Poilievre «comprend la nouvelle façon de faire la politique»

Le chef conservateur nouvellement élu, Pierre Poilievre, samedi dernier
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le chef conservateur nouvellement élu, Pierre Poilievre, samedi dernier

L’un des coprésidents ontariens de la campagne à la chefferie du Parti conservateur de Jean Charest affirme que le nouveau chef Pierre Poilievre pourrait avoir trouvé la recette pour livrer une majorité aux conservateurs lors de la prochaine élection fédérale. Selon Joel Etienne, un avocat franco-ontarien dans le Grand Toronto, l’équipe de Pierre Poilievre « comprend la nouvelle façon de faire la politique ».

Le représentant torontois de la campagne de Jean Charest estime que Pierre Poilievre a été en mesure de remporter la chefferie avec 68 % des voix parce qu’il a livré un message clair aux membres du parti dans tout le pays. « Dans un monde cacophonique, aller chercher l’attention des individus est presque impossible à faire, et il a été en mesure de le faire », analyse Joel Etienne en entrevue avec Le Devoir, mardi.

Même s’il fait désormais l’éloge du nouveau chef conservateur, Joel Etienne s’est d’abord porté lui-même candidat à la chefferie avant de joindre l’équipe de Jean Charest. N’ayant pas été considéré comme un candidat officiel par le Parti conservateur, même s’il dit avoir récolté suffisamment de dons, M. Etienne a abandonné sa propre campagne cet été. D’après un rapport rédigé par l’équipe de M. Etienne, dont CBC a obtenu copie, le Parti conservateur du Canada (PCC) aurait rendu difficile le travail des candidats aux profils atypiques « pour aider son candidat favori ».

Une campagne plus directe

 

Selon Joel Etienne, l’un des atouts de la campagne de Poilievre est aussi d’avoir été mesure de recruter des membres et de récolter des fonds de manière directe, sans passer par des capitaines locaux, observe l’avocat.

À cet égard, Pierre Poilievre, qui a recruté plus de 300 000 nouveaux membres, s’est distingué des deux anciens chefs du parti, et même de Jean Charest. Joel Etienne explique que l’équipe de Jean Charest misait entre autres sur une coopération avec la campagne de Patrick Brown pour recruter des membres. Mais ce dernier entretenait des relations étroites avec des représentants locaux, une approche traditionnelle que Pierre Poilievre a outrepassée.

« Il y a beaucoup moins d’embûches en travaillant de cette façon », dit Joel Etienne. « C’est incroyable que pour implanter une vision politique qui veut donner plus de démocratie locale et désacralisée, il faille avoir une campagne centralisatrice, mais c’est la réalité », ironise Joel Etienne, dont le père, Gérard Étienne, écrivait autrefois dans Le Devoir.

Selon Joel Etienne, Jean Charest n’a pas été en mesure de l’emporter en raison de l’approche de son principal opposant, mais aussi parce que sa vaste expérience n’était pas connue des électeurs néocanadiens et millénariaux. « Ce que moi, j’avais perçu comme étant une connaissance commune, dit Joel Etienne, faisant notamment allusion au rôle de Jean Charest lors du référendum de 1995, 90 % des gens autour de moi dans le Grand Toronto n’étaient pas au courant. » « Pour l’électeur néocanadien ou le millénarial, tout ça avait zéro importance. Je ne l’avais pas prédit », poursuit-il.

L’avocat franco-ontarien appuie maintenant Pierre Poilievre et l’a félicité sur les réseaux sociaux à la suite de son élection. Le nouveau chef, dit-il, n’était pas « la voix de l’extrême » durant la campagne, malgré son appui indéfectible pour le Convoi de la liberté. Joel Etienne ne sait pas s’il sera de nouveau candidat lors de la prochaine élection fédérale. « Je suis convaincu qu’une tonne de personnes voudront être candidats. Quelle va être ma place dans son équipe ? On verra bien. »

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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