Une victoire décisive qui mine le souci d’unité

Pierre Poilievre et son épouse ont sauté de joie dès l’annonce de sa victoire.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Pierre Poilievre et son épouse ont sauté de joie dès l’annonce de sa victoire.

Le ton combatif des derniers mois de Pierre Poilievre a rapidement été délaissé dès l’annonce de sa victoire à la tête du Parti conservateur. Sitôt élu, le nouveau chef a tendu la main à ses rivaux et à leurs partisans. Un appel à l’unité que plusieurs disaient nécessaire, à la suite d’une course acrimonieuse. Mais l’appui historique auquel a eu droit M. Poilievre a aussi fait dire à une majorité de conservateurs que ce débat d’unité est maintenant caduc et que les mécontents n’ont d’autre choix que de rentrer dans le rang.

Le triomphe ne laissait aucun doute : Pierre Poilievre a été déclaré vainqueur dès le premier tour de scrutin samedi, avec 68 % des points distribués. Il a recueilli 70,7 % du vote populaire. C’est plus que Stephen Harper, qui avait obtenu 69 % du vote et 56 % des points en 2004. Le parti élit ses chefs par un système de points, distribués au prorata des votes dans chaque circonscription.

Pierre Poilievre et son épouse ont sauté de joie dès l’annonce de sa victoire. Les affichettes à son nom ont été brandies, les cris de joie — et quelques « Liberté » — ont retenti.

Dès les premières minutes de son discours, le nouveau chef de 43 ans a salué ses rivaux dans la course. Y compris Jean Charest, que son équipe et lui critiquaient vertement depuis des mois. « Aux partisans des cinq autres candidats, je vous ouvre grand les bras. Aujourd’hui, nous sommes un seul parti, qui sert un seul pays. »

Bien que cette volonté d’unité semble faire l’unanimité au sein des conservateurs, plusieurs estiment qu’elle va désormais de soi.

« Avec ce genre de résultat, cela signifie que notre parti est uni », a tranché l’un des députés les plus impliqués auprès de M. Poilievre, l’ancien chef Andrew Scheer. « Une écrasante majorité de nos membres a appuyé le discours de Pierre. » Nul besoin, à son avis, d’adapter ce message pour certaines franges du parti — progressiste-conservatrice, par exemple — qui n’auraient pas voté pour lui.

68%
C’est le nombre de points que Pierre Poilievre a récolté au premier tour du scrutin, devenant ainsi le nouveau chef du Parti conservateur du Canada.

Presque tous les conservateurs croisés samedi partageaient son opinion. M. Poilievre a remporté le plus de votes dans 330 des 338 circonscriptions, dont 72 des 78 au Québec. Jean Charest, qui n’a récolté que 16 % des points et 11,6 % des votes absolus, n’a donc pas été le plus populaire même dans six des sept circonscriptions des députés québécois qui l’appuyaient.

L’attaché de presse de M. Poilievre, Anthony Koch, écrivait sur Twitter : « Pierre avec 60,9 % du vote au Québec. Parti divisé, mon c**. »

La députée albertaine Michelle Rempel Garner a appelé les conservateurs à faire preuve d’abnégation, sur les ondes de CBC, et à ce que « l’opposition officielle fasse preuve de professionnalisme, soit mature et unie ».

Des Québécois s’interrogent

Gérard Deltell, qui appuyait M. Charest, a félicité son nouveau chef. Mais il estime quant à lui que l’unité doit demeurer au menu. « C’est évident que le nouveau chef, quel qu’il soit, a toujours comme devoir premier de rassembler les gens. Et unir le parti, ça veut dire prendre en compte ceux qui ont été élus avec le même chandail que nous tous. On est dix députés au Québec à avoir été élus. »

En coulisses, les commentaires de M. Scheer et de M. Koch ont fait sourciller, car certains s’interrogent déjà sur leur place au Parti conservateur.

Le député Joël Godin a menacé de quitter le caucus. Son collègue Alain Rayes a accusé M. Poilievre d’alimenter la colère et la haine. Ni l’un ni l’autre n’a voulu commenter le résultat du vote, mais tous deux se donneraient le temps de voir comment se passent les premiers mois du nouveau chef, selon nos informations.

Unir le parti, ça veut dire prendre en compte ceux qui ont été élus avec le même chandail que nous tous 

 

Le sénateur Jean-Guy Dagenais a, en revanche, coupé sa carte de membre dimanche matin, comme il l’avait annoncé. « Les valeurs qui ont été véhiculées par M. Poilievre ne sont pas mes valeurs. Je ne veux pas être membre d’un parti qui va devenir populiste », a-t-il déploré au Devoir, en rapportant que d’autres sénateurs retraités et des militants quittaient aussi le parti. Le sénateur Larry Smith, qui appuyait M. Charest, a rejoint le sénateur Dagenais dans les rangs des sénateurs indépendants cet été.

Jean Charest fait ses adieux

 

L’ancien premier ministre du Québec a félicité M. Poilievre et lancé à son tour un appel à l’unité, dans une vidéo sur le Web dimanche. « Je veux aussi vous dire mon engagement envers le parti. Je vais demeurer un militant actif », a-t-il assuré. « Le moment est maintenant venu de nous réunir », a souligné M. Charest, qui retournera travailler au privé « au grand bonheur de [sa] famille ».

Son directeur de campagne, Mike Coates, avait le même message sur le site du National Post. « Jean ne sera pas candidat à la prochaine élection fédérale, mais son équipe de campagne et lui demeureront de fidèles conservateurs. Et il n’y aura plus de discussions […] portant sur la formation d’un nouveau parti. »

Le sénateur Leo Housakos, codirecteur de la campagne Poilievre, s’est montré conciliant comme son chef. Il s’est entretenu avec la majorité des élus québécois avant la fin de la course, alors que l’issue du vote était pressentie. « Pour nous, à partir de ce soir, il n’y a plus d’équipe Charest et d’équipe Poilievre. Il y a juste des conservateurs. »

Des conservateurs du Québec comptent surveiller qui, de Leo Housakos ou d’Andrew Scheer, dit vrai.

Du travail dès les premiers jours

 

Déjà, Pierre Poilievre n’a pas repris ses positions les plus controversées samedi soir. Nulle mention des théories complotistes sur le Forum économique mondial, de congédier le gouverneur de la Banque du Canada ou du convoi des camionneurs. Il a plutôt repris son discours économique, accusant le gouvernement de Justin Trudeau de trop dépenser et de ne pas s’attaquer à la hausse du coût de la vie.

Le nouveau chef devra rapidement nommer son équipe de conseillers politiques et de porte-parole aux Communes. Il a convié son caucus à une première rencontre lundi.

La Chambre reprendra ses travaux le 20 septembre, un jour plus tard que prévu en raison des funérailles de la reine Élisabeth II. Mais dès jeudi, M. Poilievre fera son entrée au Parlement comme chef de l’opposition officielle, lorsque les élus seront conviés pour rendre hommage à la reine.

Unir le parti, ça veut dire prendre en compte ceux qui ont été élus avec le même chandail que nous tous 

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