Le gouvernement «assumera ses responsabilités» après le chaos durant les Fêtes

Des représentants de WestJet ont été interrogés jeudi à Ottawa, dont (de gauche à droite) Jared Mikoch-Gerke, directeur des relations gouvernementales et des affaires réglementaires, Andrew Gibbons, vice-président aux affaires extérieures et Scott Wilson, vice-président des opérations.
Sean Kilpatrick La Presse canadienne Des représentants de WestJet ont été interrogés jeudi à Ottawa, dont (de gauche à droite) Jared Mikoch-Gerke, directeur des relations gouvernementales et des affaires réglementaires, Andrew Gibbons, vice-président aux affaires extérieures et Scott Wilson, vice-président des opérations.

Le ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, a déclaré jeudi que le gouvernement libéral assumerait ses responsabilités à la suite du chaos survenu dans les transports pendant les vacances des Fêtes, que les transporteurs ont attribué à la météo.

Le ministre a été le dernier témoin à comparaître lors des audiences marathons du Comité des transports de la Chambre des communes, jeudi.

Les députés membres du comité cherchent à savoir ce qui a flanché un peu avant Noël, puis les jours suivants, lorsque des milliers de Canadiens ont vu leurs vols annulés ou retardés, et que des centaines d’autres se sont retrouvés bloqués à l’étranger.

Le ministre Alghabra a tenu à souligner jeudi que la tempête hivernale qui a balayé une grande partie du pays et déclenché les perturbations généralisées n’avait pas entraîné de défaillances de la part des agences gouvernementales chargées des contrôles de sécurité aux douanes et dans les aéroports ni de longues files d’attente comme l’été dernier.

Mais il a promis que les libéraux fédéraux assumeraient leurs responsabilités dans ce dossier. « Je veux vous assurer que notre gouvernement ne se cache pas, a-t-il déclaré. Nous allons assumer nos responsabilités, et l’industrie doit assumer les siennes. »

Il a déclaré que le plus gros problème pendant les vacances des Fêtes, c’est que les passagers se sont sentis laissés dans le noir lorsque la compagnie aérienne retardait ou annulait leur vol.

Sunwing, WestJet et Air Canada

Plus tôt jeudi, les dirigeants de Sunwing, de WestJet et d’Air Canada ont offert un mélange d’explications et d’excuses pour ce qui s’est passé, alors qu’ils rejetaient la responsabilité du chaos sur la météo.

Les membres du comité des Communes ont adressé bon nombre de leurs questions à Sunwing, le transporteur et voyagiste qui a laissé en plan des centaines de vacanciers canadiens au Mexique, lorsque leurs vols de retour ont été annulés.

Le président de la compagnie aérienne, Len Corrado, a commencé ses remarques par des excuses. « Nous n’avons pas réussi à atteindre le niveau auquel nous nous attendions et que les Canadiens attendaient de nous au cours de cette période des Fêtes », a-t-il admis.

M. Corrado a ajouté que les tempêtes hivernales avaient causé des retards massifs dans les aéroports du Québec et de l’Ontario, et avaient presque complètement fermé l’aéroport de Vancouver.

Sunwing a suscité une nouvelle colère en annonçant, le 29 décembre, qu’elle annulait tous ses vols au départ de la Saskatchewan, jusqu’au début de février.

M. Corrado a expliqué jeudi que la demande de Sunwing d’embaucher temporairement 63 pilotes étrangers pour l’hiver avait été rejetée, la laissant incapable de doter en personnel tous ses vols. Sunwing a appris pour la première fois que sa demande avait été rejetée vers le 9 décembre, et elle a tenté de trouver d’autres solutions avant d’annoncer les annulations le 29 décembre, a appris le comité.

La députée libérale Pam Damoff a fait remarquer jeudi que Sunwing n’aurait pas dû accepter des réservations sur des vols sans savoir si elle pouvait trouver du personnel.

7000 plaintes

Andrew Dawson, président des activités touristiques pour Sunwing Travel Group, a d’ailleurs déclaré qu’il avait reçu jusqu’ici 7000 plaintes de voyageurs concernant des problèmes vécus pendant les Fêtes.

