Le «Farfadaa» Steeve Charland se présente en victime devant la commission Rouleau

Steeve Charland, lors de son témoignage à la commission Rouleau mardi. 
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Steeve Charland, lors de son témoignage à la commission Rouleau mardi. 

Le leader d’un groupe contestataire québécois omniprésent dans les rapports de renseignement policier lors de la crise du Convoi de la liberté nie toute implication dans le blocage d’un coin de rue d’Ottawa que la police se sentait impuissante à lever.

« Pour dire qu’on est un groupe extrémiste, ça prend des actes extrêmes », a répondu Steeve Charland au Devoir à sa sortie de la salle d’audience de la Commission sur l’état d’urgence, mardi, au premier jour des témoignages des organisateurs du Convoi.

L’ex-dirigeant du groupe identitaire La Meute s’est présenté devant le juge Rouleau comme une victime de la police, rejetant même l’étiquette d’opposant aux mesures sanitaires. M. Charland, surnommé « L’Artiss », a passé trois semaines dans les prisons ontariennes après avoir été arrêté alors qu’il tentait de former un nouveau convoi vers Ottawa en février dernier.

« Il n’y a pas eu aucun acte de violence qui a été rapporté par les citoyens. Ce sont eux [les policiers] qui ont fabriqué la violence. Vous ne vous attaquez pas à la bonne cible », a-t-il lancé aux journalistes. Il dit être un militant pour les droits et libertés, et ne vouloir qu’aider les plus démunis.

Les « Farfadaa » étaient reconnaissables lors de la crise par leurs vêtements aux messages injuriant le premier ministre québécois François Legault. Ils ont été qualifiés de citoyens souverains et d’anarchistes par un inspecteur de la police d’Ottawa. Le maire de la capitale fédérale à l’époque, Jim Watson, les a même associés au crime organisé.

Des « Farfadaa » craints par la police

Des rapports de renseignement policier ont avancé que les membres du groupe étaient derrière le blocage de l’intersection stratégique des rues Sussex et Rideau. Les manifestants qui y étaient présents, en majorité francophones, auraient notamment organisé des fêtes et intimidé les forces de l’ordre. Le groupe a été mentionné presque tous les jours d’audience de la commission Rouleau.

Steeve Charland a reconnu qu’aux premiers jours de l’occupation, des camionneurs ont quitté son campement de Gatineau pour se diriger tout près de cet endroit. Il a toutefois nié être derrière le blocage. « Le mouvement des Farfadaa est grand, mais on n’est pas responsable de tous les Québécois [présents]. »

La police d’Ottawa a annulé une importante intervention policière de 400 agents visant à dégager ce coin de rue particulier en raison du risque de violence appréhendé. Aucune preuve du danger posé par les « Farfadaa » n’a été présentée à la commission Rouleau mardi.

Le groupe a en outre aidé financièrement les manifestants du Convoi à hauteur d’au moins 24 000 $, a par contre reconnu M. Charland dans un plaidoyer combatif qui a suscité les applaudissements d’une vingtaine de sympathisants présents. Le juge Rouleau a exprimé son irritation et a plusieurs fois menacé d’expulser le public de l’audience.

Un mouvement divisé

 

Par ailleurs, une « lutte de pouvoir » divisait les organisateurs initiaux du Convoi de la liberté, notamment à cause d’un manifeste qui prétendait pouvoir démettre le premier ministre Justin Trudeau de ses fonctions, a témoigné mardi l’un des organisateurs du « convoi de l’ouest », Chris Barber.

Le camionneur de la Saskatchewan s’opposait aux obligations vaccinales transfrontalières, mais aurait été rejoint par d’autres individus militant pour leurs « libertés », comme le groupe Canada Unity, qui a publié sur son site un étrange document pseudo légal plus tard utilisé comme pièce justificative lors de l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence.

M. Barber a aussi fait une surprenante déclaration : il n’aurait jamais prévu s’installer devant le parlement fédéral, mais plutôt autour de deux autres parcs d’Ottawa. Selon sa version des faits, des camions qui ne faisaient pas partie du Convoi bloquaient déjà la Cité parlementaire à son arrivée.

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