Armé, un adepte américain du Convoi de la liberté a été refoulé à la frontière deux fois

Le poste frontalier de Douglas, au sud de Vancouver, près du parc de l’Arche de la Paix
Darryl Dyck Archives La Presse canadienne Le poste frontalier de Douglas, au sud de Vancouver, près du parc de l’Arche de la Paix

Un citoyen américain muni d’une arme à feu s’est retrouvé deux fois plutôt qu’une par erreur devant des douaniers canadiens en tentant de rejoindre une manifestation du Convoi de la liberté en janvier dernier, relatent des documents de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

L’incident, qui s’est étrangement produit à deux reprises, a été consigné dans le « rapport de situation » de l’ASFC du 30 janvier 2022, au sujet des manifestations de camionneurs en colère contre les mesures sanitaires.

« Il y a eu deux incidents dans lesquels des armes à feu ont été utilisées, mais il a été rapidement déterminé qu’il s’agissait du même citoyen américain ayant une arme à feu légale qui a effectué un mauvais virage vers le Canada à différents [postes frontaliers] de la région du Pacifique alors qu’il tentait de se rendre à des manifestations du côté américain de la frontière », peut-on lire dans le document.

Ce rapport fait partie des 1200 pages produites par le gouvernement fédéral obtenues par Le Devoir avant leur publication par un comité parlementaire qui a pour tâche de surveiller l’application de la Loi sur les mesures d’urgence. Cette loi d’exception a été invoquée en février dernier pour mettre fin au mouvement de protestation qui a perturbé la ville d’Ottawa durant trois semaines et bloqué différents postes frontaliers du pays.

Manifestations américaines

 

Ce citoyen américain armé et perdu tentait de rejoindre une manifestation annoncée sur les réseaux sociaux en soutien au Convoi de la liberté dans un parc situé du côté des États-Unis, mais collé au Canada. Il s’est d’abord accidentellement retrouvé au poste frontalier de Pacific Highway, au sud de Vancouver, puis à celui de Douglas, situé à un peu plus d’un kilomètre plus loin sur la frontière de la Colombie-Britannique.

Au total, une vingtaine d’autres automobilistes se seraient eux aussi retrouvés par erreur à l’un ou l’autre de ces deux postes frontaliers afin de se rendre à une manifestation annoncée en ligne au parc de l’Arche de la Paix, au sud de la ligne frontalière.

Finalement, peu de manifestants américains se sont vraiment présentés à cet endroit. L’ampleur du soutien américain au mouvement de protestation canadien a d’ailleurs été grandement exagérée dans certains médias. L’ex-joueur de hockey canadien Theo Fleury a, par exemple, fourni des estimations complètement démesurées sur la taille du Convoi de la liberté sur les ondes de Fox News, aux États-Unis.

« Malgré la propagande en ligne indiquant que des milliers de véhicules automobiles commerciaux (VAC) se rassemblaient du côté américain de la frontière en vue de tenter d’entrer au Canada, seuls de petits groupes composés de véhicules personnels et d’un très petit nombre de VAC se sont formés », consigne un autre rapport de renseignement de l’agence fédérale.

Quant à l’Américain armé, il a été officiellement refusé au Canada pour ne pas avoir été adéquatement vacciné contre la COVID-19. Il aurait eu pour seule conséquence d’avoir eu à retourner d’où il venait. Un responsable gouvernemental a indiqué au Devoir que son arme, déclarée, a été remise aux douaniers américains au moment de l’expulsion, comme le veut la procédure.

L’ASFC a refusé de confirmer les détails de l’affaire, sous prétexte que cela constitue des « renseignements personnels ». Dans un courriel adressé au Devoir, sa porte-parole, Karine Martel, écrit notamment que les armes à feu doivent être déclarées aux douaniers au moment de l’entrée au pays. Dans le cas de voyageurs « renvoyés pour un examen secondaire, cela n’est pas considéré comme une arrestation ou une détention ». 

« Vigilance accrue » pendant l’occupation

Le gouvernement fédéral a reçu la consigne d’exercer une « vigilance accrue » à la frontière pour détecter des membres de groupes extrémistes violents à caractère idéologique à partir de la fin du mois de janvier 2022, démontre le rapport.

Le 7 février, les autorités notent avoir reçu des renseignements selon lesquels un individu déjà condamné pour trafic d’armes au Yukon était suspecté de vouloir fournir des armes aux manifestants.

Les agents fédéraux surveillaient aussi de près Romana Didulo, une conspirationniste canadienne notoire qui prétend être la véritable reine du pays. La femme s’est retrouvée parmi les camions à Ottawa après avoir proféré des menaces de mort sur les réseaux sociaux envers les responsables de la vaccination contre la COVID-19, notamment.

La seule perquisition d’armes connue qui est survenue durant le Convoi de la liberté a finalement été effectuée en marge du blocage de la frontière à Coutts, en Alberta, pour laquelle 13 personnes ont été arrêtées. Les policiers ont saisi 13 armes d’épaule et 2 armes de poing, des gilets pare-balles, une machette et « une quantité excessive de munitions ».

Une note de la GRC a aussi rapporté, le jour même de l’invocation des mesures d’urgence, le 14 février dernier, que des renseignements indiquaient que les manifestants d’Ottawa commençaient eux aussi à s’armer. La présence d’armes à feu dans les camions n’a jamais été confirmée par la police.

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