La prière demeure aux Communes

Le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, a fait valoir mercredi que sa motion ne représentait pas « un manque de respect pour les préférences religieuses des uns et des autres.
Justin Tang La Presse canadienne Le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, a fait valoir mercredi que sa motion ne représentait pas « un manque de respect pour les préférences religieuses des uns et des autres.

La prière continuera d’être récitée tous les jours à la Chambre des communes. La motion bloquiste qui visait à la remplacer par un moment de réflexion a été défaite par une majorité d’élus fédéraux. Un député libéral, les deux élus du Parti vert et presque tous les députés néodémocrates l’avaient toutefois appuyée.

« Les parlementaires, libéraux et conservateurs essentiellement, viennent d’affirmer le choix qui fait en sorte que dans les règlements de la Chambre des communes, pour être assis là au début de chaque séance, il faut participer à une prière au Dieu blanc, Chrétien, d’Occident, et incidemment monarchiste », a déploré le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, à la suite du vote qui venait de rejeter l’initiative de son parti. « Le Canada s’affirme donc comme pays religieux, comme pays monarchiste », a-t-il argué, estimant avoir ainsi réussi à « permettre aux Québécois de constater que les valeurs québécoises et les valeurs de la Chambre des communes du Canada sont diamétralement opposées ».

Le vote s’est soldé par 56 pour et 266 contre, mercredi.

Tous les élus bloquistes, 21 des 25 députés du Nouveau Parti démocratique (y compris le chef Jagmeet Singh) et les deux verts se sont prononcés en faveur de l’abandon de la prière. Quatre néodémocrates, tous les députés conservateurs et libéraux s’y sont toutefois opposés — à l’exception d’un seul libéral, Nate Erskine-Smith, qui a voté avec le Bloc.

Les libéraux avaient permis un vote libre à leurs élus — hormis les membres du cabinet. Idem du côté du NPD.

Le Bloc avait profité de sa journée d’opposition, mardi, pour présenter une motion réclamant que les députés abandonnent la prière parlementaire prononcée tous les jours, derrière les portes closes et avant le début officiel des travaux. Le texte visait à statuer que « la Chambre respecte les croyances et les non-croyances » des élus ainsi que de la population, qu’elle a « un attachement au principe de séparation de la religion et de l’État » et respecte « la laïcité et la neutralité religieuse de l’État ».

Le NPD se range derrière le Bloc

Le chef néodémocrate Jagmeet Singh, qui est de confession sikhe, a repris l’argumentaire bloquiste mercredi en expliquant qu’il appuierait la motion puisque, a-t-il rappelé, il croit lui aussi « profondément dans la séparation entre l’Église et l’État. C’est un exemple spécifique où l’on peut retirer un élément contraire à cette séparation ».

M. Singh a fait valoir qu’il préférerait un moment de réflexion tout personnel à chacun, selon sa spiritualité, sa religion ou ses croyances.

La prière quotidienne est récitée par le président de la Chambre. Le texte débute en remerciant « Dieu tout-puissant », le prie « pour notre Souveraine, la Reine Elizabeth, et la Gouverneure générale », et l’invite à guider les élus dans leurs délibérations. La prière de 600 mots se termine par « Amen ».

Pas le bon forum

Libéraux et conservateurs martelaient, depuis deux jours, que les Québécois et les Canadiens ont d’autres priorités que de débattre de cette prière. Les deux partis arguaient en outre qu’un tel changement à la procédure de la Chambre devrait être discuté en bonne et due forme lors du débat annuel sur l’ordre des travaux, prévu en juin.

C’est pour cette raison que le Parti conservateur n’a pas permis de vote libre à ses députés, car la motion « n’utilise pas la procédure parlementaire appropriée », a fait valoir un porte-parole.

« C’est n’importe quoi », a rétorqué M. Blanchet. « La Chambre des communes est habilitée à voter par motion un changement aux règlements de la Chambre. » Il n’a pas exclu de revenir à la charge lors du débat le mois prochain ou à une autre occasion.

Le premier ministre Justin Trudeau a quant à lui une fois de plus accusé les bloquistes de simplement « chercher la chicane ».

Interdite par la Cour suprême à Saguenay

La prière de la Chambre des communes avait déjà fait débat en 2015, après que la Cour suprême du Canada ait statué qu’une autre prière, celle prononcée publiquement en ouverture des séances du conseil municipal de Saguenay, devait être abolie.

Les juges ne s’étaient toutefois pas prononcés sur la prière récitée au Parlement, expliquant qu’elle n’était pas publique et qu’il était possible qu’elle « soit soumise au privilège parlementaire ».

Justin Trudeau, qui dirigeait alors le Parti libéral dans l’opposition, avait dit souhaiter que la Chambre s’adapte à cette décision pour « défendre le droit des individus » et « s’assurer que c’est fait de façon à respecter tout le monde ».

Le chef du NPD de l’époque, Thomas Mulcair, avait également estimé que le moment de prière devait être adapté. Il avait cité en exemple la formule de l’Assemblée nationale, soit « un moment de réflexion » comme celui que propose aujourd’hui le Bloc québécois.

Avec Boris Proulx

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