier ministre du Japon a terminé sa visite officielle au Canada jeudi en admettant ne pas avoir conclu l’entente espérée qui lui aurait assuré de recevoir davantage de gaz naturel liquéfié (GNL) canadien.

« Nous n’avons pas pris d’engagement officiel », a dit sans détour aux médias Fumio Kishida, par le biais d’un interprète, jeudi.

« Mais dans tous les cas, il est important de favoriser les échanges commerciaux entre les deux pays », a diplomatiquement ajouté le dirigeant japonais aux côtés de son homologue canadien, Justin Trudeau. Les deux ont annoncé envoyer des missions commerciales dans l’autre pays en 2023 ; le Japon sera également l’hôte du prochain sommet du G7, à Hiroshima, en mai.

Le Japon est soucieux d’obtenir un approvisionnement stable en gaz naturel, au moment où il tente de se défaire de ses importations russes, à l’instar de nombreux autres pays depuis l’invasion de l’Ukraine. La puissance économique asiatique lorgne le gaz canadien, dont elle espère augmenter encore les importations prévues pour les prochaines années.

Un terminal pour l’instant

En réponse aux questions des médias, le premier ministre Justin Trudeau s’est dit « très emballé » par le projet LNG Canada, la construction d’un important terminal de gaz naturel liquéfié à Kitimat, en Colombie-Britannique. Le projet est mené par la compagnie Shell, avec la participation de l’entreprise japonaise Mitsubishi, entre autres, et les installations devraient être opérationnelles en 2025. Rien n’a encore été décidé quant à sa possible expansion — et donc à l’envoi de plus de gaz du côté de l’Asie.

« Nous avons parlé de la façon dont le Canada peut être un fournisseur fiable pour les ressources énergétiques, notamment, mais aussi pour les minéraux essentiels ainsi que pour les produits agricoles », a précisé Justin Trudeau. Il a ajouté que tous les pays du monde réfléchissaient à une transition de sortie des énergies fossiles et que les entreprises japonaises étaient aussi intéressées par les promesses de production de batteries canadiennes.

La délégation japonaise a quitté le Canada en fin d’après-midi, jeudi, pour Washington. Elle était préalablement passée par Paris, Rome et Londres, afin de conclure notamment des ententes de collaboration militaire. Le Japon augmente considérablement son budget de défense pour faire face aux menaces à « l’ordre international » que sont la Chine, la Russie et la Corée du Nord, une décision explicitement approuvée par le Canada.

Occasion ratée

« Les Japonais sont probablement déçus [de ne pas avoir conclu une entente sur le GNL]. C’est capital pour l’économie japonaise », soutient Stephen R. Nagy, professeur de sciences politiques et d’études internationales à l’Université chrétienne internationale de Tokyo.

Celui qui est aussi fellow à l’Institut Macdonald-Laurier, situé à Ottawa, croit qu’il s’agit d’une occasion manquée pour le Canada, comme le Japon cherche un partenaire de confiance pour conclure des ententes énergétiques.

Toutefois, de l’avis de Sachiyo Kanzaki, professeure à l’UQAM et membre de son Observatoire de l’Asie de l’Est, le Japon ne compte pas absolument sur le Canada pour son approvisionnement en gaz. Le pays est conscient que d’autres États tentent de toute urgence de s’affranchir du gaz russe. « Géopolitiquement, le Japon se sent un peu comme l’Ukraine, dit-elle. Il est à l’autre extrémité du bloc de l’Est. Maintenant, il devient le front du monde occidental, en tant que voisin du géant qu’est la Chine. »

« L’environnement de sécurité n’est plus ce qu’il était », a d’ailleurs lâché le premier ministre Kishida en conférence de presse, jeudi. Son pays avait déjà publié sa stratégie indo-pacifique au moment du dévoilement de celle du Canada, en novembre, et elle a le même objectif de faire contrepoids à la Chine dans la région pacifique. Pour la suite, le Japon et le Canada se sont promis de « coordonner leurs actions » dans le dossier chinois.

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