Des policiers ont suggéré d’annoncer la fin des restrictions sanitaires pour plaire au convoi

Une rencontre envisagée entre un responsable du gouvernement Trudeau et des leaders du Convoi de la liberté ne s’est jamais matérialisée.
Jacques Nadeau Archives Le Devoir Une rencontre envisagée entre un responsable du gouvernement Trudeau et des leaders du Convoi de la liberté ne s’est jamais matérialisée.

Des responsables policiers ont fait circuler l’idée qu’il était possible d’annoncer la fin des mesures sanitaires contre la COVID-19 pour offrir une « victoire » au Convoi de la liberté en échange de sa collaboration, montrent des documents.

« Peut-être qu’un responsable de Santé Canada [pourrait] parler de la science à l’effet que les chiffres [du nombre d’infections au variant] Omicron ont connu un pic et établir un échéancier/une date pour la levée des restrictions », peut-on lire dans un courriel de la Police provinciale de l’Ontario (PPO).

Des agents de la PPO responsables des négociations avec le Convoi de la liberté ont lancé des idées pour se préparer à une rencontre avec le sous-ministre fédéral de la Sécurité publique, Rob Stewart. Le tout a été consigné dans un courriel du 10 février au matin et rendu public mardi soir à la Commission sur l’état d’urgence.

M. Stewart se proposait pour discuter avec les manifestants, ce qui ne s’est finalement jamais produit. La référence à des négociations sur les mesures sanitaires a rapidement disparu des documents après sa rencontre avec les policiers, et rien n’indique que le Convoi de la liberté a influencé les décisions des autorités de santé publique.

Espoir de négociations

 

La police provinciale cherchait des avenues pour « permettre aux manifestants d’avoir un genre de “victoire” », afin de négocier leur départ de leur occupation de la capitale fédérale, qui perdurait depuis plus de deux semaines à ce moment.

« La police est incapable de résoudre le problème fondamental. Il n’y a que peu d’options pour résoudre cette situation sans action du gouvernement », peut-on lire dans le courriel.

Il est aussi noté que dans le passé, des rencontres en personne entre le gouvernement et des manifestants bloquant des voies ferrées ou des pipelines ont permis d’offrir aux seconds une « stratégie de sortie » négociée. Dans cette situation, la majorité des protestataires partent, ce qui fait en sorte que la police peut arrêter les éléments extrémistes.

Une version ultérieure de ce même plan a été présentée à la commissaire de la Gendarmerie royale du Canada, Brenda Lucki, mais sans la suggestion d’évoquer la fin des restrictions sanitaires. Selon la proposition finale, des responsables gouvernementaux se contenteraient d’expliquer les statistiques de la COVID-19, « ce qui va probablement retirer de la pression, et la passion de rester [au convoi] pourrait diminuer ».

« Écouter et expliquer la position du gouvernement — PAS une négociation », souligne ce nouveau document.

Pas l’autorité de négocier

Selon l’agent de l’équipe de liaison de la PPO, Marcel Beaudin, les responsables fédéraux ont indiqué qu’ils n’avaient pas l’autorité de négocier les positions du gouvernement avec les manifestants. « Ils iraient là-bas, pour écouter, être écoutés », a-t-il expliqué lors de son témoignage, mardi.

La possibilité de négocier avec les manifestants au volant de camions, opposés aux mesures sanitaires, a été au coeur d’une profonde dispute entre l’ex-chef de police Peter Sloly, adepte de la ligne dure, et ses troupes, qui trouvaient les plans de leur chef trop risqués. Certains policiers d’Ottawa avaient préalablement exprimé des opinions positives à l’égard du Convoi de la liberté.

Une bonne partie des témoignages policiers entendus mercredi à la commission Rouleau visaient à clarifier pourquoi les différentes tentatives de négociations entre la Ville d’Ottawa et les responsables du convoi concernant le déplacement de certains camions n’ont pas connu de grands succès. Le groupe québécois des Farfadaas, installé à un coin de rue stratégique, aurait par exemple refusé de se déplacer.

Finalement, selon le plan de cette ultime tentative de négociation élaborée avec le fédéral, la police provinciale devait demander à des leaders du convoi prêts à collaborer de quitter la manifestation et de dénoncer tout acte illégal, en échange de cette rencontre avec le sous-ministre Rob Stewart. La rencontre envisagée ne s’est finalement jamais matérialisée.

M. Beaudin n’était pas en mesure de dire, mardi, pourquoi l’idée est tombée à l’eau, le 12 février, deux jours avant l’invocation par Ottawa des mesures d’urgence. Selon le compte rendu d’une réunion tenue ce jour-là entre le premier ministre Justin Trudeau et plusieurs de ses ministres et sous-ministres, le gouvernement a souligné qu’une tentative de négociation semblable était tombée à l’eau au blocage de la frontière à Windsor.

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