Réduction de la taxe sur l’essence en Ontario

D’après la CAA, le prix moyen de l’essence en Ontario est d’environ 2 $ le litre, une augmentation de 41 % par rapport au prix moyen en 2021.
Sean Kilpatrick La Presse canadienne D’après la CAA, le prix moyen de l’essence en Ontario est d’environ 2 $ le litre, une augmentation de 41 % par rapport au prix moyen en 2021.

Le prix de l’essence sera réduit à partir de vendredi en Ontario, alors qu’un allégement de la taxe provinciale entre en vigueur jusqu’au 31 décembre 2022. L’Ontario est l’une des seules provinces canadiennes à prendre une telle mesure ; son voisin, le Québec, n’offre pas une telle réduction. Les consommateurs ontariens sortiront-ils gagnants ?

Le gouvernement ontarien a adopté au mois d’avril, tout juste avant l’élection, une loi faisant passer la taxe ontarienne sur l’essence de 14,7 cents le litre à 9 cents le litre, soit une réduction de 5,7 cents. Le projet de loi 111 réduisait aussi le prix du carburant, tel que le diesel, de 5,3 cents le litre. D’après la CAA, le prix moyen de l’essence en Ontario est d’environ 2 $ le litre, une augmentation de 41 % par rapport au prix moyen en 2021.

L’augmentation du coût de la vie « est l’inquiétude numéro un des Ontariens » a déclaré le premier ministre Doug Ford jeudi lors d’une conférence de presse faisant la promotion de la réduction. Son parti, les progressistes-conservateurs, a d’ailleurs axé sa campagne au mois de mai sur l’abordabilité. « L’explosion du prix de l’essence » est l’une des choses qui font le plus mal au portefeuille des Ontariens, a dit le premier ministre, qui était accompagné de ses ministres des Finances et des Transports.

Doug Ford a demandé au gouvernement fédéral de faire sa part en réduisant lui aussi les taxes qu’il impose aux consommateurs, comme la taxe d’accise, qui a un taux fixe de 10 %. À la fin du mois de juin, le ministre des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, a rejeté l’idée. « Je pense qu’une telle mesure serait irresponsable », a déclaré le ministre en entrevue avec La Presse canadienne.

D’après Sébastien Labrecque, économiste en chef de l’institut de politique publique de la firme StrategyCorp, l’impact financier d’une telle mesure sur les consommateurs pourrait être marginal. La berline la plus vendue au pays, la Honda Civic, par exemple, a un réservoir de 47 litres, ce qui veut dire qu’un automobiliste le remplissant n’économiserait que 2,68 $, remarque l’économiste ottavien. Le conducteur d’un Toyota RAV4, le VUS le plus vendu, économiserait un peu plus de 3 $. C’est une réduction « presque symbolique considérants les grands facteurs géopolitiques » influençant le prix de l’essence, dit Sébastien Labrecque.

Cela pourrait diminuer l’argent allant dans les coffres du gouvernement. En revanche, les Ontariens pourraient être tentés de voyager davantage en raison de la réduction, aussi petite soit-elle. Selon un sondage de la firme Angus Reid publié la semaine dernière, 56 % des Canadiens ont décidé de rester à la maison lorsqu’ils avaient l’habitude de conduire en raison du prix de l’essence. Si ces personnes choisissent de voyager, le volume d’essence consommé par les Ontariens pourrait croître et ainsi neutraliser la réduction de la taxe.

Les analyses du comportement des consommateurs à la suite d’une mesure gouvernementale à la pompe — qu’elle augmente ou diminue le prix de l’essence — sont peu nombreuses. Quelques chercheurs ont toutefois examiné les répercussions de l’imposition d’une taxe carbone en Colombie-Britannique en 2008. En 2018, le professeur de l’Université du Manitoba Chad Lawley a déterminé que la taxe de 5 % avait réduit la consommation d’essence de 8 % ; une autre étude publiée en 2014 est arrivée à un résultat similaire.

Des décisions politiques ?

Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, avait peut-être ces données à l’oeil lorsqu’il a affirmé que les Québécois ne bénéficieraient pas d’un allégement à la pompe comme les Ontariens. Au mois de mars, le ministre a laissé entendre qu’une réduction était une mauvaise idée et que le prix élevé de l’essence pourrait aider la province à diminuer ses émissions de gaz à effets de serre.

D’après Sébastien Labrecque, cette décision au Québec pourrait être teintée de politique, à l’approche d’une campagne électorale en d’octobre. « La CAQ va hésiter à instaurer une réduction avant d’aller en élection parce qu’elle sent que les questions environnementales sont importantes aux yeux de la population, surtout chez les jeunes », dit-il. Il en va toutefois de même pour le gouvernement ontarien qui a fait l’annonce de la réduction à un mois du déclenchement de l’élection. « C’était de la politique intelligente », remarque l’économiste.

Peu de discussion sur le diesel

 

Sébastien Labrecque est toutefois surpris du peu de promotion de la réduction de la taxe sur le diesel, celle touchant l’essence beaucoup de l’attention. « Les camions transportant des biens achetés à l’épicerie fonctionnent pour la plupart au diesel. En théorie, si le prix du diesel diminue, cela réduira le coût des compagnies de transport et, ce faisant, pourrait potentiellement abaisser le coût des biens et des aliments », pense l’économiste. En juin, les prix en épicerie ont augmenté de 9,7 % par rapport au même moment en 2021.

Par contre, le premier ministre Doug Ford n’a mentionné cet aspect que brièvement lors de son allocution jeudi. L’allégement à la pompe « va aider à réduire le prix des biens de tous les jours », a-t-il dit. « Ma réaction à ce commentaire c’est : est-ce qu’il y a des analyses au ministère des Finances qui démontrent qu’il n’y aura pas d’impact ? », a affirmé Sébastien Labrecque au bout du fil.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

À voir en vidéo