Des passagers bloqués au Mexique ont déclaré aux médias qu’ils avaient été déplacés entre les hôtels et qu’ils avaient du mal à obtenir des réponses claires de Sunwing sur le moment où ils pourraient rentrer chez eux.

Des députés membres du Comité des transports ont déclaré qu’ils avaient entendu le témoignage de passagers bloqués dans les aéroports du pays qui ne pouvaient pas obtenir de réponses de leur compagnie aérienne sur le moment où ils obtiendraient un siège sur un autre vol.

Le président de Sunwing a par ailleurs affirmé que le premier contact entre le ministre Alghabra et son entreprise serait survenu plusieurs jours après le début de la tempête hivernale.

« Je crois que le premier contact avec le ministre a été le 29 décembre », a répondu M. Corrado, questionné à ce sujet par le député conservateur Mark Strahl.

Le dirigeant de la ligne aérienne vertement critiquée par une foule de voyageurs a mentionné qu’il y a eu des contacts réguliers, au fil des événements, avec l’Office des transports du Canada.

Une tempête impromptue

Des représentants d’Air Canada et de WestJet ont de leur côté déclaré aux députés qu’ils avaient fait de leur mieux pour se préparer à une période des Fêtes chargée, mais qu’ils avaient dû faire face à l’arrivée impromptue d’une tempête hivernale qui a frappé de plein fouet les aéroports.

Du côté d’Air Canada, deux vice-présidents ont indiqué que les contacts durant la période chaotique avaient été réguliers avec le gouvernement de Justin Trudeau.

« Quand les événements sont arrivés au mois de décembre, il y a eu des contacts réguliers, presque chaque jour, à différents niveaux, avec le bureau du ministre [des Transports] et le ministère également pour donner des mises à jour et échanger de l’information », a dit David Rheault, qui est vice-président aux relations gouvernementales et avec les collectivités pour le transporteur aérien.

Le vice-président aux Affaires extérieures de WestJet, Andrew Gibbons, a pour sa part soutenu que les communications continues avaient débuté « très tôt » avec le bureau du ministre Alghabra — « je dirais le 20 ou 21 décembre, au moment où les incidents commençaient réellement à prendre forme », a-t-il résumé en faisant allusion à la météo.

Le vice-président de WestJet, Andrew Gibbons, qui supervise les affaires extérieures, a admis quant à lui que les problèmes pendant les Fêtes montraient que la compagnie aérienne devait mieux communiquer avec ses passagers.

Renforcer la charte des voyageurs ?

Il a par ailleurs repoussé les affirmations de députés selon lesquelles ce chaos milite pour un renforcement des réglementations existantes sur la protection des passagers. En vertu du Règlement sur la protection des passagers aériens, communément appelé « charte des voyageurs », les passagers peuvent demander une indemnisation aux compagnies aériennes lorsque des vols sont retardés ou annulés.

Lors de son témoignage, le ministre Alghabra a réitéré qu’il prévoyait de renforcer ces règles dans un nouveau projet de loi, qui pourrait être déposé dès ce printemps.

Les conservateurs fédéraux et les néodémocrates conviennent que les règles doivent changer, notamment pour obliger les compagnies aériennes à indemniser automatiquement les passagers, plutôt que de les obliger à déposer d’abord une plainte lorsque leur vol est retardé ou annulé.

Le député néodémocrate Taylor Bachrach a enfin pressé les responsables d’Air Canada d’expliquer comment les passagers se sont retrouvés coincés sur le tarmac de l’aéroport de Vancouver pendant plus de 11 heures.

Kevin O’Connor, vice-président du contrôle des activités des systèmes d’Air Canada, a déclaré qu’il n’y avait pas alors de façon sécuritaire de permettre aux passagers de débarquer de l’appareil. Il assure que toutes les options ont été explorées et que toutes les questions ont été posées ce jour-là.

La présidente de l’Autorité aéroportuaire de Vancouver, Tamara Vrooman, a déclaré que l’aéroport n’avait pas reçu de demande d’Air Canada pour apporter de la nourriture ou de l’eau aux passagers retenus à bord pendant onze heures. La principale demande de la compagnie aérienne était d’avoir accès à une porte de débarquement, a-t-elle soutenu.

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