Test électoral pour Justin Trudeau dans Mississauga-Lakeshore

La popularité du gouvernement de Justin Trudeau sera mise à l’épreuve lundi soir dans ce comté proche de Toronto.
Photo: Étienne Lavoie Le Devoir La popularité du gouvernement de Justin Trudeau sera mise à l’épreuve lundi soir dans ce comté proche de Toronto.

On peut presque compter sur les doigts d’une main le nombre de pancartes dans la circonscription de Mississauga-Lakeshore, mais il ne faut pas s’y méprendre : la région est en mode électoral. Lundi soir, la popularité du gouvernement de Justin Trudeau sera mise à l’épreuve dans ce comté non loin de Toronto, une région charnière pour les partis fédéraux, à l’occasion d’une élection partielle qui opposera un visage familier et un nouveau venu.

Le candidat libéral Charles Sousa n’a plus besoin de présentation à Port Credit, un quartier du sud de la circonscription sis sur les berges du lac Ontario. L’ancien ministre des Finances de l’Ontario était le député provincial de l’endroit de 2007 à 2018, et il a grandi dans cette municipalité de 715 000 habitants, à l’ouest de la Ville Reine. « C’était un bon ministre », se rappelle Dave Taylor. « C’est une très bonne candidature », estime Bob Fellows, rencontré devant une épicerie de la route Lakeshore.

La partie n’est toutefois pas gagnée d’avance pour M. Sousa : au niveau provincial, les conservateurs de Doug Ford y ont remporté la mise lors des élections de 2018 et de 2022.

Et selon Peter Graefe, professeur de science politique à l’Université McMaster, le candidat libéral n’a pas le profil le plus reluisant. « Ce n’est pas quelqu’un qui reçoit beaucoup de crédit pour de grandes réalisations », dit-il. M. Sousa a aussi fait partie du gouvernement de Kathleen Wynne, qui était très impopulaire, note quant à lui Greg Lyle, président de la firme de sondage Innovative Research.

Son principal opposant, le conservateur Ron Chhinzer, a eu la visite de Pierre Poilievre — qui revêt le chapeau de chef de parti fédéral pour une première fois en période électorale — et peut compter sur une base partisane locale. « J’ai voté pour Ron puisqu’il est conservateur », affirme Sharon, qui préfère ne pas partager son nom de famille. « Je vais probablement voter conservateur », glisse Phil Hale. Le résident de Mississauga est insatisfait des récentes décisions des progressistes-conservateurs de Doug Ford, mais les conservateurs fédéraux lui conviennent encore. « Je n’ai jamais été pro-Trudeau », dit-il.

Mississauga-Lakeshore est une circonscription baromètre, estime le candidat libéral Charles Sousa. « Ça pourrait aller des deux côtés. »

Et si le professeur Graefe prévient qu’il ne faut pas attacher trop d’importance aux élections partielles, vu le faible taux de participation qui y est habituellement observé, une défaite libérale pourrait indiquer une popularité en perte de vitesse. « Si les conservateurs veulent reprendre le pouvoir un jour, c’est exactement le type de comté qu’ils doivent apprendre à gagner », affirme l’analyste de sondages Philippe J. Fournier.

Un candidat ministrable ?

Une véritable parade de ministres fédéraux s’est déroulée en novembre dans Mississauga–Lakeshore, dont le siège est vacant depuis le départ du député libéral Sven Spengemann l’été dernier. Le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, et la ministre du Commerce international, Mary Ng, ont notamment rendu visite à Charles Sousa. Certains analystes estiment d’ailleurs que ce dernier pourrait rejoindre le cabinet Trudeau vu son expérience au provincial, bien que le politologue Peter Graefe en doute.

Quoi qu’il en soit, la possibilité de voir leur député devenir ministre des Finances — l’un des postes les plus en vue du gouvernement fédéral — pourrait encourager des électeurs à lui accorder leur vote, estime Myer Siemiatycki, professeur émérite de science politique à l’Université métropolitaine de Toronto. « Il y a un sentiment chez les gens de Mississauga que le reste du pays ne les respecte pas, qu’il ne lui donne pas la reconnaissance qu’ils méritent », dit-il. La nomination de l’un des leurs aux Finances pourrait répondre à ce désir de reconnaissance, pense le professeur.

Lors d’un court entretien téléphonique, le principal intéressé se contente de dire qu’il ne cherche qu’à être élu. « Je n’ai pas pensé à obtenir d’autres postes au sein du gouvernement », poursuit-il.

Son adversaire conservateur Ron Chhinzer, qui a lui aussi eu la visite de plusieurs membres influents de son parti ces dernières semaines, se fait plus discret depuis le début de la campagne. « On ne fait pas beaucoup d’entrevues », a noté un bénévole de son bureau de campagne. M. Chhinzer n’y était pas au passage du Devoir, et son équipe n’a pas répondu à des demandes d’entrevues.

Chaude lutte

Le résultat risque d’être serré lundi, estime le président de la firme de sondage Innovative Research, Greg Lyle. Libéraux et conservateurs sont sur un pied d’égalité dans les intentions de vote pancanadiennes, et les partis au pouvoir essuient habituellement un léger recul lors d’élections partielles.

Tout risque donc de se jouer sur le terrain, selon M. Lyle. L’équipe de Pierre Poilievre, menée par l’organisatrice Jenni Byrne, répétera-t-elle les exploits de sa campagne au leadership conservateur, lors de laquelle elle a recruté plus de 300 000 membres ? C’est la question que le sondeur se pose.

Il y a un sentiment chez les gens de Mississauga que le reste du pays ne les respecte pas

 

Dans le quartier de Port Credit, certains électeurs se disent encore indécis à trois jours du vote. « Je vote souvent en fonction du parcours du candidat. J’aime que Charles Sousa ait été ministre des Finances de l’Ontario », explique Suzanne Laferrière, une Franco-Ontarienne native d’Alexandria, une petite municipalité de l’est de la province. « Je dois voir ce que Ron Chhinzer a fait, dit-elle. Je peux aller d’un parti à un autre », explique l’électrice.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

À voir en vidéo