Alain Rayes tourne le dos à son parti

Alain Rayes avait été un des premiers à courtiser Jean Charest afin qu’il brigue la chefferie du Parti conservateur du Canada.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Alain Rayes avait été un des premiers à courtiser Jean Charest afin qu’il brigue la chefferie du Parti conservateur du Canada.

Le député Alain Rayes, qui avait appuyé Jean Charest dans la course à la direction du Parti conservateur du Canada, claque la porte du parti après la victoire écrasante de Pierre Poilievre samedi.

« Je ne pouvais pas faire de compromis, considérant que M. Poilievre n’a pas de plan pour l’environnement et qu’il n’a pas de respect pour la loi et l’ordre », a précisé mardi M. Rayes, en entrevue avec Le Devoir.

Celui qui est député conservateur de Richmond–Arthabaska, circonscription partagée entre le Centre-du-Québec et l’Estrie, depuis 2015 siégera donc désormais en tant qu’indépendant.

Il dit qu’il « verra ensuite au jour le jour » s’il pourrait se représenter pour le Parti conservateur ultérieurement, ou s’il se représentera comme indépendant aux prochaines élections, mais il exclut de se présenter pour un autre parti.

Je ne pouvais pas faire de compromis, considérant que M. Poilievre n’a pas de plan pour l’environnement et qu’il n’a pas de respect pour la loi et l’ordre

 

« [Alain Rayes] a décidé de ne pas combattre les déficits et les taxes inflationnistes qu’impose Justin Trudeau », a répliqué le nouveau chef conservateur en conférence de presse, mardi après-midi.

« Les citoyens du comté d’Alain Rayes ont voté pour moi à la course à la chefferie », a-t-il ajouté, refusant ensuite de prendre plus de questions des journalistes.

Décision « mûrement réfléchie »

Dans une lettre envoyée à ses collègues du caucus, dont Le Devoir a obtenu une copie, M. Rayes affirme être « serein et zen » avec sa décision. Elle fut, dit-il, « mûrement réfléchie », et « culmine à la conclusion que je ne me retrouve plus dans la direction qui est prise par ma famille politique ».

Alain Rayes critique plusieurs aspects de la campagne que M. Poilievre a menée au sein de son parti. Il reproche au nouveau chef notamment son « manque de propositions en environnement », et craint qu’il « menace nos institutions démocratiques » en faisant référence, entre autres, à sa promesse de congédier le gouverneur de la Banque du Canada.

« Ça me préoccupe qu’il ait amené l’idée de faire de l’ingérence dans une de nos structures démocratiques [apolitiques] », a-t-il ajouté.

M. Rayes avait également vivement dénoncé le Convoi de la liberté, qui a pris d’assaut le centre-ville d’Ottawa cet hiver, ainsi que les membres de ces regroupements qui ont harcelé des élus ou déambulé devant les résidences personnelles de certains. M. Poilievre avait quant à lui appuyé le convoi.

Le député de Richmond–Arthabaska avait été l’un des premiers à courtiser l’ancien premier ministre du Québec et ex-chef du Parti progressiste-conservateur fédéral, Jean Charest, afin qu’il brigue la chefferie du Parti conservateur. M. Rayes a par la suite dirigé la campagne de Jean Charest au Québec.

L’ancien premier ministre du Québec, favori des députés conservateurs québécois lors de la campagne, n’a toutefois recueilli que 16 % des votes des membres du parti, samedi, contre 68 % pour M. Poilievre.

Des divisions au sein du parti ?

Lundi, M. Poilievre a tendu une branche d’olivier aux députés et sénateurs québécois de son parti lors d’une visite surprise au caucus régional.

« Les autres députés conservateurs québécois se sont tous ralliés derrière M. Poilievre […], mais je ne crois pas qu’il va être capable de rallier une majorité des Québécois sans un discours plus moderne et progressiste, et s’il continue de capitaliser sur la grogne », soutient M. Rayes.

Les conservateurs répètent pourtant en choeur, depuis samedi, qu’ils sont désormais unis derrière leur nouveau chef. Cette victoire écrasante a fait dire à plusieurs qu’il n’y a plus besoin de se montrer accommodant, notamment à l’endroit des collègues issus de la frange progressiste-conservatrice.

« Avec ce genre de résultat, cela signifie que notre parti est uni , a notamment fait valoir au Devoir l’ex-chef et proche collaborateur de M. Poilievre, Andrew Scheer. Ce commentaire a d’ailleurs fait sourciller des conservateurs du Québec. M. Scheer a été nommé, mardi, leader conservateur à la Chambre des communes.

Plus tôt mardi, M. Poilievre a aussi annoncé qu’il faisait du député Pierre Paul-Hus son lieutenant pour le Québec, à une semaine de la rentrée parlementaire. Le député de Charlesbourg–Haute-Saint-Charles a été le seul élu québécois à prendre parti pour M. Poilievre lors de la course à la direction.

Avec La Presse canadienne

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