Justin Trudeau assure ne pas vouloir s’en prendre aux chasseurs

Le premier ministre Justin Trudeau a soutenu lundi que son gouvernement ne s’en prendrait pas aux chasseurs avec son projet de loi C-21. La définition de ce que constitue une arme d’assaut prohibée ne ciblera « pas les carabines ou les fusils de chasse », a-t-il déclaré.

Le gouvernement libéral veut plutôt interdire les modèles qui ont été « créés pour tuer le plus grand nombre de gens le plus rapidement », a-t-il expliqué.

Le débat entourant le projet de loi C-21 a été ravivé par une publication, samedi, du joueur de hockey Carey Price. Le gardien vedette du Canadien, qui ne joue pas cette saison en raison d’une blessure au genou, a pris position publiquement en faveur du maintien de l’importation, de la vente et de la revente des armes de poing au Canada.

« Ce que Justin Trudeau essaie de faire est injuste. Je soutiens la CCDAF [Coalition canadienne pour les droits des armes à feu] pour garder mes outils de chasse », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.

Créer une telle promotion [...] est dégoûtant et répréhen-sible. Nous leur demandons de s’excuser.

 

« L’arme à feu illustrée dans la publication de Carey Price n’est pas interdite en ce moment et restera légale », a avancé Audrey Champoux, l’attachée de presse du ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino. Une analyse de la Gendarmerie royale du Canada laisse penser qu’il s’agirait d’une arme de type Benelli, a indiqué au Devoir Mme Champoux.

L’attachée de presse explique que, selon les informations disponibles, le magasin de l’arme — partie où sont stockées les cartouches — semble ne pas pouvoir se détacher.

Plusieurs critères font en effet rentrer une arme à feu dans la catégorie des armes d’assaut, selon le gouvernement libéral. Parmi eux figurent un magasin détachable, ou la présence d’un chargeur pouvant contenir plus de cinq balles, a listé Mme Champoux.

La relationniste du ministre Mendicino précise toutefois qu’il est impossible de déterminer exactement le modèle d’arme porté par M. Price puisque ses mains en cachent une partie.

La publication du hockeyeur a été saluée sur Twitter par le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre. « Carey a tout à fait raison. La chasse est une grande tradition canadienne. Les tentatives de Trudeau d’interdire les fusils de chasse sont une attaque contre les populations rurales et autochtones. » Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, s’est lui aussi dit « obligé d’être d’accord avec Carey Price là-dessus ».

Carey Price ne savait pas pour Polytechnique

 

Critiquée entre autres par le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, la prise de position du joueur a créé la controverse, notamment parce que Carey Price a choisi de s’exprimer trois jours avant la commémoration de la tragédie de Polytechnique.

Le 6 décembre 1989, un homme armé a assassiné 14 femmes et blessé 13 personnes à l’École polytechnique de Montréal parce qu’elles étaient des femmes.

Lundi, Radio-Canada a rapporté que Carey Price, qui joue depuis 15 ans pour le Canadien, n’était, en fait, « pas au courant » de la tragédie, pourtant commémorée chaque année. « Il n’était pas au courant des événements tragiques du 6 décembre 1989 ni des récentes initiatives marketing de la Coalition », a indiqué France Margaret Bélanger, présidente du Groupe CH.

Dans un communiqué de presse publié lundi soir, le Canadien de Montréal a transmis ses « plus sincères excuses à tous ceux [qui ont été] offensés ou bouleversés » par les propos de son joueur.

Le Canadien a également annoncé qu’il allait faire un don à la Semaine de la rose blanche en l’honneur des victimes de Polytechnique, « afin d’envoyer 14 jeunes filles venant de milieux défavorisés au camp d’été scientifique » de l’École, sans en dévoiler le montant.

Sur Twitter, le gardien de but a maintenu sa position sur la question des armes à feu, précisant toutefois qu’il n’approuve pas le code promotionnel utilisé par la Coalition.

La semaine dernière, la CCDAF a suscité l’indignation pour avoir offert le code promotionnel « poly », permettant d’obtenir 10 % de rabais sur les produits portant le logo du lobby pro-armes.

« Créer une telle promotion [...] est dégoûtant et répréhensible, a déclaré lundi le ministère de la Sécurité publique, par l’intermédiaire de Mme Champoux. Nous leur demandons de s’excuser. »

« Nous voyons dans cette instrumentalisation d’un événement tragique non seulement une provocation de très mauvais goût, mais avant tout une insulte à la mémoire des victimes, envers les personnes blessées, leurs familles et la communauté de Polytechnique tout entière », avait indiqué Polytechnique Montréal par voie de communiqué.

Avec La Presse canadienne



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