Les Autochtones fiers de voir l’une des leurs à la Cour suprême

La nomination de Michelle O’Bonsawin viendra pourvoir le poste laissé vacant par le juge Michael Moldaver, qui prendra sa retraite le 1er septembre.
Adrian Wyld La Presse canadienne La nomination de Michelle O’Bonsawin viendra pourvoir le poste laissé vacant par le juge Michael Moldaver, qui prendra sa retraite le 1er septembre.

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé vendredi la nomination de la juge franco-ontarienne Michelle O’Bonsawin à la Cour suprême du Canada. L’avocate native de la région de Sudbury devient la première voix autochtone au plus haut tribunal du pays, « une fierté immense » pour les Abénaquis d’Odanak, au Québec, d’où est originaire sa famille.

« C’est un honneur important. C’est l’accomplissement d’une carrière, et pour nous c’est une immense fierté. » Au bout du fil, le directeur général du Conseil des Abénakis d’Odanak, Daniel G. Nollet, ne tarit pas d’éloges envers la juge Michelle O’Bonsawin, une membre à part entière de sa communauté située au Centre-du-Québec, entre Sorel-Tracy et Nicolet. « C’est le résultat d’années d’efforts dans sa carrière. Ce n’est pas juste une nomination partisane. Elle l’a pleinement mérité, cette nomination-là », ajoute-t-il.

Vendredi, le premier ministre du Canada a annoncé que la juge O’Bonsawin, qui siège à la Cour supérieure de justice de l’Ontario depuis 2017, prendra la place laissée vacante par le départ à la retraite le 1er septembre du juge de la Cour suprême Michael Moldaver. Avec l’arrivée de Michelle O’Bonsawin, la Cour suprême sera constituée uniquement de juges bilingues.

Racines au Québec

 

Michelle O’Bonsawin a encore de la parenté à Odanak, et elle y séjourne à l’occasion, comme lors de pow-wow tenus au cours des dernières années, explique Daniel G. Nollet. La juge serait aussi très impliquée dans l’apprentissage de la langue abénaquise, entre autres.

« Elle est issue des O’Bonsawin, deux frères qui ont quitté la communauté il y a quelques générations pour aller travailler dans les mines du nord de l’Ontario, explique M. Nollet. On a beaucoup de membres là [dans la région de Sudbury], comme on en a beaucoup dans les états de la Nouvelle-Angleterre, qui ont quitté la communauté par force majeure : ils avaient besoin de travailler, donc ils sont allés travailler dans les industries, les manufactures, aux États-Unis », dit-il.

Michelle O’Bonsawin, qui est née à Hanmer, au nord de Sudbury,s’est spécialisée dans les domaines de la santé mentale, du droit du travail et de l’emploi, des droits de la personne et du droit relatif à la protection de la vie privée. Elle habite aujourd’hui Ottawa, où elle a terminé son doctorat en droit plus tôt cette année.

Une « pionnière »

Me Danielle Lussier, elle aussi docteure en droit de l’Université d’Ottawa, a pleuré des larmes de soulagement en apprenant la nouvelle vendredi matin. Si les deux jeunes filles de l’avocate issue de la communauté métisse de la rivière Rouge décident d’entrer dans la profession juridique, elles pourront être inspirées par une « pionnière », dit-elle. « C’est tellement difficile d’être la première », laisse tomber celle qui est vice-rectrice associée, Savoirs et apprentissage autochtones, au Collège militaire royal du Canada à Kingston.

Ému par la nomination, l’avocat franco-ontarien Alain Bartleman, membre de la Première Nation des Chippewas de Rama, estime qu’elle représente une pierre de plus sur le chemin de la réconciliation. Jusqu’en 1961, fait-il remarquer, une personne autochtone ne pouvait obtenir un diplôme universitaire sans abandonner son statut d’Indien. « Si vous êtes une jeune femme dans le Grand Nord, vous pouvez regarder Rideau Hall et la Cour suprême et voir quelqu’un qui vous ressemble », note l’avocat.

Daniel Nollet espère que les jugements du plus haut tribunal du pays seront « teintés de la couleur, des principes et des valeurs abénaquises ». « La plus haute cour du Canada a toujours manqué de quelqu’un capable d’interpréter les lois canadiennes par une lentille autochtone. Ce n’est plus le cas », a dit le chef national du Congrès des peuples autochtones, Elmer St. Pierre, qui s’en réjouit. Me Bartleman abonde et croit que l’expérience vécue de la nouvelle juge sera très utile lorsque la cour traitera des questions portant sur la vie des Autochtones.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, a pris le clavier pour féliciter sur Twitter Michelle O’Bonsawin pour sa nomination. L’ancien président de la Commission de vérité et réconciliation, Murray Sinclair, qui a conseillé Me O’Bonsawin lors de sa demande de nomination, a lui aussi félicité l’avocate : « Elle sera une voix importante à la Cour suprême. »

Audience mercredi

 

Le Parti libéral du Canada a promis en 2015 de ne nommer que des juges bilingues à la Cour suprême. Le gouvernement a ensuite créé un comité consultatif de sept membres pour recommander au premier ministre des candidats à la magistrature de ce tribunal, qui compte neuf juges associés aux différentes régions du pays.

« e suis convaincu qu’elle apportera des connaissances et des contributions inestimables au plus haut tribunal de notre pays », a déclaré M. Trudeau dans un communiqué. Une audience spéciale du Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes aura lieu le 24 août. Des parlementaires auront l’occasion de poser leurs questions sur le processus de nomination, ainsi que directement à la candidate.

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