Justin Trudeau à la tête d’une réunion sur la sécurité d’Haïti aux Nations Unies

Le premier ministre Justin Trudeau, que l’on voit ici à gauche de Bob Rae, l’ambassadeur du Canada auprès des Nations unies, a indiqué que la seule solution durable doit être dirigée « par Haïti, par les Haïtiens ».
Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau, que l’on voit ici à gauche de Bob Rae, l’ambassadeur du Canada auprès des Nations unies, a indiqué que la seule solution durable doit être dirigée « par Haïti, par les Haïtiens ».

Le premier ministre du Canada a profité de son passage aux Nations unies, mercredi, pour présider une réunion de dirigeants sur le thème de la sécurité en Haïti, alors que d’importantes manifestations à Port-au-Prince forcent la fermeture au public de l’ambassade depuis une semaine.

« Nous avons beaucoup de travail à faire pour aider Haïti à rétablir la stabilité et la prospérité, pour protéger les citoyens et pour redonner une confiance et une direction à la Perle des Antilles », a déclaré Justin Trudeau devant des reporters à New York, à l’entrée de la réunion.

Le Canada a convoqué mercredi des responsables de différents pays siégeant au Groupe consultatif ad hoc sur Haïti, du Conseil économique et social des Nations unies, sur le thème de la stabilité et de la sécurité du pays. Le premier ministre a ajouté que la seule solution durable doit être dirigée « par Haïti, par les Haïtiens ».

Le groupe international est constitué d’une poignée de pays des Amériques, d’Europe et d’Afrique, dont les États-Unis et la France, auxquels se sont ajoutés des représentants de pays des Caraïbes. Le ministre haïtien des Affaires étrangères, Jean Victor Généus, et son collègue ministre de l’Économie, Michel Patrick Boisvert, participaient à la réunion.

Ambassade canadienne fermée au public

 

Depuis une semaine, d’intenses manifestations perturbent la capitale haïtienne. La révolte est motivée par la hausse du prix du carburant, après la fin des subventions sur l’essence demandée par le Fonds monétaire international (FMI).

« Les gangs ont pris le contrôle de l’essentiel de Port-au-Prince. Ils occupent même le tribunal », a affirmé mardi l’ambassadeur du Canada à l’ONU, Bob Rae.

Les locaux de l’ambassade du Canada sont d’ailleurs fermés depuis mercredi dernier. L’édifice se trouve dans une rue importante menant au quartier cossu de Pétion-Ville, rue qui a été occupée par les protestataires. Les diplomates ont été renvoyés chez eux en télétravail, avec d’importantes réserves de nourriture.

Les gangs ont pris le contrôle de l’essentiel de Port-au-Prince. Ils occupent même le tribunal.

« Nous ne sommes pas capables d’entrer en contact avec nos proches en Haïti. Il n’y a plus d’eau, plus d’électricité. Nous ne pouvons plus envoyer d’argent, puisque les banques sont fermées. C’est dramatique pour nous », dit au Devoir Marjorie Villefranche, directrice générale de la Maison d’Haïti, à Montréal.

À son avis, toute amélioration de la sécurité en Haïti doit d’abord passer par des solutions que doivent trouver les Haïtiens eux-mêmes, et non par des initiatives imposées par la communauté internationale. « Le Canada est très bien placé pour exercer un leadership en Haïti », croit toutefois Mme Villefranche.

Gouvernement contesté

 

L’une des difficultés auxquelles fait face la communauté internationale est que la légitimité du gouvernement provisoire d’Haïti est contestée. Le premier ministre par intérim, Ariel Henry, dirige le pays depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet 2021.

« C’est un défi parce que le gouvernement [actuel] est un gouvernement provisoire et qu’il y a beaucoup de monde dans la société civile qui croit fermement que les choses ne vont pas dans la bonne direction », a reconnu l’ambassadeur Bob Rae.

La stratégie canadienne est pour l’instant de renforcer les capacités de la police nationale haïtienne. Ottawa lui a fourni un financement d’environ 30 millions de dollars en 2022, en plus d’avoir récemment donné le feu vert à la vente de véhicules blindés canadiens pour ses policiers.

Le Canada a aussi annoncé mercredi la bonification de sa contribution à la reconstruction d’Haïti après le tremblement de terre de 2021, à hauteur de 20 millions de dollars. Une autre rencontre du Groupe consultatif ad hoc sur Haïti est prévue vendredi, sans le premier ministre Trudeau cette fois.

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