Un débat plus poli, mais tout aussi corsé pour Pierre Poilievre

Jean Charest jetait un regard à son rival Pierre Poilievre, mercredi à Edmonton, lors du premier débat officiel en anglais qui opposait les six candidats à la chefferie conservatrice. Ce deuxième débat de la course aura été plus poli que le premier, non officiel. Mais les aspirants chefs se sont néanmoins envoyé quelques flèches, au fil des échanges.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Jean Charest jetait un regard à son rival Pierre Poilievre, mercredi à Edmonton, lors du premier débat officiel en anglais qui opposait les six candidats à la chefferie conservatrice. Ce deuxième débat de la course aura été plus poli que le premier, non officiel. Mais les aspirants chefs se sont néanmoins envoyé quelques flèches, au fil des échanges.

Le deuxième débat des candidats à la chefferie du Parti conservateur aura été plus poli que le dernier, mais les aspirants chefs se sont néanmoins envoyé quelques flèches au fil des échanges. Pierre Poilievre a été la cible du plus grand nombre d’entre eux. Il a pour sa part surtout eu dans sa mire Jean Charest de même que Patrick Brown, qui était sur scène cette fois-ci.

Considéré comme le meneur de la course, M. Poilievre s’est fait reprocher de ne pas être assez clair quant à ses convictions sur l’avortement, de prétendre à tort que la cryptomonnaie peut permettre d’éviter l’inflation et de miner la crédibilité d’institutions comme la Banque du Canada.

À ce sujet, M. Poilievre a annoncé, en début de débat à Edmonton mercredi soir, qu’il remplacerait le gouverneur actuel Tiff Macklem par un autre qui saurait « ramener le mandat de faible inflation » de la Banque. Il a également accusé la Banque du Canada d’être « financièrement illettrée ».

Jean Charest a vivement reproché à son rival de miner la confiance d’investisseurs étrangers, qui croiraient en voyant un élu plaider ce que prétend M. Poilievre que le Canada est « un pays du tiers-monde ». « Les conservateurs ne font pas cela », a-t-il argué.

Et il n’a pas été le seul à s’en prendre à Pierre Poilievre sur ce sujet. Leslyn Lewis a affirmé que ses prétentions sur la cryptomonnaie n’étaient « pas vraies » et posaient problème, venant de la bouche d’un porte-parole en matière de finances aux Communes. Patrick Brown a déploré que M. Poilievre ait encouragé « des parents, des grands-parents ainsi que des familles vulnérables à parier leurs économies et leurs retraites de façon risquée après en avoir entendu parler sur des vidéos YouTube de fin de soirée ». Le bitcoin a perdu 20 % de sa valeur depuis le mois dernier, a rappelé M. Charest.

Encore l’avortement

Jean Charest et Pierre Poilievre se sont de nouveau pris le bec sur la question de l’avortement. Le premier a reproché au second de ne pas dire clairement, devant les caméras, qu’il est pro-choix. Patrick Brown, Scott Aitchison et Jean Charest venaient de le faire, tandis que Leslyn Lewis a réitéré qu’elle était antiavortement.

« Tous les candidats dans cette course devraient dire aux femmes canadiennes où ils logent, s’ils sont pro ou anti », a lancé M. Charest à son rival. M. Poilievre a plus tard affirmé qu’il était « pour la liberté de choix », mais a une fois de plus évité d’utiliser la formule « pro-choix ».

Il a répliqué à M. Charest en rappelant que le gouvernement de Brian Mulroney dont il faisait partie en 1990 avait été le dernier à déposer et faire adopter un projet de loi aux Communes proposant de recriminaliser l’avortement. Le projet de loi était mort au Sénat.

« Vous semblez avoir oublié plusieurs pans de votre bilan », a reproché M. Poilievre, en évoquant le marché du carbone créé au Québec sous sa gouverne, des hausses d’impôts, son opposition à l’abolition du registre des armes d’épaule par l’ancien gouvernement de Stephen Harper.

M. Poilievre a lui aussi dû renier des positions passées. Il s’était opposé à la légalisation du mariage entre conjoints de même sexe en 2005 et dit maintenant que son opinion a depuis évolué.

Et les camionneurs

L’un des thèmes du débat portait évidemment sur les barrages de camionneurs de l’hiver dernier, aux frontières et à Ottawa. M. Poilievre s’est une fois de plus porté à leur défense et a prétendu n’avoir jamais soutenu les barrages illégaux, seulement le droit de camionneurs de s’exprimer de façon pacifique. Jean Charest lui a rappelé que c’était faux.

En terre albertaine, Pierre Poilievre a dénoncé que le modérateur du débat cite dans sa question les barrages d’oléoducs, de sites de constructions, de capitales mais pas « les terroristes qui attaquent nos travailleurs pétroliers dans l’Ouest canadien ». Il a été applaudi, comme à quelques autres reprises au fil de la soirée.

Il a été le seul à ne pas rencontrer les médias après le débat.

Patrick Brown maintenant attaqué

Pierre Poilievre s’en est aussi pris plusieurs fois au maire de Brampton, Patrick Brown, qui ne s’était pas présenté au débat de la semaine dernière organisé par un organisme conservateur. Les observateurs ne savent prédire, pour l’instant, qui de M. Charest ou de M. Brown arrivera deuxième au premier tour de votes derrière un probable Pierre Poilievre en tête.

Ce dernier a reproché à M. Brown de s’être opposé à une taxe carbone lorsqu’il briguait la chefferie du Parti progressiste-conservateur ontarien pour ensuite endosser l’idée une fois devenu chef. Idem pour ses convictions sociales, M. Brown ayant courtisé les conservateurs de la droite religieuse lors de la chefferie ontarienne mais les ayant reniées par la suite.

Patrick Brown lui a renvoyé la balle, en l’accusant d’avoir soutenu des politiques qui « bafouent les libertés religieuses des Canadiens » au sein du gouvernement Harper lors de l’élection de 2015. Le parti avait fait campagne en proposant une ligne téléphonique pour dénoncer les pratiques culturelles barbares.

« Nous avons besoin d’un chef qui peut battre Justin Trudeau, pas juste lui crier après », a scandé M. Brown. « Nous devons faire grandir notre parti […]. Mais cela n’arrivera jamais avec un chef qui répugne les électeurs », a-t-il lancé.

Moins d’échanges et moins d’insultes

Le format du débat a limité les affrontements à deux candidats. Plusieurs réponses devaient s’en tenir à 15, 30 ou 45 secondes sans possibilité de réplique. Le ton est donc resté plus courtois, les attaques portant d’abord sur les idées politiques.

Suite au débat de la semaine dernière, qui a donné lieu à des échanges particulièrement acrimonieux entre Pierre Poilievre et Jean Charest, l’ancien chef du Parti réformiste Preston Manning et le premier ministre albertain Jason Kenney avaient lancé un appel au calme. Ils avaient rappelé aux candidats que le parti aurait, après cette course, à se rallier et s’unifier afin d’affronter les libéraux à la prochaine élection. Scott Aitchison et Roman Baber sont ainsi restés au-dessus de la mêlée, tous deux étant en queue de peloton et ne pouvant se permettre de se mettre à dos les supporteurs des autres candidats.

Les aspirants chefs croiseront de nouveau le fer dans deux semaines, à Laval. Leurs campagnes ont jusqu’au 3 juin pour vendre des cartes de membres et recruter de nouveaux appuis. Le Parti conservateur annoncera l’identité de son prochain chef le 10 septembre.

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