Jean Charest fait l’impasse sur Facebook et Instagram

Contrairement à Jean Charest, Pierre Poilièvre a dépensé près de 17 000$ en contenu commandité au cours de l’été, selon des chiffres de Meta.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Contrairement à Jean Charest, Pierre Poilièvre a dépensé près de 17 000$ en contenu commandité au cours de l’été, selon des chiffres de Meta.

Jean Charest a-t-il abandonné la chefferie du Parti conservateur ? Sur Facebook et Instagram, du moins, le candidat n’a pas dépensé un rond en publicité cet été, contrairement à l’omniprésent Pierre Poilievre. Une erreur stratégique, disent certains, alors que tout laisse croire que l’ancien premier ministre du Québec sera largement distancé par son principal adversaire à l’issue de la course au leadership, samedi.

Selon des chiffres de Meta (Facebook et Instagram), Pierre Poilievre a dépensé près de 17 000 $ en contenu commandité diffusé sur les deux plateformes au cours de l’été. Jean Charest, qui vient tout juste de renouer avec les réseaux sociaux après 10 ans d’absence, n’y a quant à lui fait aucun placement publicitaire durant les derniers mois.

« C’est une importante erreur tactique de la part de son équipe. D’autant plus que Jean Charest tente d’atteindre les membres du Parti conservateur dans cette course. Et on sait que les membres du parti sont souvent méfiants à l’égard des médias traditionnels. Le meilleur moyen de les atteindre, ce sont donc, justement, les réseaux sociaux », souligne Rodolphe Husny, qui a été stratège conservateur sous Stephen Harper.

À son avis, l’effacement de Jean Charest des réseaux sociaux durant l’été ne prouve pas pour autant qu’il ait capitulé face à un Pierre Poilievre largement favori. Selon lui, cela démontre plutôt que le politicien de 64 ans s’est mal entouré pour son grand retour en politique active.

17 000$
C’est le montant dépensé par le candidat à la chefferie du Parti conservateur Pierre Poilievre en contenu commandité diffusé sur Facebook et Instagram au cours de l’été. Jean Charest n’y a quant à lui fait aucun placement publicitaire durant les derniers mois.

« Il est arrivé sur les réseaux sociaux au début de la course, alors que Pierre Poilievre était déjà très populaire. Jean Charest partait de zéro, et son équipe aurait dû dépenser trois fois plus que Pierre Poilievre pour le faire connaître à l’extérieur de son cercle d’abonnés, qui est très restreint. C’est Jean Charest qui avait besoin de faire de la publicité, pas Pierre Poilievre », résume M. Husny.

Pas une question d’argent

Lui aussi ancien stratège conservateur, Yan Plante doute également de la stratégie de communication qui a été choisie par l’entourage du candidat. Certes, Jean Charest tire largement de l’arrière au chapitre des dons dans cette course par rapport à Pierre Poilievre, rappelle-t-il. Mais cela ne saurait expliquer cette décision, l’espace publicitaire sur Facebook étant plutôt bon marché par rapport à d’autres tactiques de marketing.

Des candidats beaucoup plus marginaux ont d’ailleurs acheté de l’espace publicitaire, eux. Le modéré Patrick Brown, qui a été disqualifié de la course, avait dépensé en juin et juillet un peu plus de 1500 $ pour se faire voir par les utilisateurs de Facebook et Instagram à la grandeur du pays. La candidate antiavortement Leslyn Lewis a investi quelque 3100 $ en publicité sur les deux réseaux sociaux entre le 7 juin et le 4 septembre derniers.

« Même si l’équipe de Jean Charest avait acheté de la publicité sur Facebook, ça n’aurait peut-être pas changé grand-chose. Dès le jour 1, ses chances étaient très minces. Le Parti conservateur ne ressemble plus au Parti conservateur qu’il a connu durant les années 1980 », précise Yan Plante, aujourd’hui vice-président de l’agence de relations publiques Tact.

L’ancien chef du Parti progressiste-conservateur compte 17 000 abonnés sur Facebook, quand Pierre Poilievre en cumule… 554 000. Jointe mercredi, l’équipe de Jean Charest n’a pas donné suite à nos questions.

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