Bientôt le pic de l’attente pour un visa, dit le ministre de l’Immigration

«C’est possible qu’il y ait encore une hausse pendant à peu près un mois, mais on s’attend à ce qu’il y ait ensuite une réduction considérable du temps d’attente», a déclaré le ministre Sean Fraser.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «C’est possible qu’il y ait encore une hausse pendant à peu près un mois, mais on s’attend à ce qu’il y ait ensuite une réduction considérable du temps d’attente», a déclaré le ministre Sean Fraser.

Les importants retards en immigration au Canada pourraient s’allonger encore avant de s’améliorer, admet le ministre fédéral de l’Immigration, Sean Fraser.

« On est vraiment proches du pic attendu [de l’attente pour un visa], a affirmé le ministre Fraser mercredi. C’est possible qu’il y ait encore une hausse pendant à peu près un mois, mais on s’attend à ce qu’il y ait ensuite une réduction considérable du temps d’attente pour la délivrance d’un visa de visiteur [ou] pour différentes voies d’immigration. »

Prenant la parole à partir de la Colombie-Britannique, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté a annoncé que le gouvernement embaucherait plus de 1250 nouveaux fonctionnaires d’ici l’automne pour tenter de régler les importants arriérés du système et produire des documents d’immigration dans les normes de service « d’ici la fin de l’année ».

C’est possible qu’il y ait encore une hausse pendant à peu près un mois

Il a promis du même souffle de publier chaque mois sur le site Web gouvernemental des données sur le volume des demandes et le temps que prend l’obtention de certains documents.

« C’est important pour les personnes qui veulent venir — et nous voulons qu’elles viennent — qu’elles aient une idée de combien de temps ça va prendre. »

Le Devoir a révélé en juillet qu’une demande de visa de visiteur pouvait prendre jusqu’à cinq mois pour être traitée, selon le pays d’où elle provient. Des ambassades ont demandé à ceux qui attendent leur document depuis plus d’un an et dont la situation ne change pas de déposer une nouvelle demande, contrairement aux indications figurant sur le site Web du gouvernement.

Le ministre a de nouveau refusé de dire mercredi s’il conseillait ou non à ces personnes de déposer une nouvelle demande, sous le prétexte que « les gens peuvent faire leur choix ». Il a par contre bien souligné que le dépôt d’une seconde demande bénéficierait d’un processus accéléré.

Des travailleurs et des étudiants étrangers se trouvent eux aussi dans un chaos de retards administratifs causés par l’arriéré des demandes imputé à la pandémie de COVID-19, ce qui laisse présager une cascade de problèmes pour les entreprises et les établissements scolaires.

Des progrès… malgré un recul

« Nous sommes en train de commencer à faire des progrès pas mal sérieux », a évoqué le ministre Fraser, dans un point de presse par moments interrompu par le passage bruyant d’avions et d’hélicoptères dans le port de Vancouver.

Il a illustré ce progrès par le traitement de 760 000 dossiers de plus en juillet de cette année qu’en juillet de l’an dernier, sur un total de plus de 3,7 millions de dossiers. Par contre, 54 % des demandes du système ont déjà dépassé les délais prescrits par les normes de service, admet-il.

Malgré les progrès mentionnés, l’attente moyenne pour un visiteur qui a effectué une demande de visa à partir d’Haïti, par exemple, est passée de 87 jours à la fin juillet à 98 jours en date de mercredi. L’ambassade canadienne demandait de prévoir 30 jours pour l’obtention de ce document avant la pandémie. Depuis la mi-juillet, ce délai de traitement moyen d’une demande de visa de visiteur s’est amélioré dans seulement 32 pays des 193 pour lesquels des données existent.

La moyenne est établie à partir du temps que les agents ont mis à traiter 80 % des dossiers déposés au cours des deux à quatre derniers mois. Le calcul, critiqué pour son manque de fiabilité par des avocats en immigration, comporte certaines incohérences. Par exemple, en seulement un mois d’été, l’âge moyen des dossiers traités au Sri Lanka, au Rwanda et en Tanzanie a bondi de 4, 9 et 11 mois respectivement.

L’avocat en immigration Benjamin Brunot a envie de croire le ministre sur parole, mais demeure sceptique. « J’ai l’impression que le ministre essaie de faire ce qu’il peut pour améliorer la situation, sauf que ce genre d’annonce, même si elle est positive, demeure très vague. Y a-t-il plus d’employés, un plan pour rendre le site plus performant ? Ce n’est pas clair. »

Celui qui a plus de 15 ans d’expérience en droit de l’immigration soutient que « de tout temps, les délais affichés n’ont jamais été fiables ». Il dit espérer que l’objectif du ministre Fraser ne sera pas seulement de réduire de beaucoup les délais de traitement, mais aussi de les rendre semblables à ceux des autres pays. « Si on passe d’un an à six mois d’attente, c’est une amélioration, mais ça reste encore beaucoup trop long quand on sait que des administrations peuvent délivrer des visas en 24 heures. »

Avec Lisa-Marie Gervais

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