Le 3e lien «incompatible» avec la lutte contre les changements climatiques, dit Guilbeault

Le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, lors d’un événement organisé par l’Institut climatique du Canada, mardi, à Ottawa
Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, lors d’un événement organisé par l’Institut climatique du Canada, mardi, à Ottawa

Alors qu’il invite le ministre québécois de l’Environnement à accélérer ses efforts au sujet de la crise climatique, Steven Guilbeault juge le projet de troisième lien Québec-Lévis « incompatible » avec la lutte contre les changements climatiques.

« On ne peut pas penser qu’on peut lutter contre les changements climatiques en augmentant le réseau routier », a affirmé jeudi matin le ministre fédéral de l’Environnement, quelques heures avant que François Legault procède au dévoilement de la composition de son nouveau Conseil des ministres.

Son vis-à-vis au Québec demeure finalement Benoit Charette. Interrogé sur ses attentes à propos du nouveau mandat de son homologue québécois, M. Guilbeault a évoqué que la priorité doit être donnée aux transports collectifs et à la protection du territoire.

À ses yeux, le projet de tunnels autoroutiers défendu bec et ongles par la Coalition avenir Québec n’a ainsi « aucun sens », tandis que tout le monde, « même les meilleurs sur la planète », doit « en faire plus », et ce, « plus vite » pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

« Clairement, pour moi, c’est un projet qui est incompatible avec la lutte contre les changements climatiques, qui va mener à une augmentation de l’étalement urbain. Oui, on se dirige de plus en plus vers un parc de véhicules électriques, mais ça ne justifie pas en soi le fait qu’on invite à l’étalement urbain », a-t-il déclaré à La Presse canadienne.

Ce développement urbain prendra forme au détriment de la nature, sur des boisés et des terres agricoles, a déploré le ministre Guilbeault.

 

« Vieux réflexe libéral »

L’élu libéral a fait ces commentaires en marge d’une annonce à Montréal concernant les sentiers récréatifs au pays. M. Guilbeault n’a pas voulu s’avancer sur la position que devrait prendre le porteur de ballon du gouvernement Legault en matière d’environnement sur le troisième lien.

Le porte-parole conservateur en matière d’environnement, Gérard Deltell, a, quant à lui, invité le ministre fédéral à se mêler de ses affaires.

« Encore une fois, le mauvais vieux réflexe libéral de toujours commenter quelque chose qui ne le regarde pas. C’est un enjeu provincial. M. Guilbeault ne peut pas vraiment freiner son élan », a affirmé le député de la région de Québec en mêlée de presse à Ottawa.

Selon lui, le projet a « beaucoup » été débattu tout au long de la campagne électorale provinciale et les résultats de l’élection du 3 octobre démontrent un appui favorable de la population.

Steven Guilbeault a rétorqué, jeudi après-midi, que la lutte contre les changements climatiques est l’affaire de tous. Il a toutefois précisé ne pas vouloir jouer le rôle de l’arbitre dans le dossier du troisième lien. Des évaluations environnementales, notamment celles du fédéral, viendront confirmer l’acceptabilité du projet, a soutenu le ministre.

Sa prise de position a toutefois trouvé écho auprès du chef adjoint du Nouveau Parti démocratique, Alexandre Boulerice.

 

« Je pense que ce genre de projet autoroutier polluant, qui facilite l’étalement urbain, est complètement incompatible avec nos cibles de réduction de gaz à effet de serre. Mais M. Guilbeault ne devrait pas donner de leçon non plus parce qu’il n’est déjà pas capable d’atteindre ses propres cibles », a lancé le porte-parole néodémocrate en matière de changements climatiques.

La nouvelle mouture proposée par le gouvernement Legault en avril dernier vise à construire deux tunnels plus modestes qu’initialement annoncé, avec certaines voies réservées pour le transport en commun, mais seulement aux heures de pointe.

M. Guilbeault estime d’ailleurs que Québec doit d’abord s’attarder à bonifier l’offre de transports collectifs dans la province, avant de miser sur l’électrification du parc automobile. La fabrication de voitures électriques nécessite une quantité importante de ressources naturelles, indique-t-il.

Le ministre a dit souhaiter travailler avec son homologue québécois sur des dossiers en lien avec la protection de la nature, alors que Montréal accueillera en décembre une conférence de l’ONU sur la biodiversité.

55 millions pour des sentiers récréatifs

M. Guilbeault était de passage aux abords du canal de Lachine, jeudi matin, pour annoncer un investissement de 55 millions de dollars sur cinq ans pour entretenir, améliorer et développer les plus de 28 000 kilomètres du réseau de Sentier Transcanadien, qui traverse 32 lieux administrés par Parcs Canada.

« Ce financement permettra une meilleure interconnexion des différents tronçons du Sentier, facilitera l’accès et assurera sa pérennité », a mentionné le ministre fédéral.

Les sommes prévues pourraient, par exemple, soutenir différents projets au Québec comme l’amélioration d’une piste cyclable le long de la rivière Saint-François dans la MRC du Val-Saint-François, en Estrie, et de nouveaux abris pour les skieurs de fond et randonneurs au sentier des Caps de Charlevoix.

D’après Parcs Canada, 80 % des Canadiens vivent à moins de 30 minutes d’un tronçon du Sentier Transcanadien.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse canadienne pour les nouvelles.

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