Commission Gomery - Charles Guité, un modèle à suivre

Ottawa — Il y a 10 ans, l'ancien directeur du programme des commandites, Charles Guité, aurait probablement obtenu le titre d'employé modèle du gouvernement, tant les éloges pour son travail étaient unanimes.

C'est ce qu'a relaté à la Commission d'enquête sur les commandites l'ancien ministre des Travaux publics, David Dingwall, hier.

M. Guité était «encensé par tous, après le référendum, pour son travail exceptionnel», a répété à plusieurs reprises l'ancien ministre et fidèle lieutenant de Jean Chrétien.

Selon M. Dingwall, M. Guité avait surtout impressionné pour son travail pendant la campagne référendaire de 1995, où il avait été responsable de la publicité du gouvernement fédéral. Ottawa, par l'entremise de M. Guité et son équipe, avait dépensé pas moins de huit millions $ pour acquérir tous les panneaux publicitaires disponibles au Québec, et ainsi empêcher le camp des souverainistes d'afficher leurs publicités.

«Il avait fait un travail de première classe», a-t-il ajouté, précisant cependant qu'il ne transigeait pas souvent avec le fonctionnaire et qu'il n'était pas intervenu en sa faveur auprès du sous-ministre.

On sait maintenant que cet achat massif d'espace publicitaire s'est fait sans respecter toutes les règles, mises en place par les libéraux de Jean Chrétien eux-mêmes quelques mois plus tôt. M. Guité a admis avoir contourné ces règles étant donné qu'Ottawa était «en guerre pour sauver le pays».

L'ancien ministre des Travaux publics, de novembre 1993 à janvier 1996, a précisé qu'il n'était cependant pas impliqué dans ces transactions qui relevaient du Conseil privé.

«Le dossier était sous la responsabilité du bureau du Conseil privé et il était logique de penser qu'ils auraient suivi les directives contenues dans le document endossé par le cabinet», a commenté M. Dingwall, ne pouvant réprimer un petit rire.

Le travail de M. Guité pendant la campagne référendaire aura joué en sa faveur, puisqu'il deviendra un peu plus tard le grand manitou de la publicité et des commandites au sein du gouvernement fédéral. Le programme de commandites s'est mis en branle en 1996, dans la foulée du référendum sur l'avenir du Québec, afin d'augmenter la visibilité du gouvernement fédéral, notamment au Québec.

L'ancien fonctionnaire fait maintenant face à des accusations de fraude relativement à des contrats de commandites.

La commission doit entendre d'autres ministres et anciens ministres la semaine prochaine, alors que Pierre Pettigrew, Lucienne Robillard, Stéphane Dion, Denis Coderre, Marcel Massé, Martin Cauchon devraient défiler devant le juge John Gomery.

L'autre témoin de la commission, l'ancien chef de cabinet de M. Dingwall, Warren Kinsella, a lui aussi gardé ses distances par rapport à M. Guité hier, disant ne faire affaire avec le fonctionnaire que dans de très rares cas et jamais pour discuter de l'octroi de contrats.

M. Kinsella a également indiqué que, pendant son passage aux Travaux publics, il se faisait un devoir d'éviter de rencontrer des fournisseurs du gouvernement.

«Ça n'amène que des problèmes», a noté ce fidèle de la première heure et stratège de l'équipe de l'ancien premier ministre Chrétien.

Ce ne sont pas tous les libéraux qui voyaient la chose de cette façon. Ainsi, jeudi, la commission a révélé que le fils du propriétaire de Lafleur Communication, qui était aussi vice-président de la compagnie, avait travaillé au cabinet du premier ministre pendant quelques mois, en 1997. Éric Lafleur était l'adjoint de Jean Carle, directeur des opérations et protégé de M. Chrétien.

Des témoins ont indiqué, au cours des dernières semaines, que M. Carle entretenait des relations amicales avec Jean Lafleur, président de Lafleur Communication, l'une des agences qui géraient des millions $ en contrats de commandites.

En entrevue aux journalistes, M. Kinsella n'a pas voulu jeter la pierre à ses anciens acolytes, se contentant de dire qu'il exprimait seulement un point de vue personnel.

Le témoignage de cet ancien chef de cabinet était fort attendu étant donné ce qu'il raconte sur son site Internet personnel depuis des semaines. Ce site, qui se veut un journal de bord de ses états d'âme (un blogue), est très critique envers la commission Gomery, qu'il qualifie de «cirque». Il y défend les actions du gouvernement Chrétien, et accuse, à mots à peine voilés, la commission de faire un jeu politique.

Au cours des derniers jours, il promettait des étincelles et une charge à fond de train contre la commission et le gouvernement de Paul Martin.

S'il vocifère sur Internet, M. Kinsella avait des allures d'agneau une fois assis sur la chaise du témoin. Non seulement il n'a pas osé répéter ce qu'il véhicule sur le Web devant le procureur de la commission, mais il ne l'a pas fait non plus devant les journalistes qui l'attendaient à la sortie.