L’Allemagne ne doit pas compter sur le Canada cet hiver

L’Ukraine a profité de la visite au pays du chancelier allemand pour réitérer ses critiques à l’endroit du gouvernement Trudeau pour avoir exempté Siemens Canada des sanctions économiques imposées à la Russie.
Photo: Chris Young La Presse canadienne L’Ukraine a profité de la visite au pays du chancelier allemand pour réitérer ses critiques à l’endroit du gouvernement Trudeau pour avoir exempté Siemens Canada des sanctions économiques imposées à la Russie.

Le Canada ne sera pas d’un grand secours à l’Allemagne cet hiver dans sa quête d’autres sources d’approvisionnement en gaz naturel que la Russie, admettent Berlin et Ottawa. Mais il sera au coeur, disent-ils, de la transition vers les nouvelles sources d’énergies vertes, dont l’hydrogène, qui arrivera beaucoup plus vite qu’on pourrait le croire.

Le Canada ne dispose actuellement d’aucun moyen sur sa côte Est pour liquéfier et exporter par navire du gaz naturel directement vers l’Europe à travers l’océan Atlantique. Or, il faudrait du temps et beaucoup d’argent pour construire de telles installations, d’autant plus qu’on les aménage habituellement à côté des sources d’approvisionnement et que ces sources, au Canada, se trouvent dans les provinces de l’Ouest, a expliqué lundi, à Montréal, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, lors d’un point de presse où il partageait la tribune avec son homologue allemand, le chancelier Olaf Scholz.

« Il n’y a jamais eu de plan d’affaires viable jusqu’à présent », a poursuivi le premier ministre Trudeau sur l’exportation de gaz naturel liquéfié canadien vers l’Europe. C’est à voir maintenant si, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie et le désir des Européens de tourner le dos à son énergie fossile, « le nouveau contexte et les nouveaux besoins changent suffisamment la donne pour aller de l’avant ». « C’est ce dont les ministres et les entreprises discutent présentement. Du côté gouvernemental, nous sommes prêts à faciliter les choses pour permettre de franchir les obstacles réglementaires rapidement. »

Ce traitement accéléré ne s’appliquerait pas aux règles environnementales, a toutefois précisé le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, en entrevue au Devoir. De la quinzaine de projets qu’on dit sur la table à dessin actuellement, il serait étonnant que plus d’un seul voie réellement le jour, a-t-il déclaré. Et il lui faudrait au moins trois ou quatre ans pour se matérialiser.

« Est-ce que les Allemands vont retenir leur respiration pendant les trois ou quatre prochaines années ? Je pense que non. Ce qui est clair, c’est que le gouvernement fédéral n’investira pas dans un projet de gaz naturel liquéfié au Canada, [et qu’il] n’y aura pas de processus accéléré d’évaluation environnementale pour ces projets. »

Une révolution imminente

 

« À court terme, nous ferons tout notre possible pour aider les Allemands », a assuré Justin Trudeau. Cela pourrait prendre la forme d’une augmentation des exportations canadiennes vers les États-Unis et à travers le Pacifique, ce qui, en un jeu de vases communicants, permettrait de libérer ailleurs dans le monde des réserves de gaz naturel qui pourraient alors, elles, prendre la route de l’Europe.

Mais à plus long terme, la contribution du Canada devrait se révéler beaucoup plus importante, notamment en matière de production d’hydrogène vert, d’approvisionnement en minéraux critiques ainsi que de technologies essentielles au virage vers une économie carboneutre, a fait valoir Olaf Scholz, qui est arrivé dimanche au Canada, à la tête d’une importante délégation de ministres et de représentants d’entreprises allemandes, et en repartira mercredi.

Il ne faut pas se laisser tromper par le fait que la production d’hydrogène à partir d’énergie renouvelable n’en est encore qu’à ses balbutiements, a-t-il dit. « Comme toutes les grandes évolutions industrielles du passé, cela commence lentement, puis il y a un moment où cela prend rapidement de la vitesse lorsque les entreprises se décident à procéder au changement. […] C’est ce à quoi nous assistons présentement. Nous serons tous témoins de ce changement, pas seulement les générations futures. »

Dans une déclaration au Globe and Mail, le ministre canadien des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, a indiqué jeudi que, pour être acceptable, tout projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel devra être conçu de façon à ce que l’usine puisse ensuite être convertie à la production et à l’exportation d’hydrogène liquide. Comme toutes ces opérations nécessitent beaucoup d’énergie, on compterait notamment sur les immenses capacités de production d’électricité éolienne des provinces atlantiques.

En attendant, un premier accord sur la production et l’exportation d’hydrogène devrait être signé mercredi à Stephenville, sur l’île de Terre-Neuve. Avant cela, les constructeurs automobiles allemands, Volkswagen et Mercedes, annonceront, mardi, à Toronto, avoir signé un contrat d’approvisionnement de nickel, de cobalt et de lithium pour la fabrication de batteries de voitures électriques, a rapporté lundi l’agence Bloomberg.

GNL Québec

 

En entrevue, Steven Guilbeault a assuré que le Canada ne faisait l’objet d’aucune pression de la part de l’Allemagne pour réanimer le projet de liquéfaction de gaz naturel au Saguenay de GNL Québec.

À la place, le chancelier Scholz a remercié de nouveau le Canada de ne pas être tombé « dans le piège tendu par Vladimir Poutine » et avoir renvoyé en Europe une turbine qui avait été réparée à Montréal et qui était destiné au gazoduc russe Nord Stream 1. En dépit de ses récents efforts de diversification et de rationnement, l’Allemagne est encore dépendante du gaz russe, et l’application stricte par le Canada de son embargo contre la Russie aurait donné à Moscou un prétexte pour fermer le robinet vers l’Europe en plus de semer la division dans les rangs de la coalition occidentale formée contre lui depuis l’invasion de l’Ukraine.

Avec Boris Proulx

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