Patrick Brown cherche un moyen de revenir dans la course à la direction du PCC

Le candidat ontarien Patrick Brown a jugé «antidémocratique» sa disqualification de la course par le parti.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le candidat ontarien Patrick Brown a jugé «antidémocratique» sa disqualification de la course par le parti.

Disqualifié de la course à la direction du Parti conservateur du Canada (PCC), le candidat Patrick Brown a déclaré mercredi qu’il évaluait ses options pour porter en appel la décision du comité organisateur de l’exclure du processus. Il a également clamé haut et fort que son équipe avait respecté scrupuleusement toutes les règles électorales du parti et du Canada.

Le comité organisateur de la course a pris la décision, dans un vote divisé à 11 contre six tenu mardi soir, de disqualifier M. Brown en raison de ce qui a été qualifié de « sérieuses allégations d’actes répréhensibles » par le président du comité Ian Brodie.

Mercredi, le président du PCC Rob Batherson a confirmé que les allégations provenaient d’une personne au sein de l’équipe de campagne de M. Brown.

Ni M. Brodie, ni M. Batherson ou le PCC n’ont révélé en détail les allégations formulées contre Patrick Brown. Le parti et le comité font maintenant face à un barrage de questions de la part de nombreux membres ainsi que de l’équipe de campagne de l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest, qui veulent obtenir plus d’information.

Jusqu’ici, M. Brodie s’est contenté de dire que les allégations étaient liées aux règles de financement de la Loi électorale du Canada et que les informations seraient ainsi transmises à Élections Canada.

Patrick Brown, qui est maire de la ville de Brampton en Ontario, a passé la journée de mercredi à donner des entrevues aux médias. Il a déclaré à La Presse canadienne que le comité organisateur de la course, qui établit les règles, avait reçu une information de source anonyme selon laquelle une personne travaillant pour sa campagne serait payée par une entreprise privée.

Des inquiétudes avaient été soulevées pour la première fois la semaine dernière avec l’équipe de campagne de M. Brown au sujet de son financement.

Partie de pêche ?

Le candidat a demandé des précisions sur l’identité de l’employé concerné par l’allégation ou de l’entreprise qui serait impliquée dans le stratagème, mais aucun détail ne lui aurait été fourni.

Dans sa déclaration publiée après le vote de disqualification, Ian Brodie a déclaré que le directeur du scrutin du parti avait informé M. Brown de ses préoccupations et avait demandé une réponse écrite. La réponse de la campagne de M. Brown n’aurait pas apaisé les inquiétudes et le directeur du scrutin aurait alors recommandé de l’exclure de la course.

Selon Patrick Brown, son équipe a également dû répondre à d’autres allégations du parti selon lesquelles des collaborateurs seraient aussi des employés du cabinet de la mairie de Brampton. Son équipe a assuré que dans un tel cas, la contribution à la campagne s’effectuait en dehors des heures de travail à la mairie.

M. Brown a accusé le parti de se livrer à une « expédition de pêche » contre son clan, mais il a assuré qu’il « se conformait toujours à toutes les demandes bizarres et affirmations non fondées » de la part du comité organisateur.

« Je suis fâché, je suis déçu. C’est incroyable qu’une telle chose survienne », a-t-il confié à propos de sa disqualification.

« Nous étions, croyons-nous, sur le point de gagner la course. Nous pensions avoir une excellente trajectoire », a-t-il poursuivi.

L’ancien chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario souligne que son équipe avait recruté plus de 150 000 nouveaux membres pour le PCC. Bon nombre d’entre eux proviennent de minorités culturelles au sein des grandes villes du pays, là où le parti a eu beaucoup de mal à trouver des appuis lors des dernières élections fédérales.

Au sujet des allégations selon lesquelles un membre de son équipe serait payé par une entreprise, M. Brown répond que son équipe compte 1800 bénévoles à travers le pays et qu’il est difficile de surveiller ce que fait chaque personne.

« S’il y avait qui que ce soit dont le parti serait au courant qu’il ou qu’elle travaille pour notre campagne au lieu d’être à son emploi, nous serions très heureux de rembourser tous les coûts, mais c’est difficile de répondre à des allégations dont on ne connaît pas le contenu », exprime-t-il.

