La mésinformation n’a pas influencé le résultat des élections fédérales, selon une étude

L’intégrité du processus électoral et la COVID-19 étaient de loin les deux thèmes les plus enclins à la mésinformation, selon le directeur de l’étude, Aengus Bridgman.
Olivier Zuida Le Devoir L’intégrité du processus électoral et la COVID-19 étaient de loin les deux thèmes les plus enclins à la mésinformation, selon le directeur de l’étude, Aengus Bridgman.

Bien que la mésinformation ait été bien présente lors du dernier scrutin fédéral, elle n’a pas affecté le résultat des élections, a conclu une étude du Canadian Election Misinformation Project.

L’intégrité du processus électoral et la COVID-19 étaient de loin les deux thèmes les plus enclins à la mésinformation, a expliqué le directeur du projet et chercheur en science politique à l’Université McGill, Aengus Bridgman, en entrevue téléphonique. Il considère que le volume de publications trompeuses était semblable à celui des élections de 2019.

Selon l’étude, 13 % des Canadiens pensent qu’une forme ou une autre de fraude électorale a eu lieu. Un pourcentage similaire pense que le gouvernement chinois (16 %) ou Bill Gates (17 %) a volontairement développé le virus de la COVID-19, et 27 % pensent que « la pandémie fait partie d’une initiative mondiale pour forcer tout le monde à se faire vacciner ».

Mais l’abondance d’affirmations trompeuses sur les médias sociaux « ne veut pas dire que cela a eu un impact significatif sur les élections », a nuancé M. Bridgman.

En effet, l’étude conclut que même en étant exposés à une variété d’affirmations vraies et fausses, « les Canadiens étaient généralement capables de détecter les fausses nouvelles, et les nouvelles véridiques avaient plus de chance d’être crues ».

Il faut dire qu’il n’y a eu que peu de mensonges volontaires ― ce que l’on appelle de la « désinformation » ― qui ont circulé, comparativement aux erreurs de bonne foi, qualifiées de « mésinformation ».

Malgré qu’environ le tiers des répondants au sondage ait dit être « peu » ou « pas du tout » confiant que les élections étaient protégées de possibles interférences étrangères, dans les faits, aucune grande campagne comme celle déployée par la Russie dans les élections américaines de 2016 n’a eu lieu, indique le rapport.

« Il y avait une toute petite tentative, qui impliquait peu ou pas d’efforts », a mentionné M. Bridgman. Celle-ci était dirigée uniquement vers les ressortissants chinois vivant au Canada, pour les convaincre de ne pas voter pour les conservateurs, accusés à tort de vouloir couper tout contact diplomatique avec la Chine ou de vouloir implanter des lois discriminatoires contre les Canadiens d’origine chinoise.

Mais même si le résultat du dernier scrutin n’a pas été affecté par la mésinformation, M. Bridgman prévient que cela ne veut pas dire que celle-ci n’a pas d’importantes conséquences à long terme : « Si vous avez une sphère publique et un écosystème d’information qui sont saturés avec de la mésinformation, cela va avec le temps éroder la confiance envers les institutions démocratiques comme Élections Canada, les partis politiques, les politiciens et les experts. Ce peut être très dommageable pour la démocratie. »

Pot-pourri conspirationniste

Si peu de Canadiens ont été affectés par la mésinformation, « il y a un petit pourcentage de la population dont la compréhension factuelle du monde est de plus en plus éloignée » du reste, a dit M. Bridgman.

« Si tu as une croyance conspirationniste, tu tends à les avoir toutes », un phénomène qui n’est pas plus vieux que l’arrivée de la pandémie, explique-t-il. Avant, « tu pouvais croire qu’il y a une cabale secrète qui contrôle le Canada », alors qu’un autre groupe « croyait que les vaccins étaient un complot de Big Pharma », mais « les liens entre ces deux groupes et le chevauchement entre ces deux croyances étaient limités ».

Selon lui, « les personnes qui étaient plus enclines à dire qu’elles avaient été exposées à de la mésinformation durant les élections étaient aussi les plus mésinformées ». Les déclarations qu’elles estimaient être trompeuses « étaient souvent ce que je considérerais être de l’information factuellement correcte ».

De plus, même si ces personnes représentent « de 5 à 10 % » de la population, elles tendent à « être très militantes, elles y croient profondément et essaient d’en convaincre d’autres ». Elles peuvent ainsi avoir un impact non négligeable sur des élections locales où beaucoup de gens tendent à être moins impliqués, ou même « monopoliser le discours national pendant quelques semaines », comme on l’a vu avec le convoi de la liberté.

La particularité québécoise

Ces croyances conspirationnistes, tout comme la mésinformation qui en découle, sont fortement influencées par ce qui se passe aux États-Unis, où les fausses nouvelles sont beaucoup plus répandues, a expliqué M. Bridgman.

Cela pourrait expliquer en partie pourquoi le rapport révèle que les répondants québécois ont été moins nombreux à dire avoir été exposés à des informations trompeuses.

Il est probable que « la différence linguistique crée une sorte de barrière qui, même en étant imparfaite, ralentit et inhibe le transfert de mésinformation », a théorisé M. Bridgman, faisant valoir que les allégations concernant la sécurité du vote par la poste, sujet très débattu dans les élections américaines de 2020, avaient été très peu présentes dans les communautés francophones.

Le Québec n’est cependant pas à l’abri de ce genre de mouvance, mais risque d’être plus influencé par des pays comme la France, a-t-il dit.

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Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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