Une campagne électorale ontarienne sans Christine Elliott

Au cours des 15 dernières années, il était impossible de parler du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario sans mentionner Mme Elliott.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Au cours des 15 dernières années, il était impossible de parler du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario sans mentionner Mme Elliott.

Pour la première fois depuis 2006, le nom de la ministre ontarienne de la Santé, Christine Elliott, n’apparaît pas sur les bulletins de vote. Après un mandat éreintant marqué par la pandémie de COVID-19, celle qui a longtemps été l’un des piliers des progressistes-conservateurs de la province a décidé de tirer sa révérence.

Au cours des 15 dernières années, il était impossible de parler du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario sans mentionner Mme Elliott. La femme de l’ancien ministre fédéral des Finances Jim Flaherty, décédé soudainement en 2014, est élue une première fois en 2006 dans la circonscription de Whitby, en banlieue de Toronto. Le siège était auparavant occupé par son mari, qui l’avait délaissé pour son équivalent fédéral.

En 2009, Christine Elliott tente de se faire élire à la tête de son parti, une course qu’elle perd aux mains de Tim Hudak. Six ans plus tard, deuxième essai et deuxième défaite, cette fois face à Patrick Brown. Finalement, en 2018, un troisième échec, cette fois contre Doug Ford, élu premier ministre de l’Ontario quelques mois plus tard. Ce dernier la nomme ensuite ministre de la Santé — et vice-première ministre.

Pourquoi rester en politique après trois courses infructueuses à la chefferie ? « Christine voulait faire sa part et servir le public », répond le consultant en affaires publiques Alex Chreston, qui a été bénévole lors de chacune des campagnes de Mme Elliott depuis 2006. D’autant que les familles Ford et Flaherty se connaissaient depuis longtemps, note-il : le père de Doug Ford a été député conservateur provincial en même temps que Jim Flaherty.

Christine Elliott est toutefois visiblement arrivée au bout du rouleau après quatre ans à la tête du ministère de la Santé, dont une bonne part en pleine pandémie. « C’était éprouvant, toutes les décisions pesaient sur elle », raconte son fils, Galen Flaherty. « Est-ce que les dernières années ont été difficiles pour elle ? Assurément. Mais ça montre qu’elle a placé les intérêts du public avant les siens », croit de son côté M. Chreston.

À l’annonce de son départ, en mars dernier, plusieurs membres du milieu de la santé ontarien ont d’ailleurs salué le travail qu’elle a accompli. « Votre engagement pour la santé des enfants sera toujours reconnu », a écrit le Dr Ronald Cohn, président de l’hôpital pour enfants SickKids de Toronto. « Merci pour votre dévouement dans votre gestion du système de santé pendant cette période difficile », a noté le Dr Kevin Smith, président du Réseau universitaire de santé de Toronto.

Un médecin franco-ontarien sur les rangs

 

Si le psychologue Sylvain Roy, natif du nord de l’Ontario, reconnaît lui aussi la dévotion de la ministre, il est très critique des compressions en santé mentale qu’elle a effectuées en 2018. Ces coupes de 335 millions de dollars ont « bouleversé » l’ancien président de l’Association des psychologues de l’Ontario et ont fait jaillir une flamme politique en lui : en mars 2022, le Franco-Ontarien a été nommé candidat libéral dans Newmarket-Aurora, la circonscription que Mme Elliott représentait.

Le candidat libéral déplore notamment les problèmes de communication qu’a eu le gouvernement Ford lors de la pandémie. « Il y a eu beaucoup de va-et-vient », dit-il, ce qui a fait en sorte que les professionnels de la santé « ne savaient parfois pas ce qui se passait de jour en jour ». Christine Elliott a « fait son possible », mais investir davantage en santé mentale en 2018 auraient aidé à mieux « absorber » l’impact de la pandémie, juge-t-il.

Le neuropsychologue de formation estime que son expertise lui donne un point de vue unique sur la réalité de l’après-pandémie. Et s’il ne l’emporte pas le 2 juin, le candidat libéral songe déjà à poursuivre l’aventure politique. « Ce qui m’a motivé à me présenter dès le départ, ce sera encore là », dit-il.

Un poids lourd du gouvernement Ford

 

Lorsque Christine Elliott a annoncé son départ, en mars dernier, les partis d’opposition à Queen’s Park ont laissé entendre qu’elle quittait un navire qui chavirait. Ça ne semble pas être le cas : les progressistes-conservateurs sont en avance dans tous les sondages, et le site de prévision électorale 338Canada estime d’ailleurs qu’ils conserveront sa circonscription de Newmarket-Aurora. (La nouvelle candidate du parti, Dawn Gallagher Murphy, a refusé de nous accorder une entrevue.)

Son départ changera toutefois sans conteste le visage d’un possible prochain gouvernement Ford : en mars, un chroniqueur du Toronto Star la décrivait d’ailleurs comme un « garde-fou ».

« C’est évident que la ministre [Elliott] était une conseillère en qui Doug Ford et son cabinet ont eu confiance, surtout lors de la pandémie », note Kyle Jacobs, un ancien conseiller politique du premier ministre ontarien.

« Je pense que son influence s’est fait sentir dans le gouvernement actuel », affirme Galen Flaherty au sujet de sa mère. L’avocat torontois ne cite pas d’exemple précis, mais note tout de même que Mme Elliott et M. Ford partagent les mêmes valeurs. À quoi ressemblerait un gouvernement Ford sans sa mère ? M. Flaherty préfère ne pas s’aventurer sur ce terrain. Mais « j’ai entière confiance en Doug Ford et en sa mission », affirme-t-il.

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