Le lobby pro-armes se braque contre le projet de loi C-21

Le contrôle plus strict des fusils, des carabines et des armes de poing proposé par Ottawa braque les propriétaires d’armes à feu. Il faut « viser ailleurs » que sur les chasseurs, demandent ces derniers, tandis que les partisans du changement législatif dénoncent une campagne de désinformation. La vedette du Canadien de Montréal Carey Price a ajouté sa voix au débat.

Dans une publication sur Instagram aimée des milliers de fois, le gardien de but s’insurge contre le projet de loi C-21. « J’aime ma famille. J’aime mon pays et je prends soin de mon voisin. Je ne suis pas un criminel ni une menace pour la société. Ce que Justin Trudeau essaie de faire est injuste. Je soutiens la Coalition canadienne pour les droits des armes à feu », écrit Carey Price.
 

« Carey a tout à fait raison », a rajouté sur Twitter le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre. « La chasse est une grande tradition canadienne. Les tentatives de Trudeau d’interdire les fusils de chasse sont une attaque contre les populations rurales et autochtones. »

Par cette nouvelle loi, Ottawa tente d’élargir la définition d’« armes prohibées ». La définition proposée, très technique, inclurait les armes « capables de décharger un projectile dont l’énergie est supérieure à 10 000 joules », capables de décharger ses munitions de manière semi-automatique et capables d’accepter un chargeur d’une capacité supérieure à cinq cartouches du type pour lequel elle a été originalement conçue.

Une arme « semi-automatique » signifie qu’elle n’a pas besoin d’être rechargée entre chaque tir, mais le tireur doit tout de même appuyer sur la détente pour chaque balle. Ce type d’arme est utilisée libéralement dans la chasse, surtout pour la chasse dite « à la sauvagine », c’est-à-dire au canard ou à l’oie. Les chargeurs de plus de cinq munitions à la fois sont déjà partiellement interdits au pays.

Selon toute vraisemblance, le fusil que tient Carey Price dans sa publication Instagram semble être un fusil de calibre 12 semi-automatique. Puisque la version canadienne de cette arme limite le chargeur à 3 balles, son fusil serait encore légal selon les dispositions actuelles de C-21.

La Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs du Québec partage l’inquiétude répandue parmi les chasseurs vis-à-vis de ce projet de loi. La version actuelle de C-21 inclut des armes visées « communément utilisées à la chasse ». Si Ottawa va de l’avant avec les amendements proposés, leur sport, voire leur moyen de subsistance, pourrait être touché. « Le gouvernement libéral s’était d’ailleurs engagé à ce que les nouvelles lois sur le contrôle des armes à feu ne touchent pas les chasseurs. Nous ne manquerons pas de leur rappeler cet engagement », ajoute la Fédération.

Arme de chasse ou arme d’assaut

Le gouvernement s’est fait rassurant cette semaine en expliquant que les armes visées n’étaient pas celles de chasseurs. « Nous ciblons les armes d’assaut, qui n’ont aucune place dans nos communautés », a expliqué mercredi le ministre fédéral de la Sécurité publique, Marco Mendicino, en entrevue au Devoir.

À quelques jours de la commémoration de la tuerie de Polytechnique le 6 décembre 1989, le groupe « PolySeSouvient » espère aussi qu’Ottawa ira au bout de sa démarche. Ils tentent depuis 33 ans d’enchâsser dans la législation la définition d’« armes à feu de type assaut » prohibées.

« Toute arme raisonnable pour la chasse, elle n’est pas là dans la définition [de C-12]. Les chargeurs de grande capacité, ce n’est pas raisonnable pour la chasse. Mais, parce qu’on ne veut pas perdre nos privilèges, on crie au loup », dénonce au Devoir, Nathalie Provost, porte-parole de PolySeSouvient.

Ce groupe de survivantes a d’ailleurs été manifestement la cible du lobby pro-armes cette semaine. La boutique en ligne de la Coalition canadienne pour les droits des armes à feu offrait jusqu’à récemment aux clients qui utilisaient le code promotionnel « poly » 10 % de rabais sur les vêtements, les tasses et autres articles à son effigie.

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