Des avocats du Convoi de la liberté perturbent les audiences

Le juge Paul Rouleau a demandé à la sécurité de faire sortir Brendan Miller de la salle d’audience après que l’avocat a interrompu le commissaire et l’a accusé de refuser de se prononcer sur des demandes de nouveaux témoignages.
Adrian Wyld La Presse canadienne Le juge Paul Rouleau a demandé à la sécurité de faire sortir Brendan Miller de la salle d’audience après que l’avocat a interrompu le commissaire et l’a accusé de refuser de se prononcer sur des demandes de nouveaux témoignages.

Entre des insinuations selon lesquelles des libéraux auraient placé des drapeaux nazis au sein du Convoi de la liberté et des questions sur des arachides transgéniques, les avocats représentant certains manifestants de l’hiver dernier ont mis à rude épreuve la patience du juge Paul Rouleau mardi.

« Mon devoir, envers mon client et comme avocat, est de dévoiler la vérité », a lâché l’avocat Brendan Miller devant les portes de la Commission sur l’état d’urgence, peu après avoir été expulsé de la salle d’audience par les agents de sécurité.

Me Miller représente Freedom Corp, l’entreprise créée par Tamara Lich et d’autres organisateurs du convoi.

Il a interrompu le juge Paul Rouleau plusieurs fois mardi, au moment de demander la présence d’un nouveau témoin et d’exprimer son insatisfaction quant à tant de documents gouvernementaux caviardés. Cela lui a valu d’être expulsé de la salle d’audience par les agents de sécurité. Il l’a finalement réintégrée en après-midi après quelques mots d’excuse.

Le juge Rouleau a finalement tranché qu’il n’avait pas l’autorité, dans la plupart des cas, de demander au gouvernement de lever le privilège avocat-client ou de retirer le caviardage de certains documents.

Les différents procureurs qui représentent les manifestants du Convoi de la liberté contre-interrogent pratiquement tous les témoins qui se succèdent devant la commission Rouleau depuis la mi-octobre. Ils ont toutefois multiplié les coups d’éclat cette semaine, alors que les ministres fédéraux se relaient devant le commissaire.

Le vaccin comme une arachide

Les questions posées au ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, étaient plutôt techniques et portaient surtout sur l’invocation des mesures d’urgence, mardi, jusqu’à l’intervention de l’avocat représentant des manifestants de Windsor. Son interrogatoire a fait un détour par la politique vaccinale du gouvernement Trudeau.

« En guise d’analogie, s’il y a une nouvelle arachide qui arrive sur le marché qui pourrait être génétiquement modifiée […] et s’il y a une obligation qui fait en sorte que 90 % des Canadiens ingèrent ce produit, est-ce que ça concerne votre mandat ? » a demandé Antoine d’Ailly, du Centre de justice pour les libertés constitutionnelles.

Le procureur a ensuite émis en guise de commentaire que le vaccin de Pfizer contre la COVID-19 n’a pas bénéficié d’un processus aussi rigoureux qu’à l’habitude, ce qui a fait réagir M. Mendicino. « Juste pour être clair, je ne suis pas d’accord avec ça. »

Après que Me d’Ailly eut déclaré qu’il était de la responsabilité du ministre de la Sécurité publique de protéger les Canadiens des effets indésirables des vaccins, le juge Rouleau est intervenu pour lui demander de « se concentrer ». Il l’a toutefois laissé poursuivre dans la même veine bien que le temps qui lui était alloué fut écoulé — une indulgence qu’il offre régulièrement à toutes les parties.

Le ministre Mendicino a répété que le gouvernement a pris ses décisions en fonction des meilleurs conseils scientifiques disponibles, bien que ce dossier incombe à son collègue ministre de la Santé.

Porteur de drapeau nazi

L’avocat de Freedom Corp, Brendan Miller, est aussi revenu à la charge mardi au sujet d’allégations inusitées lancées la veille, selon lesquelles il aurait identifié le porteur d’un drapeau barbouillé d’une croix gammée aperçu dans le Convoi de la liberté.

Me Miller a avancé lundi qu’un responsable d’une firme de relation publique « qui travaille pour le Parti libéral du Canada » se serait baladé avec le symbole haineux. Dans une mise en demeure rapidement mise en ligne, le principal intéressé dit ne pas avoir été physiquement à Ottawa depuis 2019, ne jamais avoir été impliqué ni dans le convoi ni au sein du PLC, et être en fait un partisan du chef conservateur Pierre Poilievre.

Mon devoir, envers mon client et comme avocat, est de dévoiler la vérité

 

Prenant la parole devant les médias à l’extérieur du bâtiment qui héberge la commission après y avoir été mis à la porte, l’avocat en a rajouté une couche en prétendant détenir des preuves dans un document qu’il n’a pas l’autorisation de déposer pour l’instant. Il a aussi avancé qu’un photographe d’Ottawa, incorrectement identifié comme photographe du premier ministre, serait derrière un cliché d’un drapeau confédéré du Convoi de la liberté.

Selon lui, les manifestants ont « un droit constitutionnel » d’être présents devant la commission Rouleau.

« Les parties sont fâchées. Ce n’est pas que moi. Ils ont essayé de transformer toute cette procédure en une enquête sur les échecs de [l’ex-chef de la police d’Ottawa, Peter] Sloly plutôt que sur la Loi sur les mesures d’urgence », a-t-il scandé près du trottoir.

Plus tôt ce mois-ci, les questions de Me Miller au chef Sloly ont permis de révéler qu’avant l’invocation des mesures d’urgence, la police n’avait jamais annoncé directement aux manifestants que la présence du Convoi de la liberté était devenue illégale.

Les ministres de la Sécurité publique, Marco Mendicino, et des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, ont expliqué mardi la position du gouvernement du Canada, selon laquelle l’utilisation de la Loi sur les mesures d’urgence était un « dernier recours » pour mettre fin au convoi à la suite de l’échec des policiers avec les lois régulières. Leurs collègues David Lametti (Justice), Anita Anand (Défense nationale) et Omar Alghabra (Transports) comparaîtront à leur tour mercredi.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, est attendu devant le juge Rouleau au dernier jour des audiences publiques, vendredi.

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