Face au convoi, les policiers ontariens auraient pu imiter ceux de Québec, a dit Trudeau

Dans une conversation téléphonique avec Doug Ford, Justin Trudeau faisait allusion aux dommages que les blocages illégaux avaient sur la réputation du pays en général, et de l’Ontario en particulier.
Chris Young La Presse canadienne Dans une conversation téléphonique avec Doug Ford, Justin Trudeau faisait allusion aux dommages que les blocages illégaux avaient sur la réputation du pays en général, et de l’Ontario en particulier.

Le premier ministre du Canada s’inquiétait que l’inaction policière fasse de l’Ontario « la risée de tous ». Il a suggéré à son homologue ontarien de s’inspirer de la bonne gestion du Convoi de la liberté par les policiers de Québec, lors d’un échange entre les deux hommes, le 9 février dernier.

« Il y a des forces policières qui savent gérer ce genre de choses, comme QC [Québec] et Toronto. Alors assurons-nous que d’autres forces de police savent répondre », a-t-il dit à Doug Ford.

Le compte rendu de l’appel téléphonique a été rendu public mardi à la Commission sur l’état d’urgence. La discussion indique que M. Trudeau était très préoccupé à ce moment-là par l’incapacité policière de déloger le Convoi de la liberté dans la capitale fédérale, mais surtout au poste frontalier de Windsor.

Contrairement à Ottawa, où la police a laissé les camions se stationner devant le parlement fin janvier avant de se retrouver dans l’incapacité de les déloger trois semaines durant, un convoi similaire s’est déroulé sans encombre dans la ville de Québec.

Ce sont finalement des agents de la Sûreté du Québec, prêtés pour l’occasion, qui ont dispersé la foule devant le parlement fédéral quelques jours après l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence, mi-février.

L’image du Canada en jeu

Justin Trudeau a avancé l’idée que ces manifestants antigouvernementaux ne soient « pas des gens très intelligents », ajoutant que leurs perturbations font « honte au Canada », en plus d’avoir de lourds impacts économiques.

Il a dit à Doug Ford être prêt à accepter l’offre des États-Unis de lui prêter des remorqueuses pour déloger les camions, même si « ce serait embarrassant » pour le Canada. « Un paquet de gens regardent ça et se disent qu’on ne peut même pas déloger une manifestation sur un pont ? » peut-on lire dans le résumé de l’appel.

La discussion montre clairement que Justin Trudeau n’avait pas une haute estime du travail des policiers municipaux d’Ottawa, qui détenaient pourtant le pouvoir d’agir dans les rues occupées depuis deux semaines. Il demandait sans cesse comment faire intervenir d’autres forces policières, comme la Police provinciale de l’Ontario.

« Je suis tout autant frustré que vous, et si je pouvais diriger la police, je le ferais », lui a répondu Doug Ford. Il a plus tard évoqué son intention de faire comprendre à la police provinciale l’importance de ne pas laisser traîner en longueur le blocage de Windsor comme à Ottawa : « Je serai dans leur cul avec une brosse en métal. »

Le premier ministre de l’Ontario n’aura pas à venir donner sa version des faits lors de l’enquête publique, a tranché la Cour fédérale lundi.

Indépendance policière

 

Doug Ford a indiqué à son homologue fédéral qu’il ne pouvait pas commander lui-même les opérations policières. Comme le maire d’Ottawa, le premier ministre ontarien n’était pas au parfum des plans policiers. L’avocat des manifestants, lui, a déclaré sous serment avoir obtenu ces informations, supposément coulées par des agents sympathiques à la cause.

« Le problème, si je peux être franc, et j’ai parlé à des agents d’expérience, c’est qu’il [le chef de police d’Ottawa de l’époque, Peter Sloly] a perdu le commandement et que les policiers partent en maladie tous les jours », a dit Doug Ford.

Il a aussi demandé lors de cette conversation « plus d’outils légaux » pour ses policiers, quatre jours avant l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence par le fédéral.

Justin Trudeau a plutôt offert de lui fournir plus d’équipement et d’agents, pour « retirer cette excuse » entendue de la bouche de policiers de ne pas pouvoir agir, « pour qu’ils puissent faire leur travail et pour empêcher que l’Ontario ne devienne une risée ».


Une version précédente de ce texte, qui placait l'appel téléphonique entre Justin Trudeau et Doug Ford au 10 février, a été corrigée.

À voir en vidéo