Lendemain de veille électoral pour les partis d’opposition ontariens

Le chef libéral Steven Del Duca a démissionné jeudi dans la soirée. Il n’a pas réussi à reprendre son ancienne circonscription de Vaughan-Woodbridge aux progressistes-conservateurs.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Le chef libéral Steven Del Duca a démissionné jeudi dans la soirée. Il n’a pas réussi à reprendre son ancienne circonscription de Vaughan-Woodbridge aux progressistes-conservateurs.

Les chefs du Parti libéral et du NPD de l’Ontario, les deux principaux partis d’opposition à Queen’s Park, ont présenté leur démission jeudi soir à la suite de l’élection d’un gouvernement progressiste-conservateur majoritaire. Et bien qu’ils estiment se retirer pour le bien de leurs partis respectifs, ces derniers font face à des perspectives d’avenir bien distinctes.

Tout au long de la campagne électorale, les néodémocrates et les libéraux se sont disputé le vote progressiste, chaque camp se décrivant comme la seule véritable option de rechange aux progressistes-conservateurs. Le parti de Doug Ford l’a néanmoins emporté avec une majorité encore plus grande qu’il y a quatre ans, passant de 76 à 83 sièges. Le NPD en a obtenu 31 — et demeure ainsi l’opposition officielle —, tandis que le Parti libéral retournera à Queen’s Park avec 8 députés.

Avant que minuit ne sonne, la cheffe du NPD, Andrea Horwath, avait remis sa démission. « Il est temps pour moi de passer le flambeau », a alors affirmé en pleurs celle qui venait de piloter une quatrième campagne électorale à la tête de son parti. La politicienne restait toutefois optimiste pour l’avenir : « Notre équipe est tellement forte », a-t-elle souligné.

Le chef libéral, Steven Del Duca, qui a démissionné un peu plus tard — et qui n’a pas réussi à reprendre son ancienne circonscription de Vaughan-Woodbridge aux progressistes-conservateurs — ne pouvait pas en dire autant.

Pour une deuxième fois de suite, les libéraux n’obtiennent pas le statut de parti officiel à Queen’s Park (et n’auront ainsi pas droit au financement public). Et aussi pour une deuxième fois de suite, le NPD devient l’opposition officielle (une première dans l’histoire du parti). « Cela va ancrer l’idée que les néodémocrates représentent maintenant le gouvernement en attente », explique Nelson Wiseman, professeur de science politique émérite à l’Université de Toronto.

Le prochain leader du NPD aura quelques défis à relever — (re)séduire les électeurs des banlieues de Toronto, par exemple —, note l’ancien stratège néodémocrate Cameron Holmstrom, mais il pourrait aussi devenir premier ministre en 2026. En revanche, d’après l’ancien stratège libéral Pierre Cyr, les rouges auront de la difficulté à recruter un chef doté d’un bon profil, et ce dernier aura à rebâtir un parti démobilisé.

La marque libérale ternie

 

Les libéraux ont eu du succès dans l’histoire récente de l’Ontario. Ils ont gouverné la province de 1985 à 1990 puis de 2003 à 2018, grâce aux premiers ministres David Peterson, Dalton McGuinty et Kathleen Wynne. Mais ils se sont effondrés en 2018 : ils n’ont fait élire que 7 députés, perdant d’un seul coup 48 sièges à Queen’s Park. La chute du parti était telle à l’époque que Mme Wynne avait déjà jeté l’éponge à une semaine du scrutin.

Comme ils n’ont fait élire que 8 députés jeudi, les libéraux ne seront toujours pas considérés comme un parti officiel à Queen’s Park. Une situation qui inquiète l’ancien conseiller politique Pierre Cyr. Sans statut (et sans bureau de recherche), le Parti libéral aura de la difficulté à prendre sa place dans le débat politique ontarien : ses représentants ne pourront pas poser autant de questions en chambre, entre autres. Son rôle s’en verra « très diminué », estime M. Cyr.

D’après l’ancien stratège, certains libéraux espèrent trouver leur sauveur hors du monde politique. Mais comment le recruter quand le parti est dans un si piètre état ? « Si tu es une personne avec un bon profil et que tu vois l’état du parti, tu te dis : “Peut-être que je vais attendre…” » note M. Cyr. D’autant que ce candidat devra réussir à se faire connaître sans être à Queen’s Park, ce qui n’a pas réussi à Steven Del Duca.

Le défi sera grand, mais Pierre Cyr croit tout de même que le Parti libéral de l’Ontario a besoin de sang neuf. Des organisateurs de l’ère Peterson (qui a quitté le pouvoir en 1990) y sont encore, fait-il remarquer, sans toutefois les pointer du doigt pour la défaite.

L’ancien stratège libéral note que le parti semblait désorganisé, et qu’il ne s’est pas concentré sur les circonscriptions où il avait des chances de l’emporter. À l’échelle de la province, jeudi soir, les libéraux ont obtenu 1693 votes de plus que les néodémocrates. Mais ils ont gagné 23 sièges de moins. « Le vote libéral est comme du beurre étalé sur du pain », illustre de son côté le professeur Wiseman.

Une coalition néodémocrate à élargir

Le NPD, lui, a réussi à récolter des votes suffisamment concentrés dans quelques régions — à Kitchener et dans le nord de l’Ontario, entre autres, note Cameron Holmstrom.

Mais ce ne sera pas suffisant pour qu’il passe au pouvoir, et le prochain chef du NPD devra apprendre de Doug Ford, dit l’ancien stratège du parti. Le chef conservateur a renouvelé sa majorité en agrandissant sa coalition d’électeurs — chez les syndiqués et les communautés culturelles, par exemple — et en protégeant ses circonscriptions fiables.

Pour aller chercher de nouveaux électeurs, le NPD aura besoin de rétablir certains liens avec la population, pense M. Holmstrom. Des députés comme Marit Stiles, qui a déjà démontré de l’intérêt pour la chefferie, Catherine Fife ou Michael Mantha pourraient faire ce travail, estime-t-il.

Avec leurs 31 circonscriptions, les néodémocrates ont déjà une longueur d’avance sur leurs collègues libéraux.



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