Trudeau se dit «serein» d’avoir invoqué les mesures d’urgence

« Je me suis demandé […] : et si le pire arrivait ? Et si quelqu’un était blessé, [si] un policier se retrouvait à l’hôpital, alors que j’avais l’occasion [d’agir] ? » a expliqué Justin Trudeau, qui se dit « serein et confiant » par rapport à son choix.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne « Je me suis demandé […] : et si le pire arrivait ? Et si quelqu’un était blessé, [si] un policier se retrouvait à l’hôpital, alors que j’avais l’occasion [d’agir] ? » a expliqué Justin Trudeau, qui se dit « serein et confiant » par rapport à son choix.

Justin Trudeau a expliqué vendredi avoir opté pour les mesures d’urgence parce qu’Ottawa était devenue une poudrière et que ses policiers ne disposaient d’aucun plan, mais surtout parce que les experts du gouvernement lui avaient conseillé de le faire.

« Il aurait suffi d’une seule personne, d’un côté ou de l’autre, pour créer une situation de violence », a laissé tomber le premier ministre canadien lors de sa comparution très attendue devant la Commission sur l’état d’urgence.

Justin Trudeau est revenu sur les aspects plus controversés de son utilisation de la Loi sur les mesures d’urgence pour mettre fin aux manifestations du Convoi de la liberté, l’hiver dernier.

Le premier ministre a ainsi assuré que « la politique n’était pas une motivation » de sa décision.

Dans sa vision des choses, la présence des manifestants opposés aux mesures sanitaires posait des « menaces de violence », notamment en raison de possibles affrontements avec des contre-manifestants. C’était du moins l’interprétation de son gouvernement quant à la nature de la « menace à la sécurité du Canada » nécessaire à l’invocation des mesures d’urgence.

Vertes critiques

Justin Trudeau a été beaucoup plus critique que ses ministres qui ont défilé devant la commission toute la semaine des plans de la police d’Ottawa destinés à ramener l’ordre, mais aussi de l’inaction initiale de son homologue ontarien, Doug Ford, qui a saisi les tribunaux pour ne pas avoir à donner sa version des faits devant le juge Rouleau.

Le premier ministre a ridiculisé les plans présentés par la police d’Ottawa après deux semaines de blocage, au moment où la crise s’aggravait au pays, selon lui. « Même le 13 février, on entendait qu’il y avait un plan. Je vous recommande de le regarder… Ce n’était pas du tout un plan. »

Il s’en est pris en particulier à la stratégie qui, encore à cette date, proposait une négociation avec les manifestants, une désescalade des tensions ou une réponse policière en plusieurs phases. « Ça semble quelque chose qui prend plus que les 24 à 48 heures qu’on a vues [lors de l’opération policière des 18 et 19 février], mais je ne suis pas expert », a-t-il lancé immédiatement après avoir lu le passage d’un document qui démontrait pourtant que la police fédérale avait donné son accord à ce plan.

Justin Trudeau a reconnu ne pas avoir lu lui-même le document de préparation policier, mais a expliqué que ses conseillers lui en avaient résumé le contenu. Ce plan de mobilisation se trouve entièrement caviardé dans la preuve déposée devant la commission Rouleau. Les avocats des participants du Convoi de la liberté ont régulièrement critiqué la censure de ce genre de documents.

Le public était au rendez-vous lors des audiences de vendredi, remplissant au maximum une salle où les services de sécurité étaient très visibles. Même si de nombreux partisans du convoi se trouvaient dans la foule, le témoignage du premier ministre n’a été perturbé à aucun moment. Le juge Rouleau a tout de même averti l’auditoire à deux reprises puisqu’il ne tolérait ni rires ni réactions.

Une décision « difficile »

M. Trudeau a expliqué en détail le processus qui a conduit à son recours aux pouvoirs spéciaux d’urgence. La décision a été prise le jour même de l’invocation de ces mesures — le 14 février — après des réunions avec ses ministres, son caucus et les premiers ministres des provinces. Ce qui l’a convaincu, a-t-il expliqué, c’est d’en avoir eu la recommandation de la part de sa fonction publique, par le biais d’un avis écrit de la greffière du Conseil privé.

« Je me suis demandé […] : et si le pire arrivait ? Et si quelqu’un était blessé ? [Si] un policier se retrouvait à l’hôpital, alors que j’avais l’occasion [d’agir] ? » a déclaré Justin Trudeau dans un long monologue grave.

Au bout du compte, le premier ministre dit être « serein et confiant » par rapport à son choix. Il se félicite du fait que la Loi a eu les effets escomptés, puisque personne n’a perdu la vie et que les blocages ont pris fin. « C’était un moment qui m’a conforté du fait que le système fonctionne de la manière qu’il se doit. »

Le premier ministre avait commencé son témoignage en faisant le parallèle entre « l’intensité » de la rhétorique du Convoi de la liberté et celle des manifestants qui ont perturbé certains de ses événements électoraux en 2021.

Des comptes rendus d’appels téléphoniques avec des élus libéraux de la région d’Ottawa, avec le maire de la capitale fédérale et même avec la gouverneure générale montrent que le premier ministre recevait à répétition l’opinion selon laquelle le Convoi de la liberté était illégal et dangereux.

Vendredi était la dernière journée de la première phase des audiences publiques de la Commission sur l’état d’urgence. Le juge franco-ontarien Paul Rouleau entendra différents panels d’experts la semaine prochaine. Il rédigera ensuite son rapport, attendu au plus tard le 20 février 2023.

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