Les passeports délivrés à temps, sauf par la poste

L’un des principaux diagnostics est l’inefficacité des demandes de passeports envoyées par la poste. Avant la pandémie, environ 80% des demandes étaient déposées en personne à un bureau des passeports. En février 2022, la proportion était inversée : 80% des demandes ont été faites par courrier.
Lars Hagberg La Presse canadienne L’un des principaux diagnostics est l’inefficacité des demandes de passeports envoyées par la poste. Avant la pandémie, environ 80% des demandes étaient déposées en personne à un bureau des passeports. En février 2022, la proportion était inversée : 80% des demandes ont été faites par courrier.

Le gouvernement fédéral serait « sur la bonne voie » en ce qui concerne l’élimination des retards et des longues files d’attente aux bureaux des passeports, affirme la ministre Karina Gould, qui conseille tout de même d’éviter le service par la poste.

« Si c’est possible, le meilleur conseil pour les gens est vraiment d’aller dans un bureau des passeports, ou dans un bureau de Service Canada [qui offre ce service], si c’est pour un voyage dans les 45 prochains jours », indique Karina Gould, en entrevue au Devoir en marge d’une annonce faite à Trois-Rivières, en Mauricie.

La ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social a annoncé mercredi que le bureau de Service Canada à Trois-Rivières allait maintenant pouvoir offrir le service d’émission de passeports sur place, en 10 jours ouvrables, comme trois autres bureaux semblables à travers le pays. Le personnel est désormais formé et le lieu est équipé des imprimantes spéciales capables de produire le document officiel.

« J’espère, avec cette annonce, qu’on va voir une diminution de la pression sur les bureaux de Montréal et de la ville de Québec », a-t-elle dit.

Une preuve de voyage dans les 45 jours est encore demandée pour recourir à ce service « express », comme un billet d’avion ou une réservation d’hôtel. La ministre dit avoir été mise au courant de cas anecdotiques de falsification de preuves de voyage pour s’assurer un passeport, mais elle est catégorique : « Ce n’est pas nécessaire. »

En juin, Le Devoir rapportait qu’une consigne officieuse exigeait une preuve de départ dans les 24 à 48 heures pour la délivrance d’un passeport dans certains bureaux de la région montréalaise. La règle, absente du site Web du gouvernement fédéral, était inscrite sur une feuille de papier artisanalement accrochée à l’entrée des bureaux, créant confusion et détresse parmi les voyageurs.

La ministre Gould a ensuite affirmé en Chambre que « les gens [pouvaient] se présenter 45 jours avant de voyager » au bureau des passeports, comme d’habitude. Des propos qui ont suscité des doutes.

Été achalandé

 

La situation dans les bureaux des passeports en juin a coûté ses vacances d’été à Karina Gould, qui dit avoir passé la saison chaude à faire un examen approfondi de tout le système administratif.

L’un des principaux diagnostics est l’inefficacité des demandes de passeports envoyées par la poste. Avant la pandémie, environ 80 % des demandes étaient déposées en personne à un bureau des passeports. En février 2022, la proportion était inversée : 80 % des demandes ont été faites par courrier. « En ce moment, c’est à peu près 50-50 », estime la ministre.

« Ce n’est pas seulement qu’on reçoit beaucoup de demandes par courrier, c’est qu’on en reçoit beaucoup qui ont des erreurs. Quelqu’un doit faire la vérification, ou les photos ne sont pas correctes, ou d’autres erreurs, alors ça prend plus de temps. »

La ministre Gould indique aussi que le problème aigu de l’attente de juin dans les bureaux de la région montréalaise est attribuable au congé férié de la Fête nationale, ce qui aurait provoqué un raz-de-marée de demandes au même moment.

Entre avril et juin, Ottawa a reçu plus de 260 000 demandes de passeports chaque mois. Les bureaux des passeports n’étaient capables de traiter que la moitié de ces demandes en avril. Une amélioration progressive du volume des dossiers traités fait en sorte que l’administration est désormais en mesure de traiter près de 90 % du volume des demandes reçues.

Bonne information

À la suite des reportages du Devoir et d’autres médias, le ministère Emploi et Développement social Canada a modifié son site Web pour donner l’heure juste au public, affirme Karine Gould.

« Si vous êtes à Montréal et que vous cherchez un bureau des passeports, l’information qui est là va être ciblée géographiquement, alors ça va donner l’information locale, assure-t-elle. Une des choses pour moi qui est super importante, c’est de communiquer avec les gens. D’assurer de donner la bonne information. »

La ministre se défend aussi d’avoir minimisé la situation de chaos qui prévalait dans les bureaux des passeports en juin, alors qu’elle et son ministère répétaient l’information incorrecte affichée sur le site Web.

« C’est que c’était différent, sur le terrain, la situation dans différents endroits. À Montréal, c’était unique […] Quand on répond en Chambre, quand je fais des entrevues nationales, on fait des réponses pour tout le pays. »

La ministre soutient que le service de retrait à moins de 45 jours du départ était encore offert une semaine avant la fête de la Saint-Jean-Baptiste. De nombreux témoignages recueillis par Le Devoir à partir du 9 juin dernier rapportent plutôt un problème antérieur à cette date.

Le gouvernement fédéral devrait annoncer prochainement que d’autres bureaux de Service Canada seront équipés pour délivrer des passeports. Jusqu’à 96 % des demandes déposées en personne reçoivent une réponse dans les 10 jours ouvrables réglementaires.

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