Justin Trudeau veut «plus d’immigration au Québec»

« Sur l’immigration, il y a énormément de choses que l’on peut faire », a commenté M. Trudeau au sujet de son partenaire québécois.
Andrew Vaughan Archives La Presse canadienne « Sur l’immigration, il y a énormément de choses que l’on peut faire », a commenté M. Trudeau au sujet de son partenaire québécois.

François Legault a beau vouloir faire de l’obtention de pouvoirs accrus pour le Québec en immigration une priorité de son deuxième mandat, son homologue fédéral ne semble pas très ouvert à l’idée. Justin Trudeau parle au contraire d’augmenter l’arrivée de nouveaux arrivants au Québec, plutôt que de la figer au seuil actuel, comme a promis de le faire le premier ministre Legault en campagne électorale.

Le chef de la Coalition avenir Québec a fait de la protection du français l’un des thèmes centraux de sa réélection. Il a souligné que, dans ce dossier, il fallait que le Québec rapatrie davantage de pouvoirs en immigration pour mieux réguler l’arrivée d’immigrants maîtrisant la langue de Molière.

À ce souhait, le premier ministre fédéral a rétorqué qu’il était disposé à discuter de la protection du français avec son homologue québécois. « Sur l’immigration, il y a énormément de choses que l’on peut faire », a poursuivi M. Trudeau. « On sait que l’immigration est une source de richesse et de croissance pour le Québec. On va continuer d’être là pour assurer qu’il y a plus d’immigration au Québec, a-t-il toutefois ajouté. Et on est très contents de travailler avec le premier ministre Legault. »

Or, François Legault répète que, pour protéger la place du français au Québec, il souhaite maintenir à environ 50 000 le nombre de nouveaux arrivants accueillis chaque année par le Québec. Et non pas le hausser, comme le lui suggère Justin Trudeau.

Le premier ministre fédéral a fait valoir que, partout au Québec, les entrepreneurs et les communautés lui parlent de la pénurie de main-d’oeuvre. « On sait que l’immigration est une source de solution pour cette pénurie-là. On sait aussi que l’immigration a toujours été un atout énorme pour le Québec », a-t-il renchéri en arrivant à la Chambre des communes en après-midi.

« Mépris pitoyable »

M. Trudeau et son lieutenant québécois, Pablo Rodriguez, soutiennent que le gouvernement québécois a déjà « tous les outils nécessaires » pour choisir davantage d’immigrants maîtrisant le français.

Ottawa suggère que pour ce faire, Québec hausse son seuil d’immigration. Car il accueille en ce moment environ 12 % de la cible totale d’immigration du fédéral (52 500, sur une cible de 431 645 nouveaux arrivants au Canada pour 2022). En vertu de l’entente entre le Canada et le Québec sur l’immigration, qui accorde un droit de regard au gouvernement québécois en la matière, le Québec peut accueillir l’équivalent de son poids démographique (23 %) ainsi que cinq points de pourcentage supplémentaires s’il le souhaite.

Le gouvernement Legault ne veut toutefois pas hausser sa cible, mais accueillir moins de nouveaux arrivants et les choisir tous lui-même afin de s’assurer qu’ils sont plus nombreux à maîtriser le français. Entre les mois de janvier et août 2022, le Québec a sélectionné 73 % des immigrants admis sur son territoire (immigration économique, réfugiés sélectionnés à l’étranger), tandis que les immigrants accueillis au pays dans le cadre du programme de réunification familiale et les demandeurs d’asile reconnus en sol canadien, par exemple, sont sélectionnés par le fédéral.

La réplique du gouvernement Trudeau aux demandes de François Legault est digne d’un « mépris pitoyable », a raillé le chef bloquiste, Yves-François Blanchet.

Il reproche aux libéraux fédéraux de dire à chaque occasion qu’ils collaborent avec le Québec. « Mais dans le fond, la relation entre Ottawa et Québec sur beaucoup d’enjeux, sur les questions nationale, identitaire, linguistique, de valeurs, elle est pourrie, a dénoncé M. Blanchet. Et ça ne s’est pas arrangé avec une augmentation du nombre de sièges de l’actuel gouvernement du Québec. »

Les conservateurs réfléchissent

 

Le Bloc québécois semble cependant être le seul, pour l’instant, à défendre bec et ongles les demandes de Québec.

Le député conservateur Pierre Paul-Hus, lieutenant québécois du nouveau chef Pierre Poilievre, a fait valoir que le nouveau patron devrait voir avec son caucus et discuter avec le gouvernement québécois avant de prendre position. « Mais il reste qu’à la base, on est favorables à donner plus de pouvoirs au Québec », a spécifié M. Paul-Hus.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a dit comprendre les préoccupations du gouvernement québécois et sa volonté de protéger la langue française. Mais il juge que le partage des pouvoirs en immigration entre Ottawa et Québec devrait demeurer intact.

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