Les hôtels d’Ottawa ont prévenu la police que le Convoi de la liberté voulait s’installer pour durer

Une femme dans un des camions du Convoi de la liberté, qui a paralysé le centre-ville d’Ottawa l’hiver dernier.
Jacques Nadeau Le Devoir Une femme dans un des camions du Convoi de la liberté, qui a paralysé le centre-ville d’Ottawa l’hiver dernier.

Des hôtels d’Ottawa ont alerté les autorités municipales que les manifestants du Convoi de la liberté avaient l’ambition de rester dans la capitale fédérale pendant au moins 30 jours, avant son arrivée en janvier dernier.

C’est ce qui ressort d’un courriel lu lundi à la Commission sur l’état d’urgence lors du témoignage du directeur général de la Ville d’Ottawa, Steve Kanellakos. Le message, envoyé le 25 janvier dernier par le président de l’Association des Hôtels d’Ottawa Gatineau, Steve Ball, alerte la Ville du fait que les manifestants tentaient de réserver des hôtels pour une période de 30 à 90 jours.

M. Ball estimait qu’entre 10 000 et 15 000 manifestants étaient attendus dans la capitale. Une discussion avec un camionneur lui laissait croire que leur stratégie était d’enchaîner les camions sur la voie, pour les laisser sur place pendant la nuit.

Peu avant l’arrivée du Convoi, la police avait pourtant indiqué que tout serait réglé après le premier week-end. La police a dans un premier temps sous-estimé le nombre de manifestants et a invité elle-même les camionneurs en colère à s’installer devant le parlement fédéral, pour respecter leur droit de manifester.

M. Kanellakos a précisé lundi que la ville croyait initialement que tout serait terminé au plus tard le mercredi 2 février dernier. Les manifestations du Convoi de la liberté ont plutôt perturbé la capitale durant trois semaines, jusqu’au 20 février, ce qui a été utilisé comme justifications par Ottawa pour invoquer la Loi sur les mesures d’urgence.

« À mon point de vue, ce n’est pas inhabituel qu’il y a une différence de points de vue, comme des gens qui pensent que ce sera plus gros, d’autres plus petit. La seule information sur laquelle nous pouvons nous fier était l’information de la police » qui colligeait aussi le renseignement provincial et fédéral, a expliqué M. Kanellakos devant le commissaire Paul Rouleau.

Selon lui, la ville d’Ottawa avait énormément d’expérience avec différents types de manifestations, comme les rassemblements agricoles qui comprennent des tracteurs et autres camions lourds. Or, ces manifestants sont toujours partis après l’événement.

Steve Kanellakos a expliqué que les agents de stationnement d’Ottawa n’ont pas distribué d’infractions dans la « zone rouge » près du Parlement pour ne pas enflammer la situation, décrite comme « volatile ».

Même si la Ville d’Ottawa a en sa possession deux remorqueuses lourdes pour déplacer ses autobus en panne, celles-ci n’ont jamais été utilisées pour déplacer les camions durant l’occupation. Ses opérateurs « avaient peur pour leur sécurité », selon M. Kanellakos. « Vous avez besoin de sécuriser la zone avant de remorquer. »

Les appels à l’aide d’Ottawa auprès de la province et du fédéral pour obtenir plus de remorqueuses lourdes n’ont connu aucun succès. Les mesures d’urgence fédérales avaient notamment pour objectif de forcer la collaboration des remorqueurs privés.

La police craignait aussi d’intervenir auprès des camionneurs redirigés par la Ville au stade de baseball d’Ottawa. Devenu un véritable « campement », les agents craignaient que des armes se retrouvent dans les camions. Le Service de protection parlementaire (SPP) s’est aussi préparé au scénario de l’explosion d’une bombe dans un des camions.

La Commission Rouleau sur l’état d’urgence en est à sa seconde semaine d’audiences, sur un total de six. L’enquête publique doit déterminer s’il était justifié que le fédéral invoque les mesures d’urgence pour déloger le Convoi de la liberté, un mouvement de protestation qui a perturbé Ottawa et des points frontaliers du pays l’hiver dernier.

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