Peu de temps pour moderniser la Loi sur les langues officielles avant la pause de l’été, admet la ministre

Ginette Petitpas Taylor a commenté la situation en marge des consultations pour le Plan d’action sur les langues officielles
Patrick Doyle La Presse canadienne Ginette Petitpas Taylor a commenté la situation en marge des consultations pour le Plan d’action sur les langues officielles

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor aimerait voir le projet de loi modernisant la Loi sur les langues officielles être adopté au plus vite, mais elle admet ne pas être « sûre où le gouvernement va se rendre » puisque le parlement sera ajourné dans moins de deux semaines.

La ministre a parlé au Devoir à Toronto en marge d’une consultation pour le nouveau Plan d’action sur les langues officielles, une pièce maîtresse dans la mise en œuvre de la nouvelle loi. Selon Ginette Petitpas Taylor, le plan d’action quinquennal, qui doit maintenant être renouvelé, va de pair avec la loi. « La mise en œuvre du projet de loi est très importante et une partie de ça sera incluse dans le plan d’action », indique-t-elle.

Le projet de loi est actuellement à l’examen dans le Comité permanent des langues officielles. Lors d’une rencontre du comité lundi, les libéraux ont cherché à accélérer le processus d’adoption. Les membres dans l’opposition ont accusé le Parti libéral d’avoir trop tardé avant de présenter le projet de loi et maintenant, de ne pas prendre le temps nécessaire à l’étudier. La Chambre des communes sera ajournée le 23 juin.

Pendant que le Comité permanent des langues officielles examine le projet de loi, la ministre acadienne fait le tour du pays pour consulter des communautés francophones de façon à rédiger un Plan d’action sur les langues officielles. La consultation à Toronto n’était pas au calendrier publié en mai par Patrimoine canadien. Les organismes ont été contactés lundi pour savoir s’ils souhaitaient assister à la rencontre quatre jours plus tard.

Neuf organisations étaient présentes à la consultation torontoise, dont l’Université de l’Ontario français (UOF), le Centre francophone de Toronto, le Conseil scolaire Viamonde et FrancoQueer. « Les représentants du gouvernement étaient là pour nous écouter. C’était agréable de pouvoir nous exprimer », a témoigné le directeur général de FrancoQueer, Arnaud Baudry, après la rencontre.

L’immigration priorisée

Il a beaucoup été question d’immigration francophone durant la rencontre. Arnaud Baudry souhaite un meilleur appui aux demandeurs d’asile et aux réfugiés francophones et queers qui mettent les pieds à Toronto, tandis que le recteur de l’UOF, Pierre Ouellette, a réitéré l’importance de trouver des solutions au problème des permis d’études pour les étudiants africains. Le Devoir révélait en février que le taux de refus des étudiants étrangers était beaucoup plus élevé dans les établissements francophones que dans ceux anglophones.

Bien que soit ce qui est ressorti des discussions de la table ronde du 10 juin, l’immigration n’était pas spécifiquement à l’ordre du jour. Une rencontre virtuelle sur le sujet a eu lieu le 2 juin sinon, « grosso modo, les participants partagent ce qu’ils veulent nous partager » dit la ministre. Lors des dernières consultations, en 2016, des participants ont critiqué le fait que les thèmes et les participants étaient sélectionnés d’avance par Patrimoine canadien.

Aucune discussion sur la maison de la francophonie

 

Il n’a pas été question de la maison de la francophonie de Toronto durant les consultations, selon la ministre. Au mois d’octobre, le président du comité directeur du projet, Me. Kip Daechsel, déclarait au Devoir que l’avenir du projet était en jeu puisqu’il n’avait toujours pas obtenu de financement de Patrimoine Canadien et qu’une entreprise immobilière prête à vendre un espace commercial attendait de savoir si la maison serait son prochain locataire.

« On reconnaît que c’est un enjeu et une priorité pour la communauté », a affirmé la ministre Petitpas Taylor, qui dit vouloir continuer de travailler avec les intervenants sur le dossier. Le projet d’une maison de la francophonie est dans les cartes depuis des années, mais n’a jamais été réalisé. La ministre des Langues officielles estime qu’il n’y a « rien qui n’est pas réalisable » et qu’elle continuerait de travailler sur le dossier.

Me. Kip Daechsel, qui n’a pas assisté à la rencontre, se dit encouragé par les commentaires de la ministre et « plus optimiste que jamais » par rapport à l’avenir du projet en raison du travail réalisé par son équipe au cours des huit derniers mois. Le risque que l’entreprise immobilière vende l’espace à un autre locataire existe toujours, dit le président du comité directeur, mais le projet avance tout de même bien auprès des fonctionnaires du ministère.

Prêt à travailler avec l’Ontario

L’un des intervenants dans le projet pourrait être éventuellement le ministère des Affaires francophones de l’Ontario, qui a déclaré en octobre être en train de suivre de près le projet. On ne sait toujours pas si c’est la ministre Caroline Mulroney qui détiendra le portefeuille des Affaires francophones dans le prochain cabinet du gouvernement Ford. « Je vais continuer de travailler avec tous mes homologues provinciaux », dit Ginette Petitpas Taylor.

La ministre fédérale dit avoir rencontré la ministre Mulroney à quelques reprises, incluant lors de l’inauguration de l’Université de l’Ontario français en novembre. L’annulation du projet de l’université en 2018 avait mené à une manifestation monstre à Ottawa, à laquelle avait participé la prédécesseure de Ginette Petitpas Taylor aux Langues officielles, Mélanie Joly.

Passage au Québec

 

Après son passage dans la capitale de l’Ontario, puis des visites à Regina et Edmonton, Ginette Petitpas Taylor s’arrêtera au Québec au mois de juillet pour rencontrer des Anglo-Québécois. Dans son dernier plan d’action, le gouvernement fédéral a créé un fonds spécial de 5,3 millions de dollars destinés aux communautés anglophones du Québec.

Ce montant servait à cerner les besoins et de trouver des façons durables d’offrir des services aux anglophones. Interrogée à savoir si le gouvernement s’attendait à ce que la communauté anglophone demande davantage de financement à la lumière du projet de loi 96, au Québec, la ministre des Langues officielles s’est contentée de dire que le gouvernement continuerait d’appuyer les Canadiens en situation minoritaire.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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