Le Convoi de la liberté pouvait effrayer les investisseurs américains, dit Michael Sabia

«Il y avait un risque pour la réputation du Canada», a fait valoir jeudi le sous-ministre des Finances Michael Sabia à la commission Rouleau.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «Il y avait un risque pour la réputation du Canada», a fait valoir jeudi le sous-ministre des Finances Michael Sabia à la commission Rouleau.

Les blocages du Convoi de la liberté aux frontières sont survenus dans un moment particulièrement délicat pour l’économie canadienne et auraient pu y causer des dommages irréversibles s’ils avaient continué, selon le sous-ministre des Finances, Michael Sabia.

« Si les perturbations continuaient pour une longue période, l’inquiétude que nous avions […] est que ça pouvait avoir un impact durable sur le long terme », a expliqué jeudi le plus haut fonctionnaire du ministère fédéral des Finances.

L’ex-grand patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec comparaissait devant le juge Paul Rouleau dans le cadre de l’enquête publique qui doit déterminer s’il était justifié d’invoquer les mesures d’urgence pour déloger le Convoi de la liberté. Ce mouvement de protestation a bloqué la ville d’Ottawa et différents points frontaliers au pays, en janvier et février dernier.

Dans un témoignage entièrement en anglais, Michael Sabia a brossé le portrait d’une économie canadienne dont la reprise était alors très fragile, après deux ans de pandémie de COVID-19. Cette période coïncidait aussi avec des négociations tendues avec les États-Unis sur la participation du Canada à la fabrication d’automobiles américaines électriques.

« Les États-Unis réévaluaient si le Canada était un partenaire commercial fiable […] Il y avait un risque pour la réputation du Canada », a évoqué M. Sabia.

Les États-Unis ont finalement accepté cet été d’étendre le crédit d’impôt pour l’achat d’un véhicule électrique à ceux assemblés au Canada et au Mexique.

Industrie automobile en otage

 

L’industrie automobile existante a justement été le secteur le plus touché par les perturbations du Convoi aux frontières, en particulier lors du blocage du pont Ambassador de Windsor. Les usines de part et d’autre de la frontière ont comme pratique le « juste à temps », ce qui signifie d’accumuler un minimum d’inventaire pour utiliser les pièces détachées à mesure de leur livraison.

Cela l’a rendu particulièrement vulnérable aux blocages de l’hiver dernier, provoquant des arrêts momentanés de certaines chaînes de production. Des poids lourds ont eu des soucis pour traverser entre le Canada et les États-Unis à Windsor durant moins d’une semaine, du 7 au 13 février.

Des documents déposés à la Commission montrent que le coût des blocages n’a finalement pas été aussi considérable que certaines estimations le laissaient entendre. Bloomberg avait par exemple chiffré que le Canada pouvait perdre jusqu’à 0,2 point de pourcentage de la croissance annualisée du PIB réel au premier trimestre de 2022.

Des responsables du ministère des Finances ont dit que les usines ont finalement pu rattraper leur retard de production, puisque les perturbations ne se sont pas étirées dans le temps ni étendues à d’autres routes commerciales. L’économie aurait tout de même fait un peu moins bien que les estimations de février, quoi qu’il soit difficile de faire le lien direct avec le Convoi.

« Ce qu’on ne sait pas, c’est si dans cinq ans, quand un constructeur auto va décider où installer son usine, est-ce que [de savoir qu’il est possible de bloquer la frontière] deviendra une considération », a illustré Rhys Mendes, sous-ministre adjoint à la direction de la politique économique du ministère des Finances du Canada.

Le gouvernement fédéral a aussi dit craindre pour sa réputation à voir son drapeau flotter lors de convois d’opposants aux mesures sanitaires contre la COVID-19 ailleurs dans le monde. Le blocage de la frontière à Windsor a notamment été l’objet d’un appel tendu entre le premier ministre Justin Trudeau et son homologue de l’Ontario, Doug Ford.

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