Peter Sloly blâme le fédéral pour un renseignement insuffisant sur le Convoi de la liberté

L’ex-chef Sloly, comme l’ensemble de la police d’Ottawa, n’avait pas prévu que les manifestants du Convoi de la liberté ne quitteraient pas la capitale après leur première fin de semaine d’occupation.
Sean Kilpatrick La Presse canadienne L’ex-chef Sloly, comme l’ensemble de la police d’Ottawa, n’avait pas prévu que les manifestants du Convoi de la liberté ne quitteraient pas la capitale après leur première fin de semaine d’occupation.

Le chef déchu de la police d’Ottawa, Peter Sloly, n’avait pas lu tous les rapports de renseignement sur le Convoi de la liberté avant l’arrivée des camions dans sa ville, mais s’est désolé que le gouvernement fédéral ne lui en eut pas fourni d’autres.

« À ce jour, il me reste une question. Pourquoi je ne recevais pas de renseignement pour une évaluation du risque, de la qualité de ce que j’avais de la PPO [police provinciale de l’Ontario], de nos partenaires fédéraux ? » a demandé l’ex-chef de police lors de sa comparution devant la commission sur l’état d’urgence, vendredi.

Selon lui, il était très clair que dès le début, « c’était un problème national, un événement national ». La plupart des manifestants seraient d’ailleurs arrivés à Ottawa en provenance du Québec. Peter Sloly dit qu’il existe « un déficit national dans nos processus de renseignement sur l’évaluation des menaces ».

M. Sloly, comme l’ensemble de la police d’Ottawa, n’avait pas prévu que les manifestants du Convoi de la liberté ne quitteraient pas la capitale fédérale après leur première fin de semaine d’occupation, les 28, 29 et 30 janvier dernier. Et certainement pas que l’événement allait provoquer l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence pour pouvoir les déloger, trois semaines plus tard.

Le témoignage tant attendu du principal chef d’orchestre de la réaction policière, vendredi, a commencé par l’examen de la question du renseignement initial que détenait la police.

Rapports ignorés

 

Des rapports de renseignement de la police provinciale comportaient des passages qui prévenaient effectivement des intentions de certains manifestants de rester dans la capitale fédérale au-delà du premier week-end.

L’ex-chef Peter Sloly a confirmé vendredi avoir reçu dans sa boîte courriel ces rapports, intitulés Projet Hendon, dès le 13 janvier. Il dit les avoir transférés à sa cheffe adjointe, Patricia Ferguson. Dans son propre témoignage, celle-ci a affirmé avoir entendu parler de ces rapports pour la première fois le 27 janvier, à la veille de l’arrivée des camions.

M. Sloly a admis qu’il ne lisait pas les rapports de la PPO tous les jours. « Si j’avais le temps, je parcourais des yeux le document », a-t-il expliqué. Il faisait confiance à son service, qui avait un « excellent bilan » de la gestion des manifestations précédentes. De plus, il a nié que les rapports le prévenaient clairement de la durée attendue du Convoi de la liberté.

« J’ai vu les rapports Hendon, et il y avait des éléments indiquant les deux [possibilités : que le Convoi resterait un week-end ou qu’il resterait plus longtemps]. De citer une ligne dans un rapport, sans prendre en compte tout son contenu, ça peut être trompeur », a-t-il dit devant le juge Rouleau.

Le chef n’avait jamais vu non plus le rapport de renseignement préparé par sa propre organisation, datée du 25 janvier, avant que celui-ci soit affiché sur les écrans de la commission Rouleau vendredi. Ce document sonnait l’alerte sur la présence attendue d’un très grand nombre de manifestants, ce qui pouvait même compromettre le service cellulaire. Le rapport citait toutefois des sources peu rigoureuses, comme des articles d’opinion du média National Post.

Mouvement mondial

 

Peter Sloly a expliqué ses propos, tenus lors de la crise, selon lesquels il pourrait ne pas y avoir « de solution policière » au convoi. Selon lui, les trois ordres de gouvernement avaient un rôle à jouer pour dénouer la crise, étant donné qu’il s’agit d’un mouvement national, voire mondial, de contestation.

L’ex-chef a versé quelques larmes quand l’avocat de la commission Rouleau, Frank Au, lui a demandé comment se portaient les policiers sous ses ordres après la première fin de semaine d’occupation du Convoi de la liberté. Il a vanté leur travail et il a critiqué les médias pour ne pas avoir adéquatement rapporté leurs efforts. Il a listé les défis importants auxquels ont fait face ses policiers, comme le froid extrême et l’attitude belliqueuse des manifestants.

M. Sloly a commencé son témoignage en expliquant avoir voulu faire des changements à la police d’Ottawa pour rendre l’organisation plus « inclusive », lors de son embauche en 2019, mais avoir rencontré beaucoup de résistance. La pandémie aurait contribué à son intégration difficile à la tête de ce service policier.

Sloly ne reconnaît aucune faute

 

L’ex-chef de la police d’Ottawa s’est défendu de toutes les critiques exprimées à son endroit, dont certaines par ses plus proches officiers, en disant que son service a fait tout ce qui était humainement possible durant l’occupation de sa ville.

M. Sloly a notamment été présenté par sa cheffe adjointe comme un homme intransigeant, usant de microgestion, adepte de la ligne dure plutôt que de la négociation. Il a, dans les grandes lignes, tout nié.

Questionné à savoir ce qu’il ferait différemment si tout était à refaire, il a simplement évoqué avoir eu besoin de plus de sommeil.

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