La présidente du CA de Hockey Canada veut de la «stabilité», pas des démissions

La saga chez Hockey Canada a débuté en juin lorsque le réseau TSN a révélé qu’une femme aurait été agressée sexuellement par huit joueurs de la LNH après un gala de Hockey Canada en juin 2018.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne La saga chez Hockey Canada a débuté en juin lorsque le réseau TSN a révélé qu’une femme aurait été agressée sexuellement par huit joueurs de la LNH après un gala de Hockey Canada en juin 2018.

La présidente par intérim du conseil d’administration de Hockey Canada a affirmé mardi, en comité parlementaire, qu’il est « dans le meilleur intérêt » de la fédération et des joueurs que « la direction de l’organisation reste stable ».

« Notre conseil d’administration ne partage pas le point de vue que Hockey Canada devrait apporter davantage de changements à la direction à ce moment. Comme conseil d’administration, nous appuyons le p.-d.g. et les dirigeants », a dit Andrea Skinner aux élus qui réclament unanimement des démissions.

Mme Skinner, qui témoignait en vidéoconférence, a expliqué que les neuf postes du conseil d’administration seront tous en élection d’ici la fin de l’année et qu’il y a, selon elle, un « risque significatif » si l’organisation fait table rase de son conseil d’administration et de sa haute direction.

Mais Hockey Canada, lui a demandé la députée conservatrice Rachel Thomas, veut-il « de la stabilité ou du changement » ? Il est possible de « faire les deux », a répondu la présidente du C. A. lors d’un échange particulièrement tendu.

« Un A » au p.-d.g., selon Andrea Skinner

À la députée Thomas, qui l’accusait ensuite de « protéger » plutôt que de « tenir responsable » le p.-d.g., Scott Smith, qui refuse de démissionner, elle a répondu que « le grand patron n’est pas protégé ; la direction est indépendante du conseil d’administration ».

Elle a, plus tard, reconnu que le C. A. peut décider de lui montrer la porte. De toute manière, selon Mme Skinner, M. Smith mériterait « un A » pour son travail actuel chez Hockey Canada vu « les circonstances […] extraordinaires et difficiles ».

Cette note démontre « un écart clair » entre la façon dont le leadership de Hockey Canada est perçu par ses dirigeants et par les Canadiens, a résumé le député libéral Anthony Housefather, à qui la témoin a répliqué qu’elle ignore si c’est un point de vue partagé par la population.

Le comité du Patrimoine canadien recevait simultanément celui qui était le président du C. A. jusqu’au début août, Michael Brind’Amour, et qui a démissionné en expliquant qu’il est « inutile d’attendre avant d’entamer une nouvelle ère ». M. Brind’Amour a maintes fois évité de répondre à des questions fort simples, notamment s’il était dissident lors d’une conversation sur l’avenir du p.-d.g. Smith.

Son attitude a fait bondir le libéral Chris Bittle, qui a dit être « choqué » de constater qu’« un avocat, comme témoin qui a reçu une assignation, ne croit pas qu’il doit répondre directement à une question d’élus du Parlement alors qu’il a prêté serment ». M. Brind’Amour a répliqué avoir « répondu à la question » et que « le présent forum ne ressemble pas du tout à une cour de justice », ce qui a fait dire à M. Bittle : ça « en dit long sur comment Hockey Canada et ses dirigeants voient cette procédure ».

Après que M. Brind’Amour a évité une seconde fois de dire s’il a confiance en Scott Smith pour diriger l’organisation, le vice-président conservateur du comité, John Nater, a demandé et obtenu que la présidente le force à répondre directement. « Oui », il a confiance.

La faute aux médias, dit Hockey Canada

 

Hockey Canada s’est une fois de plus retrouvée dans l’eau chaude lundi après que The Globe and Mail eut révélé que l’organisation détenait un second fonds pour régler des questions d’abus sexuels. Lorsque Mme Skinner s’est fait demander pourquoi Hockey Canada n’a pas évoqué ce fonds par le passé, elle a soutenu que ce n’est pas « un actif » de Hockey Canada et qu’il a été « fondamentalement mal décrit par les médias ».

Ce type d’affirmations a fait fortement réagir la ministre des Sports, Pascale St-Onge, qui s’est présentée devant la presse en début d’après-midi pour dire à Hockey Canada que ce qui leur arrive présentement « n’est pas un jeu politique et ce n’est pas la faute des médias ». Elle a ajouté que les principaux partis à la Chambre des communes pensent tous que la gestion des viols collectifs par la fédération a été « totalement inadéquate ».

« À ce point-ci, je pense que c’est le temps de se tourner vers les 13 membres de Hockey Canada, c’est-à-dire les associations de hockey des provinces et des territoires pour faire le ménage », a-t-elle conclu.

« Complètement déconnectée »

Lors de la période des questions, le porte-parole bloquiste en matière de sports, Sébastien Lemire, est revenu à la charge pour réclamer en vain une enquête indépendante sur la façon dont Hockey Canada traite les plaintes d’agressions sexuelles. « Que Hockey Canada ait un fonds dédié pour couvrir les cas d’agressions sexuelles de ses joueurs, c’est inacceptable, mais qu’il ait besoin d’un deuxième fonds, comme on l’a appris [lundi], c’est dégueulasse », a-t-il dit.

Le député néo-démocrate Peter Julian s’est, pour sa part, désolé de l’« absence de transparence » de la part de Hockey Canada. Dans le foyer de la Chambre des communes, il a indiqué que l’attitude de Mme Skinner en comité parlementaire démontre qu’elle est « complètement déconnectée » de ce que la population pense.

La saga chez Hockey Canada a débuté en juin lorsque le réseau TSN a révélé qu’une femme qui aurait été agressée sexuellement par huit joueurs de la Ligue canadienne de hockey après un gala de Hockey Canada en juin 2018 a abandonné une poursuite après avoir conclu une entente à l’amiable.

Les dirigeants de l’organisation ont défilé en comité parlementaire à la fin juin, et les élus ont découvert qu’aucun joueur impliqué n’avait été identifié. La ministre St-Onge a alors annoncé que le financement de l’organisation serait gelé.

Quelques semaines plus tard, La Presse canadienne révélait que Hockey Canada détenait un fonds pour payer les réclamations pour agressions sexuelles, ce qui a valu à ses dirigeants un autre passage sur le gril en comité parlementaire, où ils ont déclaré avoir conclu neuf autres règlements depuis 1989 dans des affaires d’inconduites sexuelles.

Avec des informations d’Émilie Bergeron

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