Le ministre fédéral des Transports s’en remet au CN pour «montrer l’exemple» en français

Le ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra

Le ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, soutient que la compagnie de chemin de fer Canadien National (CN) devrait « montrer l’exemple » en nommant des Québécois francophones au sein de son conseil d’administration, même si son gouvernement n’a pas l’intention d’encadrer ce genre de nominations.

« Le CN a accepté de régler la situation. Ils ont déjà commencé à chercher un membre du Conseil qui soit francophone et basé au Québec. Il faut qu’il y ait une égalité réelle entre le français et l’anglais », a déclaré le ministre Alghabra, lisant avec une certaine difficulté la longue partie en français de sa présentation devant le comité permanent des langues officielles, lundi à Ottawa.

L’effort du ministre anglophone lui a quand même valu des félicitations de différents membres du comité, dont celui du député du Bloc québécois Mario Beaulieu. « Votre français s’est beaucoup amélioré. Votre professeur est meilleur que celui [du p.-d.g. d’Air Canada] M. Rousseau », a-t-il dit en blaguant.

Il a été révélé en avril que la compagnie des chemins de fer Canadien National (CN), bien que basée à Montréal, n’avait retenu aucun candidat francophone pour son conseil d’administration. Le premier ministre Justin Trudeau avait qualifié cette situation d’« inacceptable », surtout après le scandale provoqué par l’unilinguisme assumé du grand patron d’Air Canada, Michael Rousseau.

Le CN a été privatisé en 1995, à la condition que l’entreprise soit toujours assujettie à la Loi sur les langues officielles. Air Canada a traversé ce même processus en 1988. Or, Transports Canada n’a pas l’autorité de faire appliquer la Loi à ces compagnies privées, a précisé le ministre. C’est la tâche du commissaire aux langues officielles, à qui le gouvernement Trudeau veut conférer plus de pouvoirs de sanctions dans sa réforme de la Loi sur les langues officielles, déposée en mars sous le nom de C-13.

Les conseils d’administration dans l’angle mort

Le député conservateur Joël Godin a fait remarquer au ministre que le projet de loi libéral reste muet sur la composition linguistique des conseils d’administration, comme celui du CN. « Ce qui nous intéresse, ce sont les résultats, lui a répondu le ministre. Que les consommateurs puissent avoir le service dans la langue de leur choix, et que les droits des employés soient protégés. »

Des élus ont fait valoir que des lacunes en français de supérieurs hiérarchiques au CN pouvaient mettre à risque la sécurité des employés, en cas de malentendus par exemple. Le ministre a dit être d’accord.

Omar Alghabra a ajouté que le CN « doit montrer l’exemple » en nommant « quelqu’un du Québec sur son conseil d’administration ». Il a d’ailleurs fait le parallèle entre son propre parcours d’arrivée au Canada, et son besoin de montrer lui aussi l’exemple en apprenant le français une fois à la table du Conseil des ministres.

« Je suis né et j’ai grandi à l’extérieur du Canada. Je n’ai pas eu l’occasion d’apprendre le français en grandissant. Mais comme immigrant, j’aime la façon dont le français fait partie de notre identité canadienne. »

M. Alghabra dit avoir contacté la compagnie ferroviaire au sujet de l’absence de francophones à sa tête. L’entreprise lui aurait promis de corriger cette situation lors de la prochaine occasion de nomination. Des représentants du CN seront d’ailleurs interrogés à ce sujet par ce même comité parlementaire, le 1er juin.

L’an dernier, le Canadien National avait affirmé ne reconnaître aucun droit de travailler en français à ses employés qui travaillent en équipe ou à ceux en communication avec des collègues de régions unilingues anglophones. L’entreprise ferroviaire avait senti le besoin de déposer un mémoire à ce sujet dans une cause dont elle n’était pas partie devant la Cour fédérale. La juge fédérale Marianne Rivoalen avait alors complètement ignoré les arguments de l’entreprise dans son jugement, qui a plutôt conclu qu’un employé fédéral de Montréal était brimé dans ses droits s’il était forcé à communiquer chaque jour avec des collègues anglophones basés à Toronto.

Débat sur les lois linguistiques

Les parlementaires de la Chambre des communes ont commencé à débattre lundi du plus récent projet de loi du Bloc québécois qui a pour objectif d’assujettir à la Charte de la langue française les entreprises fédérales qui sont exploitées au Québec. Il reprend l’essentiel d’un texte qui est mort au feuilleton lors du déclenchement de la dernière campagne électorale.

La députée de Salaberry–Suroît, Claude DeBellefeuille, qui parraine le projet de loi C-238, juge que la réforme de la Loi sur les langues officielles redéposée en mars par le gouvernement Trudeau ne va pas assez loin. C-13 offre par exemple aux entreprises de compétence fédérale de choisir entre se conformer à la loi fédérale ou à la Charte de la langue française du Québec.

La députée libérale de Sherbrooke, Élisabeth Brière, a soutenu que le français serait suffisamment protégé au Québec grâce à la réforme libérale. « C’est ce que nous livrons dans C-13. Nous veillons à ce que les Canadiens et Canadiennes aient le droit de travailler et d’être servis en français dans des entreprises privées sous réglementation fédérale établies au Québec et dans d’autres régions à forte présence francophone au pays. »

Les conservateurs et les néodémocrates ont exprimé des sympathies envers le projet de loi du Bloc. « On ne se chicanera pas là-dessus, a assuré le député conservateur Joël Godin. Il est clair pour moi que les entreprises fédérales qui sont au Québec ne doivent pas viser le plus petit dénominateur commun. On ne veut pas d’autres Air Canada, CN, et j’en passe. »

Le député du Nouveau Parti démocratique (NPD) Alexandre Boulerice a lui aussi fait le lien avec les récents scandales touchant ces grandes entreprises du secteur des transports basées à Montréal. « Il faut déplorer les situations que l’on voit, de la part d’Air Canada ou du Canadien National. »

Le projet de loi bloquiste inclut aussi un paragraphe qui vise à exiger une « connaissance suffisante » du français pour les candidats à la citoyenneté canadienne qui résident au Québec. Cette idée a déjà été proposée en 2020, et défaite par les élus du Parti libéral et du NPD.

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