Des dépenses militaires de 2 % du PIB seraient pour l’instant inatteignables au Canada

Pour arriver à des dépenses militaires de 2 % du PIB, Ottawa devrait bonifier ses budgets de défense de 75 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Sur la photo, le général américain Glen VanHerck, le premier ministre Justin Trudeau et la ministre de la Défense nationale, Anita Anand.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Pour arriver à des dépenses militaires de 2 % du PIB, Ottawa devrait bonifier ses budgets de défense de 75 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Sur la photo, le général américain Glen VanHerck, le premier ministre Justin Trudeau et la ministre de la Défense nationale, Anita Anand.

Alors que Justin Trudeau se prépare à participer au prochain sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), dans trois semaines, un rapport prévient que l’objectif de l’OTAN de voir ses pays membres investir 2 % de leur produit intérieur brut (PIB) en dépenses militaires « demeure hors d’atteinte à moyen terme » pour le Canada. Afin d’y parvenir, le gouvernement canadien devrait bonifier ses budgets de défense de 75 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Une perspective qui n’est pas impossible, mais très improbable, estime le directeur parlementaire du budget (DPB).

Le fédéral consacrera pour l’année en cours 36,3 milliards de dollars aux dépenses militaires — ce qui équivaut à 1,33 % du PIB du Canada. Cette enveloppe devrait atteindre 51 milliards en 2026-2027, selon les prévisions budgétaires du gouvernement — soit 1,59 % du PIB, prédit le bureau du DPB.

Or, pour atteindre 2 % du PIB, les dépenses en matière de défense devraient être bonifiées de 18,2 milliards de dollars dès cette année. La somme diminuerait quelque peu ensuite pour les années suivantes, pour se chiffrer à 13 milliards de dépenses supplémentaires en 2026-2027.

Le gouvernement de Justin Trudeau pourrait toujours prendre la décision politique de bonifier considérablement ses budgets militaires, s’il le souhaitait. « J’aurais des doutes personnellement sur la capacité des ministères à livrer la marchandise à court terme », a cependant observé le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, en conférence de presse virtuelle jeudi pour présenter son rapport.

Car le ministère de la Défense peine déjà à recruter autant de nouveaux membres des Forces armées que l’objectif qu’il s’était lui-même fixé. Les dépenses de nouveaux projets prévus à la dernière politique de défense du fédéral, dévoilée en 2017, ont également pris du retard, rappelle M. Giroux. L’expert en matière de défense David Perry partage cette lecture.

Le gouvernement Trudeau a promis dans son dernier budget de préparer une nouvelle politique de défense. La dernière avait bonifié les dépenses militaires de 70 % sur 10 ans. La ministre de la Défense, Anita Anand, présentera en outre ce printemps de nouvelles mesures pour moderniser le NORAD (le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord), a rappelé son bureau jeudi.

Mais même si le fédéral promet de nouvelles hausses d’investissements, la part du lion de celles-ci pourrait bien n’être prévue qu’à la fin de la décennie projetée, note en outre en entrevue M. Perry, qui préside l’Institut canadien des affaires mondiales.

Isolé au sein de l’OTAN

Le Canada figure actuellement au 25e rang des 29 pays membres de l’OTAN en matière de dépenses militaires. Huit pays dépassent la cible de dépenses de 2 % de leur PIB, rapportait l’Alliance ce printemps en se fiant aux estimations budgétaires de 2021.

Or, sept autres pays qui figuraient en queue de peloton avec le Canada se sont récemment engagés à accroître leurs dépenses militaires pour atteindre ou dépasser à leur tour la cible de 2 %, rapporte David Perry.

Cela pourrait faire en sorte, selon lui, que les discussions au sommet de l’OTAN, prévu à Madrid fin juin, s’attardent moins à la perpétuelle question du partage des contributions des pays membres au sein de l’Alliance. D’autant plus que la guerre en Ukraine et les demandes d’adhésion de la Finlande et la Suède à l’OTAN figureront au sommet des priorités.

« Mais la situation fait en sorte que le Canada se trouve de plus en plus isolé, si le partage des contributions est discuté. Ce qui pourrait augmenter le niveau d’inconfort pour les Canadiens dans ces rencontres », observe M. Perry.

Le gouvernement Trudeau rétorque que le Canada figure cependant au 6e rang des pays de l’OTAN en matière de dépenses en dollars réels. « Ce plan est entièrement chiffré et entièrement financé, ce qui permet à nos militaires et à nos alliés de compter sur des investissements prévisibles et soutenus », a fait valoir Sabrina Kim, la directrice des communications de la ministre Anand.

Le gouvernement Trudeau a injecté huit milliards de dollars supplémentaires en matière de défense dans son dernier budget. Cette somme ne lui a toutefois pas permis de s’approcher considérablement de l’objectif de l’OTAN.

L’Alliance atlantique encourage en outre ses pays membres à consacrer 20 % de leurs dépenses à l’équipement militaire. À ce chapitre, le Canada est au 27e rang des 29 partenaires, ses dépenses ayant augmenté entre 2014 et 2021, mais seulement de 13 % à 18 %, selon le DPB.



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