Trudeau promet de témoigner en français devant la commission Rouleau

« Je trouve qu’il est dommage qu’il n’y ait pas eu assez de français pendant la commission », a consenti le premier ministre jeudi.
Adrian Wyld La Presse canadienne « Je trouve qu’il est dommage qu’il n’y ait pas eu assez de français pendant la commission », a consenti le premier ministre jeudi.

En réponse aux critiques sur l’absence de français à la Commission d’enquête sur l’état d’urgence, Justin Trudeau promet de s’efforcer de s’exprimer dans la langue de Molière lors de son témoignage attendu vendredi.

Et bien que le premier ministre regrette que les délibérations se soient presque entièrement déroulées en anglais, il s’est abstenu de critiquer ses ministres, qui n’ont eux-mêmes prononcé que peu ou pas du tout de mots en français. Une vingtaine de phrases au total, sur plus de 22 heures d’audience.

« Je trouve qu’il est dommage qu’il n’y ait pas eu assez de français pendant la commission », a consenti Justin Trudeau à son arrivée aux Communes jeudi. « Évidemment, je vais essayer de l’utiliser autant que possible pour que tout le monde puisse me comprendre dans les deux langues officielles », a-t-il ajouté, en notant que la traduction simultanée est offerte pour les travaux.

Or, ce service n’aura pas beaucoup servi à traduire du français à l’anglais. Car, en six semaines, une poignée de témoins se sont exprimés en français : le dirigeant du groupe contestataire des « Farfadaa », Steeve Charland, et deux des sept ministres de Justin Trudeau qui ont défilé devant la commission cette semaine.

« S’il n’y a pas eu beaucoup de questions en français, des fois il est difficile de répondre en français aussi », a fait valoir le premier ministre Trudeau pour défendre les membres de son cabinet.

Vingt phrases en français

Du lot, seuls la ministre de la Défense, Anita Anand, et le ministre des Affaires intergouvernementales, l’Acadien Dominic LeBlanc, se sont exprimés légèrement dans la langue de Molière.

La première a prononcé cinq phrases en français en près d’une heure et demie, tandis que le second en a prononcé 15 au fil de son témoignage d’une durée de cinq heures, lorsqu’il discutait de la situation au Québec pendant la crise de l’hiver dernier. M. LeBlanc a également remercié le juge Paul Rouleau en soirée et lui a lancé, à la blague, qu’il irait fumer des cigares avec son collègue Marco Mendicino, qui venait lui aussi de défiler devant le juge franco-ontarien.

Le ministre Mendicino, responsable de la Sécurité publique, n’a offert qu’un « merci » pour conclure son témoignage de six heures et 30 minutes, lui qui s’exprime pourtant très bien en français. Le ministre de la Justice et député montréalais, David Lametti, n’a lui aussi articulé qu’un « merci, bonne chance » après trois heures à la barre des témoins.

La vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, n’a pas parlé français lors de ses quelque cinq heures de témoignage de jeudi. Les ministres Bill Blair et Omar Alghabra, respectivement responsables de la Protection civile et des Transports, ne parlent pas français et ont donc témoigné uniquement en anglais.

Lundi, le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), David Vigneault, et deux autres hautes dirigeantes du SCRS, Michelle Tessier et Marie-Hélène Chayer, ont tous témoigné exclusivement en anglais pendant quatre heures et 30 minutes.

Des moqueries et des décisions unilingues

Au début des audiences, un conseiller municipal du quartier francophone ottavien de Vanier, Mathieu Fleury, s’était fait railler par un avocat des organisateurs du Convoi de la liberté lorsqu’il avait demandé qu’une question sur la définition précise du terme « microagression » lui soit posée en français. L’avocat lui avait répondu « je m’appelle Brendan Miller » et s’était moqué du manque de compréhension du conseiller municipal, qui avait passé cinq heures à témoigner dans sa langue seconde, l’anglais.

La commission a en outre remis cette semaine deux décisions en anglais seulement sur la comparution des témoins et l’accès aux documents non caviardés du gouvernement que réclamaient les organisateurs du convoi. Leurs versions françaises ont été rendues publiques respectivement 48 heures et 24 heures plus tard.

Les avocats des différentes parties mènent par ailleurs leurs interrogatoires presque entièrement en anglais. Le français prononcé se résume souvent aux courtes phrases protocolaires de la registraire, qui annonce dans les deux langues officielles au gré des pauses que « la commission est levée » ou que « la commission reprend ».

La commission Rouleau terminera la première phase de ses audiences publiques vendredi, avec le témoignage du premier ministre Trudeau.

L’enquête publique a pour mandat de déterminer s’il était justifié que le gouvernement fédéral invoque le 14 février dernier la Loi sur les mesures d’urgence pour mettre un terme aux barrages frontaliers et à l’occupation du centre-ville d’Ottawa, qui s’étirait alors depuis trois semaines.

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