Les Premières Nations s’inquiètent de l’arrivée de Charles III

Charles III, se faisant offrir des mocassins par un membre des Premières Nations lors d’une visite à Yellowknife, alors qu’il était prince, en mai 2022.
Paul Chiasson La Presse canadienne Charles III, se faisant offrir des mocassins par un membre des Premières Nations lors d’une visite à Yellowknife, alors qu’il était prince, en mai 2022.

Certains dirigeants autochtones et membres de la communauté se disent préoccupés par les progrès de la réconciliation avec le roi Charles III.

Le grand chef des Premières Nations du Traité no 8, Arthur Noskey, a déclaré que le décès de la reine la semaine dernière n’était pas arrivé au bon moment, car les Premières Nations progressaient dans la collaboration avec la Couronne pour faire respecter les accords de traité.

Les traités des Premières Nations constituent une question complexe depuis le début des accords. Certains ont été signés dans des circonstances de vulnérabilité, tandis que d’autres ont été mis en oeuvre en tant que traités de paix, et la plupart n’ont pas été négociés avec précision ou dans des langues autochtones.

« Cela n’a pas répondu aux attentes de nos ancêtres. Même aujourd’hui, il y a beaucoup de divergences », a souligné M. Noskey.

Selon lui, l’honneur de la Couronne est en jeu si les discussions avec le nouveau monarque ne se poursuivent pas.

« J’espère que nous n’aurons pas à repartir de zéro avec le roi Charles », a-t-il ajouté.

Le Haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni, Ralph Goodale, a avancé que le roi était « peut-être un peu plus extraverti et un peu moins réservé » que sa mère.

M. Goodale s’attend à ce que le nouveau souverain continue à s’intéresser aux questions importantes pour le Canada, notamment la réconciliation avec les communautés autochtones.

Crystal Fraser, professeure adjointe à la faculté des études autochtones de l’Université de l’Alberta, indique que la mort de la reine marque la fin d’une époque, mais représente aussi un moment de réflexion.

« La reine était la représentante d’un empire colonial qui a vraiment fait beaucoup de mal à l’échelle internationale aux pays coloniaux et en particulier aux Nations autochtones ici au Canada », a-t-elle suggéré.

Les politiques coloniales oppressives ont entaché l’histoire du Canada pendant des siècles, plus récemment avec le système des pensionnats, la rafle des années 1960, la stérilisation forcée des femmes autochtones et la réinstallation forcée des Inuits dans le Nord — des événements qui se sont tous produits sous le règne de la reine.

« Ces décisions ont été prises en partie par les Églises chrétiennes, par le gouvernement canadien, par des corps policiers comme la GRC. Mais en fin de compte… tout cela est fait dans l’esprit de l’Empire britannique », a-t-elle mentionné.

Comme de nombreux autres membres de la communauté autochtone, Mme Fraser n’a pas beaucoup d’attente pour un changement d’approche de la monarchie concernant la réconciliation.

« En fin de compte, c’est toujours une monarchie britannique qui a colonisé une grande partie du monde et continue d’en profiter », a-t-elle conclu.

En mai, Charles et sa femme, Camilla, ont visité Yellowknife et la Première Nation des Dénés Yellowknife lors de la dernière étape de leur tournée canadienne pour le Jubilé de platine de la reine. Leur visite a porté sur la réconciliation et le changement climatique.

 

Au cours de la visite, l’Assemblée des Premières Nations et le Ralliement national des Métis ont demandé des excuses à la monarchie. Dans un discours prononcé avant son départ de Yellowknife, Charles a déclaré qu’il s’était déplacé pour rencontrer des survivants des pensionnats et a reconnu leur douleur et leur souffrance, mais ne s’est pas excusé.

—-

Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse canadienne pour les nouvelles.

À voir en vidéo