Le comité des langues officielles convoque la direction du Canadien National

Une controverse a éclaté la semaine dernière lorsqu’il a été rendu public que le CN n’avait retenu aucun candidat francophone pour son conseil d’administration.
iStock Une controverse a éclaté la semaine dernière lorsqu’il a été rendu public que le CN n’avait retenu aucun candidat francophone pour son conseil d’administration.

La « direction » de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) sera convoquée devant le comité permanent des langues officielles à la suite du tollé provoqué par l’absence de francophones sur le conseil d’administration du plus grand transporteur ferroviaire du pays.

Le comité a adopté à l’unanimité une motion en ce sens déposée par le porte-parole adjoint en matière de langues officielles du Nouveau Parti démocratique (NPD), Alexandre Boulerice, lundi après-midi, lors d’une réunion.

La motion précise que des membres de la direction du CN seront convoqués « dans les plus brefs délais » pour une réunion de deux heures « afin de répondre aux questions des parlementaires sur le respect des langues officielles au sein de son conseil d’administration et au sein de l’entreprise ».

Elle n’indique cependant pas que la cheffe de la direction du CN, Tracy Robinson, devrait comparaître. Lors de sa nomination en janvier, Mme Robinson avait commencé à suivre des cours de français pour pouvoir communiquer avec les employés et les clients du CN et « profiter pleinement de l’expérience de la vie au Québec ».

« On veut qu’ils s’expliquent. On ne veut pas justement qu’ils puissent s’enfermer en attendant que la tempête passe et en espérant que les gens vont regarder ailleurs. Nous, ce qu’on veut, c’est qu’ils viennent nous dire qu’est ce qui s’est passé, pourquoi, est-ce que c’est une habitude qu’ils veulent garder, est-ce qu’ils ont des correctifs qu’ils veulent apporter ? », a expliqué M. Boulerice en entrevue avec La Presse canadienne.

Le ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, sera également convoqué afin d’informer le comité sur ce que le gouvernement entend faire pour s’assurer du respect de la Loi sur les langues officielles au CN.

La motion d’origine a été amendée afin d’inviter aussi le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, étant donné qu’il est responsable de l’application de la loi.

Dans une déclaration écrite, le porte-parole conservateur en matière de langues officielles, Joël Godin, a estimé que le gouvernement « ne démontre pas d’intention de mettre fin à cette situation inacceptable ».

« Le cas du CN, en plus de celui d’Air Canada, prouve que le fédéral n’agit pas et que la Loi sur les langues officielles ne parvient pas à éviter que cela ne se reproduise encore », a-t-il écrit.

Une controverse a éclaté la semaine dernière lorsqu’il a été rendu public que le CN n’avait retenu aucun candidat francophone pour son conseil d’administration.

Le premier ministre Justin Trudeau avait dit être « époustouflé » par la situation et l’entreprise avait annoncé le jour même qu’elle corrigerait la situation grâce à la fin des mandats d’administrateurs « dans les prochains mois ».

M. Trudeau avait déclaré que les francophones du pays devraient siéger sur les conseils d’administration de toutes les grandes compagnies nationales, mais il avait refusé de dire si la nouvelle mouture de la Loi sur les langues officielles devrait inclure des modalités sur la composition de ces groupes d’administrateurs.

La controverse s’est poursuivie lundi matin devant le comité permanent des transports où le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval a interrogé un vice-président du CN, Sébastien Labbé, venu témoigner sur l’état de la chaîne d’approvisionnement du Canada.

« J’ai l’impression qu’on n’est pas sur la même planète », lui a-t-il lancé après cinq minutes. « J’ai l’impression que vous, vous n’en vivez pas de problème et vous n’en voyez pas. Et j’ai l’impression que de notre côté, c’est des lumières rouges qui s’allument. »

Lors de la période des questions, le Bloc québécois est revenu à la charge, le leader à la Chambre, Alain Therrien, faisant remarquer que le gouvernement Trudeau est mal placé pour déchirer sa chemise alors qu’il a nommé des unilingues anglophones aux postes de gouverneure générale et de lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue.

Dans une réponse partiellement en français, le ministre des Transports, Omar Alghabra, a dit en anglais, déclenchant des rires, que le CN est au courant qu’Ottawa trouve la situation « inacceptable ».

La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, a pour sa part réitéré son indignation et a affirmé que « c’est pour cette raison qu’on va de l’avant avec le projet de loi C-13, un projet de loi qui a plus de mordant, qui va donner plus d’outils au commissaire pour faire son travail ».

En réponse à une demande de clarification sur la façon dont le projet de loi forcera les entreprises assujetties à la Loi sur les langues officielles à avoir ne serait-ce qu’un francophone sur leur conseil d’administration, le bureau de la ministre a expliqué qu’elle faisait plutôt référence à un commentaire précédent voulant que tous les Canadiens doivent pouvoir être servis dans la langue officielle de leur choix par les entreprises à charte fédérale.

L’automne dernier, le chef de la direction d’Air Canada, une autre compagnie assujettie à la Loi sur les langues officielles, avait défrayé les manchettes lorsqu’il avait prononcé un discours livré essentiellement en anglais à Montréal. Michael Rousseau s’était aussi vanté d’avoir pu vivre depuis 14 ans dans la métropole sans parler un mot de français.

Un rapport préliminaire du commissaire aux langues officielles publié au début avril concluait que les plaintes portant sur le discours sont fondées.

 

M. Rousseau a passé un moment difficile lors de sa comparution il y a un mois devant le comité des langues officielles. Il avait assuré que le français est une « priorité » pour le transporteur aérien, ce qui n’avait pas impressionné les députés.

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