Le Bloc et le NPD accusent Ottawa de renier sa parole sur l’assurance-emploi

«En ne voulant pas s’engager à minimalement garder en place les critères d’admissibilité des mesures temporaires», la ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, abandonne plein de monde, plaide la députée bloquiste Louise Chabot.
Justin Tang La Presse canadienne «En ne voulant pas s’engager à minimalement garder en place les critères d’admissibilité des mesures temporaires», la ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, abandonne plein de monde, plaide la députée bloquiste Louise Chabot.

Les néodémocrates et les bloquistes ont joint leurs voix jeudi pour reprocher au gouvernement Trudeau de renier son engagement de réformer l’assurance-emploi et l’implorer de prolonger les mesures temporaires qui facilitent l’accès au programme devant prendre fin samedi.

Le gouvernement libéral « se sacre » des travailleurs et des chômeurs, a lancé le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique (NPD), Alexandre Boulerice, lors d’une mêlée de presse dans le foyer de la Chambre des communes, aux côtés de militants pour les droits des chômeurs qui venaient cogner à la porte d’Ottawa au terme d’une marche symbolique de 200 km.

« Dimanche, les gens qui perdent leur “job” se retrouvent avec le vieux système qui ne marche pas, où la majorité des travailleurs et des travailleuses n’ont pas accès à des prestations d’assurance-emploi quand ils perdent leur job », a-t-il poursuivi avant d’accuser le gouvernement de « rire dans la face du monde » et de « trahir sa parole ».

La ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, « renie carrément ses engagements » de réformer le régime, a renchéri la porte-parole du Bloc québécois en matière de ressources humaines, de développement des compétences et de développement social, Louise Chabot.

« En ne voulant pas s’engager à minimalement garder en place les critères d’admissibilité des mesures temporaires, elle abandonne plein de monde, a dit Mme Chabot. Elle abandonne les femmes enceintes qui ne pourront pas, si elles perdent leur emploi, avoir droit à l’assurance-emploi. […] Elle abandonne des jeunes et des femmes qui occupent de plus en plus d’emplois atypiques. Elle abandonne les travailleurs saisonniers. »

Réparer après la tempête

 

Or, la pandémie de COVID-19 a révélé « toutes les failles » du programme d’assurance-emploi, l’un des plus « dysfonctionnels, inéquitables et injustes » parmi tous ceux qui existent au « fédéral, provincial confondu, “coast to coast” », a déclaré le porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses, Pierre Céré.

« N’attendons pas la prochaine crise pour réparer le filet social, a-t-il insisté. C’est après la tempête qu’on répare la maison. C’est le temps de faire cette réforme-là. »

Mais M. Céré, qui a marché depuis Montréal, sent que le vent tourne. Et il craint le statu quo. « Ils sont en train de nous laisser tomber », a-t-il dit.

« On nous a toujours dit, et en privé, et en public, que la réforme prendrait le relais des mesures temporaires, a affirmé M. Céré. Donc on sentait ce vent-là. Et tout d’un coup, je vous dirais que depuis juin, depuis quelques mois, c’est devenu opaque. Il n’y a plus rien qui transpire. Puis on s’inquiète. Puis on essaie d’entrer en communication. Quel est votre plan de match législatif, qu’allez-vous faire ? Pas de réponse. Aucune réponse. »

Pourtant, « tout était là », a-t-il dit, rappelant que les libéraux disposent d’une « majorité » parlementaire — avec l’appui des néodémocrates — et d’un appui dans la société.

« Ne laissez pas cette apparente montée de la droite conservatrice vous paralyser, a-t-il affirmé. Ne les laissez pas arrêter le progrès. »

Pas de prolongation, dit Ottawa

 

Lors de la période des questions en après-midi, la ministre Qualtrough a fait face à un barrage de questions sur le sujet. Elle a réitéré la promesse du gouvernement d’effectuer « une modernisation complète » de l’assurance-emploi, mais également que les mesures temporaires prendront fin comme prévu.

« Bien sûr que certains programmes de prestations en cas de pandémie sont en train de se terminer, mais les prestations régulières continueront d’être offertes aux travailleurs comme avant la pandémie, a-t-elle dit. Nous avons hâte de lancer notre plan à long terme. Nous avons hâte de livrer 26 semaines d’assurance-emploi de maladie avant la fin de décembre. »

La ministre a aussi confirmé s’être entretenue avec des représentants d’organisations de défense des droits des travailleurs et des chômeurs.

Contacté après la rencontre, M. Céré a déclaré qu’il n’y a « rien d’acquis », mais qu’il a trouvé « rassurant de constater qu’il y a vraiment une détermination qui se dégage d’elle de vouloir faire cette réforme ».

La lettre de mandat de la ministre lui donnait instruction de présenter et commencer à mettre en oeuvre d’ici l’été 2022 un plan de réforme du programme d’assurance-emploi « adapté au 21e siècle ». Il devait notamment inclure une nouvelle prestation pour les travailleurs autonomes.

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