Le Convoi de la liberté était illégal dès le début, selon l’ex-chef de police d’Ottawa

Peter Sloly, lors d'un point de presse en février dernier, au moment où il était encore chef du Service de police d'Ottawa
Photo: Justin Tang Archives La Presse canadienne Peter Sloly, lors d'un point de presse en février dernier, au moment où il était encore chef du Service de police d'Ottawa

La police d’Ottawa considérait le Convoi de la liberté comme illégal dès l’arrivée des manifestants opposés aux mesures sanitaires, en janvier dernier, a précisé celui qui était chef de la police locale lorsque les camions se sont installés devant le parlement fédéral.

« Dès la seconde où des lois ont été bafouées, que ce soit un règlement municipal, une loi fédérale ou criminelle […], dès leur échec [aux manifestants] d’obtenir un permis, c’était illégal », a répondu l’ex-chef Peter Sloly à une question posée en comité parlementaire jeudi soir à propos du moment précis où l’occupation a cessé d’être légale.

« Il y a beaucoup de manifestations illégales qui reçoivent quand même un appui de la police, qui ainsi favorise le plus possible l’intention de notre Charte des droits, [même] quand on voit de la violence », a-t-il toutefois nuancé.

Le comité étudiant la déclaration de situation de crise de l’hiver dernier a entendu jeudi l’ancien chef de la police d’Ottawa, qui a brusquement démissionné de son poste le 15 février dernier, au lendemain de l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence par le gouvernement Trudeau.

Déficit de confiance

 

Peter Sloly a expliqué jeudi que son départ était motivé par plusieurs raisons, dont certaines personnelles, mais surtout par le fait que la population avait perdu confiance en la police d’Ottawa. « Quand la police perd la confiance de la population, c’est un risque pour la sécurité publique. J’ai pris la décision de partir », a-t-il dit. Il a ensuite reconnu que la relation avec ses policiers était tendue — ou, dans ses mots, « litigieuse ».

M. Sloly a assuré que la police avait tenté de faire appliquer la loi tout au long de l’occupation, mais qu’il n’était pas sécuritaire de le faire à grande échelle. Il a aussi renoncé à remorquer les camions dès leur arrivée à cause des risques posés à la sécurité publique, dit-il, même s’il avait à sa disposition quelques remorqueuses lourdes à ce moment.

Le Convoi de la liberté est un mouvement de protestation ouvertement opposé aux mesures sanitaires contre la COVID-19 qui a occupé les rues d’Ottawa durant trois semaines l’hiver dernier, en plus d’avoir inspiré des blocages à plusieurs postes frontaliers du Canada. Il s’agissait d’une « crise de sécurité nationale », selon M. Sloly.

Une enquête du Devoir sur les intentions des manifestants a démontré que le blocage d’Ottawa était planifié, et qu’un grand nombre de participants considéraient leur action comme parfaitement légale. Certains manifestants ont même été encouragés par l’appui affiché d’agents de police.

Un plan sans mesures d’urgence

L’ex-chef a répété qu’il avait un plan complet pour mettre fin à l’occupation d’une durée record de trois semaines, plan qui ne nécessitait pas de mesures d’urgence. À son avis, les pouvoirs spéciaux conférés aux autorités ont tout de même permis de mettre fin au rassemblement « plus rapidement et sécuritairement ».

Pourquoi n’a-t-il pas lancé d’opération policière plus tôt ? Il attendait les ressources nécessaires à la mise en place de son plan, a-t-il répété. La police d’Ottawa demandait 1800 agents, et c’est finalement grâce à l’envoi d’environ 2000 officiers de différents services de police, dont de la Sûreté du Québec, que l’occupation des rues de la capitale fédérale a pu prendre fin.

M. Sloly a dit que les négociations avec les organisateurs du convoi étaient difficiles puisque ceux-ci étaient peu coordonnés et divisés en de nombreux groupes. Il a par contre revendiqué un succès dans la lutte contre la nuisance dans les quartiers résidentiels.

Une organisatrice du convoi avait affirmé au Devoir en février que les policiers d’Ottawa ne lui avaient jamais demandé de dégager les rues, les qualifiant notamment de « très coopératifs » après près de deux semaines d’occupation.

Avant l’arrivée des camions, le chef de police d’Ottawa avait sous-estimé l’impact du Convoi de la liberté : il estimait que la perturbation se limiterait à un seul week-end. Il avait dû déclarer quelques jours plus tard devant des élus municipaux que ce rassemblement n’était finalement pas pacifique.

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