Son équipe a consulté des juristes afin d’évaluer les recours possibles pour faire renverser la décision, mais les chances semblent minces. D’après les règles de la course, il ne paraît pas y avoir de processus d’appel.

Le porte-parole du parti, Yaroslav Baran, a déclaré à La Presse canadienne qu’« il y a eu de nombreuses […] allégations et accusations qui ont été portées ».

Il a dit qu’il n’était pas du tout surpris de voir « du sable jeté en l’air » par M. Brown avec ses accusations selon lesquelles la situation avait été gérée de manière injuste.

« Je peux vous dire qu’il y a différentes catégories de transgressions qui ont été alléguées, et le comité (d’organisation de la course conservatrice) a dû prendre une décision basée sur son évaluation de la nature des allégations, la crédibilité de ceux qui ont fait ces allégations, etc. »

M. Baran a déclaré que la liste des membres du parti qui a été relayée aux campagnes la semaine dernière – qui est un document très important que les candidats utilisent pour persuader les membres du parti de voter pour eux – n’a pas été fournie à la campagne de M. Brown parce qu’il aurait violé les règles de la course.

Patrick Brown jette le blâme sur les partisans de son adversaire Pierre Poilievre, qui chercheraient à l’écarter de la course. Il prétend que l’establishment du PCC veut voir Poilievre être couronné.

La campagne de M. Poilievre a publié sa propre déclaration mercredi, disant que M. Brown s’en prenait au parti et essayait de « se transformer en victime ».

« Dans l’état actuel des choses, les seules personnes qui connaissent la véritable ampleur des causes de la disqualification de Patrick sont Patrick et le (comité d’organisation de la course à la chefferie). »

M. Brown se retrouve également dans l’eau chaude avec ses détracteurs au palier municipal, alors que cinq membres du conseil de ville de Brampton prévoyaient tenir une conférence de presse dans l’après-midi. Ceux-ci ont affirmé dans un communiqué qu’« une fois de plus, notre belle ville est dans les nouvelles nationales pour toutes les mauvaises raisons à cause de Patrick Brown ».

Les conservateurs annonceront le gagnant de la course à la chefferie le 10 septembre à Ottawa.

Outre messieurs Poilievre et Charest, les autres candidats toujours en lice sont les députés Leslyn Lewis et Scott Aitchison, ainsi que Roman Baber, un ancien député indépendant de l’Assemblée législative de l’Ontario.

Le nom de Patrick Brown va demeurer inscrit sur les bulletins de vote puisqu’un grand nombre a déjà été envoyé aux membres par la poste.

La semaine dernière, le parti avait dit qu’environ 675 000 membres s’étaient inscrits pour voter pour un nouveau chef des conservateurs. La formation politique a décrit cela comme un nombre sans précédent pour tout parti politique fédéral.

Le bassin des membres aptes à voter en 2020, lorsqu’Erin O’Toole avait été élu chef, était d’environ 270 000 personnes. Au début de cette année, le parti a déclaré qu’il comptait 161 000 membres actifs à travers le Canada. Environ 48 000 des cartes de membre devaient expirer avant la date limite d’adhésion, en juin.

Bisbille à Brampton

Patrick Brown fait également face à une autre série de problèmes à Brampton, en Ontario, où il est maire. Un groupe de cinq conseillers municipaux de Brampton a publié mercredi une déclaration réagissant aux nouvelles fédérales, affirmant que M. Brown a un historique « clair et alarmant de ce type de comportement ». Une majorité de conseillers ont récemment voté pour une série d’enquêtes, y compris sur la façon dont des contrats ont été accordés aux entreprises engagées dans une initiative pour créer une université à part entière à Brampton. Un rapport de la Ville a révélé en mai que 629 000 $ étaient allés à quatre fournisseurs participant au projet, mais le personnel n’a pas été en mesure de trouver le produit final pour cinq des éléments cités dans les dépenses. M. Brown a fait paraître une déclaration mercredi faisant valoir que les conseillers en question formaient un bloc critique à l’hôtel de ville, où règne un climat de « dispute ».



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