L’inflation donne le ton de la rentrée parlementaire à Ottawa

« Avec l’inflation actuelle, pour plus d’un tiers des Canadiens et des Canadiennes, obtenir des soins bucco-dentaires pour eux-mêmes et leurs enfants semble être hors de portée », a déclaré le ministre Jean-Yves Duclos mardi, après avoir présenté son projet de loi.
Adrian Wyld La Presse canadienne « Avec l’inflation actuelle, pour plus d’un tiers des Canadiens et des Canadiennes, obtenir des soins bucco-dentaires pour eux-mêmes et leurs enfants semble être hors de portée », a déclaré le ministre Jean-Yves Duclos mardi, après avoir présenté son projet de loi.

La joute politique a repris mardi à Ottawa, avec une rentrée parlementaire sur le thème de l’inflation et marquée par le dépôt de deux projets de loi destinés à envoyer des chèques estampillés d’une feuille d’érable aux familles, dont un pour les soins dentaires.

Pour leur première entrée au parlement depuis la pause estivale, les élus fédéraux devaient contourner un homme en colère contre la vaccination des enfants, une pancarte dénonçant le communisme en main. Les drapeaux canadiens à l’envers brandis par les quelques manifestants rappelaient le début de session précédent, qui s’était fait sous les klaxons du Convoi de la liberté.

À l’intérieur de la Chambre des communes, la hausse du coût de la vie monopolisait les échanges. Aux critiques de dépenses exagérées du nouveau chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, le gouvernement Trudeau répliquait en détaillant les nouvelles prestations de centaines de dollars annoncées la semaine dernière.

Avant que les familles canadiennes y aient accès, toutefois, deux projets de loi déposés mardi devront d’abord être adoptés.

Le projet de loi C-30 propose de doubler le crédit d’impôt pour la TPS, ce qui devrait envoyer de l’argent à la moitié des familles canadiennes, avec un montant maximum de 467 $ pour une famille avec deux enfants, ou 225 $ pour les aînés. Cette aide coûterait 2,5 milliards de dollars en fonds publics.

Un autre texte législatif, C-31, compte deux mesures : un chèque unique de 500 $ pour les locataires pauvres qui paient des loyers trop chers, au coût de 1,2 milliard de dollars, et une nouvelle prestation dentaire pour les soins des enfants de moins de 12 ans, estimée à 938 millions.

Des critiques et des félicitations

 

L’opposition conservatrice fait valoir que ce saupoudrage de mesures est insuffisant pour compenser la hausse du coût de la vie et ajoute aux dépenses du gouvernement, cause alléguée de l’inflation. « Tout cela sera vaporisé par l’inflation, ce qui coûte aux familles plus de 2000 $, sans inclure la hausse des taux d’intérêt que les gens paient sur leur hypothèque », a lâché M. Poilievre lors de la période des questions.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) s’attribue le mérite de ces mesures, qu’il dit avoir imposées grâce à son entente avec les libéraux pour les laisser gouverner le pays jusqu’en 2025.

Le Bloc québécois est d’accord avec l’idée de rembourser plus de TPS, mais s’oppose par principe aux chèques pour les soins dentaires, car cette mesure est perçue comme une intrusion dans les compétences du Québec. « On sent que ce projet de loi là a seulement été créé pour garder la majorité libérale en Chambre. C’est du vite fait, c’est tout croche. Ça va être difficile pour le Bloc québécois d’appuyer ça », a indiqué le leader parlementaire du parti, Alain Therrien.

Selon lui, le Québec serait désavantagé, puisque certains soins dentaires donnés aux enfants de moins de 10 ans sont déjà payés par l’assurance maladie, ce qui fait en sorte que moins de contribuables pourront se faire rembourser leurs factures. Il propose de simplement transférer ces fonds à Québec.

Les Québécois aussi admissibles

 

Dans les faits, seraient admissibles à cette aide les familles québécoises dont le revenu est inférieur à 90 000 $ par année, qui touchent l’allocation canadienne pour enfants et qui ne disposent pas d’une assurance dentaire privée — à la condition qu’elles s’engagent à payer la facture des soins qui ne sont pas couverts par la province.

Même si les examens annuels et les plombages sont couverts pour tous les jeunes Québécois, les parents doivent payer de leur poche les nettoyages, détartrages et l’application de fluorure, notamment. « Tout ça peut coûter très cher. Surtout pour des enfants qui vont voir le dentiste pour la première fois de leur vie », a illustré le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos.

Selon la législation proposée, avant même d’aller voir le dentiste, les parents pourront demander un chèque d’un maximum 650 $ par an. Si le prix des services n’atteint pas ce montant, il leur sera possible de conserver la différence, selon les responsables gouvernementaux qui présentaient les détails du texte aux médias mardi.

L’Agence du revenu du Canada, qui gérera le programme temporaire de deux ans, ne pourra pas faire de jugement médical pour déterminer si les soins dentaires sont appropriés ou non. Les parents ne devront fournir que les coordonnées du dentiste pour d’éventuels contrôles. Les fonctionnaires se baseront sur un système de gestion du risque similaire à celui mis en place pour détecter les cas de fraude touchant la Prestation canadienne d’urgence (PCU) lors de la pandémie de COVID-19.

« Je peux garantir aux Canadiens que ce ne sera pas un chèque en blanc. Il y a des processus qui sont en place. […] Il y a des vérifications qui vont se faire », a assuré en point de presse la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier.

Justin Trudeau pourra répliquer en personne aux critiques de l’opposition sur le coût de la vie dès jeudi : le premier ministre fédéral est à New York mardi et mercredi pour l’Assemblée générale des Nations unies.

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