Le Parti vert de l’Ontario aura-t-il un autre député ?

Matt Richter (au centre, chemise rose) pense pouvoir remporter la course au siège de représentant de Parry Sound-Muskoka, ce qui donnerait au Parti vert un deuxième député après l’élection du chef Mike Schreiner (au centre, chemise verte) dans la circonscription de Guelph en 2018.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Matt Richter (au centre, chemise rose) pense pouvoir remporter la course au siège de représentant de Parry Sound-Muskoka, ce qui donnerait au Parti vert un deuxième député après l’élection du chef Mike Schreiner (au centre, chemise verte) dans la circonscription de Guelph en 2018.

Le Parti vert de l’Ontario, longtemps sans représentant à Queen’s Park, pourrait doubler son nombre de députés à la législature ontarienne ce printemps. Après l’élection du chef, Mike Schreiner, dans la circonscription de Guelph en 2018, le parti a bon espoir de voir son candidat Matt Richter se faire élire dans Parry Sound-Muskoka cette année.

Les progressistes-conservateurs font la loi depuis des années dans la région de Muskoka, qui est surtout connue pour ses chalets (celui de Doug Ford s’y trouve, notamment). La circonscription est bleue depuis sa création, en 1999, et le premier député de son histoire, Ernie Eves, est plus tard devenu le premier ministre de l’Ontario. Mais Matt Richter pense pouvoir renverser la tendance à sa cinquième tentative en tant que candidat. Son avance, d’après certains sondages — ou la lutte serrée, selon d’autres —, est « gratifiante », dit-il.

Tout est en plus cette année, résume Matt Richter : plus d’enthousiasme, plus de bénévoles et plus d’intérêt pour sa campagne. Et de l’aide, le candidat en a besoin. Le territoire de la circonscription, deux fois plus grand que celui de l’Île-du-Prince-Édouard, compte 25 municipalités et six Premières Nations. Celui qui visite les Cantons-de-l’Est chaque année durant ses vacances révèle que son équipe a joint 35 000 électeurs depuis le 4 mai.

Les astres sont en quelque sorte alignés pour Matt Richter. D’abord, il est bien connu de la communauté après plusieurs campagnes. Ensuite, il ne fait face à aucune opposition du Parti libéral, qui a congédié son candidat le 11 mai dernier en raison de points de vue jugés homophobes, et le député sortant conservateur, Norm Miller, a pris sa retraite. Finalement, le chef vert, Mike Schreiner, n’ayant pas trop à se soucier de la course dans sa propre circonscription, a passé de nombreuses journées dans la région.

La performance du chef

 

Le parcours de Matt Richter n’est pas sans rappeler celui de son chef, remarque Sean Yo, qui a été conseiller politique de Mike Schreiner. Ce dernier a seulement été élu à son quatrième essai — et dans la troisième circonscription qu’il briguait. Son succès dans Guelph en 2018, où il a récolté 45 % des voix, marquait la première élection d’un candidat du Parti vert à Queen’s Park.

La victoire électorale du chef vert a changé « radicalement » la stratégie de son camp cette année, fait savoir Sean Yo, qui n’a pas de rôle officiel dans le Parti vert, mais participe à des activités de financement. Le chef passe beaucoup plus de temps à l’extérieur de sa circonscription qu’il y a quatre ans. Des candidats comme Matt Richter ou l’ancienne commissaire à l’environnement Dianne Saxe, dans University-Rosedale, en tirent profit.

Grâce à son siège à Queen’s Park, Mike Schreiner a aussi pu participer à son premier débat des chefs, à la mi-campagne. Le chef a bien fait ; certains observateurs ont même jugé qu’il l’avait remporté. Selon Matt Richter, sa prestation a « catapulté » la campagne des verts en Ontario. D’après l’agrégateur de sondage du réseau CBC, les appuis du parti dans la province sont passés de 4,8 % le 16 mai, le jour du débat, à 7 % deux semaines plus tard.

Dans Parry Sound-Muskoka, le débat des chefs a permis aux gens qui n’avaient pas encore été joints en raison de leur isolement de comprendre le succès du Parti vert dans la région, estime Matt Richter. Les électeurs de la circonscription « étaient fiers de ce qu’ils ont entendu de la part de Mike », poursuit le candidat. Sa prestation « a démontré que nous avions des politiques sensées », note-t-il.

Une campagne (presque) sans controverse

 

La campagne des verts ontariens survient moins d’un an après celle — catastrophique — des verts fédéraux. La cheffe Annamie Paul, avec qui Sean Yo a aussi travaillé, avait alors passé la majorité de son temps en Ontario. Interrogé par Le Devoir au premier jour de la campagne ontarienne sur les leçons de l’expérience fédérale, Mike Schreiner a dit vouloir éviter les divisions.

On se souviendra qu’à quelques mois de l’élection fédérale, le Parti vert du Canada avait perdu une de ses rares députés en raison d’une prise de position pro-Israël d’un conseiller d’Annamie Paul. Un scénario similaire s’est produit durant la campagne provinciale : le 11 mai, une candidate verte du centre-ville de Toronto a laissé tomber la bannière pour des motifs semblables. Mais son départ ne semble pas avoir causé autant de problèmes.

Sean Yo estime que Mike Schreiner mène une organisation « très professionnelle » et, surtout, qu’il n’a pas à faire campagne avec un « vent de face », comme son homologue fédérale Annamie Paul. Cette dernière n’a d’ailleurs pas été vue durant la campagne provinciale.

Mike Schreiner, toujours énergique, était de retour dans Parry Sound-Muskoka le 31 mai aux côtés de Matt Richter. « Nous sentons l’impulsion du moment », a-t-il lancé devant un lac du village de Port Sydney. Le chef a visité plusieurs circonscriptions de la province, mais en conférence de presse, il reconnaît qu’il y a une « occasion spéciale » d’élire un vert dans la région.

« Nous allons devoir travailler fort dans les prochains jours », dit-il.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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