Poilievre récolte l’appui des députés conservateurs antiavortement

L’équipe de Pierre Poilievre n’a pas voulu commenter. Tout au plus a-t-on répété qu’un «gouvernement Poilievre ne proposera ni n’appuiera aucune législation restreignant l’avortement de quelque manière que ce soit».
 
Photo: ​ Darryl Dyck La Presse canadienne L’équipe de Pierre Poilievre n’a pas voulu commenter. Tout au plus a-t-on répété qu’un «gouvernement Poilievre ne proposera ni n’appuiera aucune législation restreignant l’avortement de quelque manière que ce soit».
 

Pierre Poilievre a récolté jusqu’à présent le plus grand nombre d’appuis au sein du caucus conservateur parmi les candidats à la chefferie du parti. Et dans le lot figurent aussi le plus grand nombre d’élus antiavortement, bien qu’une autre aspirante cheffe, Leslyn Lewis, soit elle-même ouvertement opposée à l’interruption volontaire de grossesse.

L’organisme Campaign Life Coalition, qui mobilise les conservateurs antiavortement lors des élections et des courses à la chefferie pour en influencer l’issue, s’est rangé derrière Mme Lewis. Mais les élus de la frange sociale du Parti conservateur semblent avoir choisi un autre camp : seuls sept d’entre eux ont appuyé la candidature de Leslyn Lewis, soit la totalité de ses appuis au caucus.

Pierre Poilievre compte en revanche sur le soutien de 32 députés antiavortement sur un total de 53 appuis chez les élus du parti. Ce qui représente 60 % de ses soutiens. Parmi eux, l’ancien chef Andrew Scheer et les députés Shannon Stubbs et Chris Warkentin, qui ont participé aux efforts visant à limoger Erin O’Toole l’hiver dernier.

 


Si la Campaign Life Coalition avance que 40 élus conservateurs partagent ses convictions contre l’interruption de grossesse, le chiffre exact est en réalité plus élevé. L’organisation ne donne son « feu vert » qu’aux députés qui ont toujours voté comme elle le souhaite sur l’avortement, mais ils doivent aussi s’être prononcés contre l’accès élargi à l’aide médicale à mourir, contre l’interdiction des thérapies de conversion, et n’avoir jamais défilé dans une marche de la Fierté. Certains élus sont donc écartés simplement parce qu’ils n’ont pas voté comme souhaité en cours d’étude parlementaire, même s’ils étaient en accord avec les convictions de la frange sociale du parti en dernière lecture.

En comptabilisant l’ensemble des députés qui ont appuyé par le passé des projets de loi proposant de resserrer l’avortement (comme en érigeant en infraction criminelle le fait de blesser ou de tuer un enfant à naître en commettant un crime violent contre une femme enceinte), le nombre d’élus antiavortement se chiffre à 48 sur un total de 119 députés conservateurs (40 %). Et en y ajoutant ceux qui ont appuyé l’an dernier le projet de loi d’initiative parlementaire de la conservatrice Cathay Wagantall, qui aurait interdit les avortements sexo-sélectifs, on arrive à 68 élus (57 %).

Proportionnellement, Pierre Poilievre a donc attiré davantage d’appuis antiavortement que ce que représentent ces conservateurs sociaux au sein du caucus.

Son équipe n’a pas voulu faire de commentaires à cet égard vendredi. Tout au plus a-t-on répété qu’un « gouvernement Poilievre ne proposera ni n’appuiera aucune législation restreignant l’avortement de quelque manière que ce soit ». Aucune autre réaction n’a été offerte.

Du côté des autres candidats à la chefferie, Jean Charest compte un député antiavortement parmi les 13 élus qui l’appuient, tout comme Patrick Brown, qui a reçu l’appui de quatre élus au total. Un seul député, qui n’est pas antiavortement, a appuyé Scott Aitchison. Roman Baber n’a pas d’appuis au caucus.

Un flou stratégique

Lors du débat des candidats de jeudi soir, Pierre Poilievre s’est fait reprocher par Leslyn Lewis de demeurer délibérément vague quant à ses convictions personnelles sur l’avortement. « M. Poilievre a évité les médias au cours des derniers jours parce qu’il ne veut pas dire s’il est pro-vie ou pro-choix », a-t-elle raillé.

M. Poilievre n’a pas répliqué, le format du débat ne lui en ayant pas immédiatement offert la chance et les modérateurs étant passés à une autre question par la suite. Il n’a pas non plus rencontré les journalistes après l’événement.

Son équipe martèle qu’il est antiavortement, mais M. Poilievre n’a pas fait cette déclaration au débat. À la suite du dévoilement de l’ébauche de décision de la Cour suprême américaine sur l’arrêt Roe v. Wade, il ne s’est pas exprimé sur Twitter et son équipe avait mis des heures avant de réagir succinctement en soirée. La réaction était la même que celle fournie pour cet article.

La frange sociale du Parti conservateur rassemble des dizaines de milliers de membres très mobilisés. Il y a deux ans, ils étaient 60 000 à avoir appuyé Leslyn Lewis comme candidate à la chefferie. Lorsqu’elle avait été éliminée de la course, au fil des tours de scrutin, ses appuis s’étaient transposés pour faire gagner Erin O’Toole.

À voir en vidéo