Le gouvernement Trudeau dit non au droit de vote à 16 ans

Le député néodémocrate Taylor Bachrach, parrain du projet de loi, en conférence de presse mercredi
Adrian Wyld La Presse canadienne Le député néodémocrate Taylor Bachrach, parrain du projet de loi, en conférence de presse mercredi

Alors que Québec solidaire s’affaire à convaincre les jeunes adultes de voter, pour faire gonfler ses appuis en vue des élections de lundi, à Ottawa, le gouvernement de Justin Trudeau a fermé la porte à l’idée d’abaisser l’âge du droit de vote. Un projet de loi du Nouveau Parti démocratique (NPD), qui proposait de l’abaisser à 16 ans sur la scène fédérale, a été rejeté.

Malgré l’appui des bloquistes, des néodémocrates et des verts au projet de loi C-210, un consensus de libéraux et de conservateurs a refusé d’envoyer la proposition en étude parlementaire en comité. Le projet de loi a donc été battu à 245 voix, contre 77 appuis.

Le gouvernement n’a pas expliqué sa décision de s’opposer à l’idée. Vingt députés libéraux ont néanmoins appuyé le C-210 en deuxième lecture. Dans le lot, l’ex-ministre québécois Marc Garneau.

Le député néodémocrate Taylor Bachrach, parrain du projet de loi, a fait valoir mercredi qu’en Autriche ou en Écosse, où le droit de vote a été étendu aux jeunes de 15 à 17 ans, ces derniers se sont exprimés dans une plus grande proportion que les jeunes de 18 à 20 ans. « On sait que lorsque les jeunes se prévalent de leur droit de vote, lors de leur première élection, ils développent des habitudes qui les suivent le reste de leur vie. Et cela rend notre démocratie plus forte », a affirmé le député britanno-colombien en point de presse.

Les partis libéral et conservateur permettent aux jeunes de devenir membres de leur formation et de voter dans leurs courses à la chefferie dès l’âge de 14 ans.

Peu d’appuis au Québec aussi

Sur la scène québécoise, seuls Québec solidaire (QS) et le Parti québécois proposent d’abaisser le droit de vote à 16 ans. Le co-porte-parole de QS a d’ailleurs appelé les jeunes adultes à se prévaloir de leur droit de vote cette semaine, alors que les bureaux de scrutin étaient ouverts de mardi à jeudi sur les campus étudiants.

La Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec et le Parti conservateur du Québec sont plutôt d’avis qu’il faut maintenir l’âge minimum pour voter à 18 ans.

Le ministre fédéral responsable des Institutions démocratiques, Dominic LeBlanc, n’a pas détaillé les raisons de l’opposition du gouvernement de Justin Trudeau à revoir l’âge minimum du vote au fédéral. Le ministre s’est contenté d’affirmer, aux Communes, qu’il avait « hâte de discuter de la question » avec le parrain du projet de loi, M. Bachrach, « dans les prochains mois ».

Le député libéral de Hull–Aylmer, Greg Fergus, a évoqué les risques de la désinformation pour justifier son opposition au C-210, bien qu’il juge son objectif « intéressant ».

Le ministre de la Justice, David Lametti, a indiqué que ce genre de changement nécessitait « davantage de consultations que ce qui est prévu au processus d’étude d’un projet de loi d’initiative parlementaire ».

Le libéral Mark Holland avait lui-même déposé en 2004 un projet de loi visant à élargir le droit de vote aux jeunes de 16 et 17 ans. Aujourd’hui leader du gouvernement aux Communes, M. Holland n’a pas voté sur C-210 mercredi.

La firme de sondages Abacus Data évalue qu’en 2015, pas moins de 45 % des électeurs de 18 à 25 ans avaient appuyé le Parti libéral de Justin Trudeau. En 2021, cette proportion serait passée à 31 %.

Le député Bachrach, du NPD, a brandi la promesse abandonnée des libéraux sur la réforme du mode de scrutin et a prédit que les jeunes seraient de nouveau déçus et se sentiraient une fois de plus abandonnés par le gouvernement de Justin Trudeau.

 

Avec Dave Noël

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