Trudeau juge «inacceptable» l’absence d’administrateurs francophones au CA du CN

Justin Trudeau a précisé avoir demandé à l’un de ses ministres «de s’assurer que le CN travaille rapidement pour rectifier la situation».
Photo: Chad Hipolito La Presse canadienne Justin Trudeau a précisé avoir demandé à l’un de ses ministres «de s’assurer que le CN travaille rapidement pour rectifier la situation».

Le premier ministre Justin Trudeau trouve « inacceptable » que la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (le CN), établie à Montréal, n’ait retenu aucun candidat francophone pour son conseil d’administration. Face à la controverse, le plus grand transporteur ferroviaire du pays s’est engagé en fin de journée à remédier à la situation.

« Je vais être honnête. J’ai été époustouflé d’entendre cette situation-là, qu’une compagnie comme le CN, une compagnie nationale, assujettie aux règles fédérales, assujettie à la Loi sur les langues officielles, n’ait pas vu ce qui s’est passé à Air Canada et n’ait pas appris la leçon, qui me semblait être tout à fait évidente », a lancé M. Trudeau jeudi lors d’une conférence de presse.

« Je comprends à quel point les gens sont frustrés, moi aussi, je le suis », a-t-il ajouté.

Bien qu’il ait dit estimer que les francophones du pays devraient siéger à tous les conseils d’administration de toutes les grandes compagnies nationales, M. Trudeau a refusé de dire si la nouvelle mouture de la Loi sur les langues officielles devrait inclure des modalités sur la composition de ces groupes d’administrateurs.

M. Trudeau a précisé avoir demandé à l’un de ses ministres « de s’assurer que le CN travaille rapidement pour rectifier la situation ».

Dans une déclaration en français transmise en fin d’après-midi, le CN a souligné que deux membres de son conseil d’administration termineront leur mandat « dans les prochains mois », ce qui permettra à l’entreprise de « corriger la situation » — même si aucune des 11 personnes dont la nomination a été annoncée récemment n’avait le français comme langue maternelle.

« Le conseil d’administration est hautement conscient des enjeux », a ajouté la société.

Jusqu’à récemment, le conseil d’administration pouvait désigner au moins un administrateur francophone, l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest, qui a démissionné pour se présenter à la course à la direction du Parti conservateur fédéral.

Récent tollé

 

Les problèmes linguistiques dans le monde des affaires de la province sont revenus à l’avant-scène en novembre, dans la foulée de commentaires formulés par le chef de la direction d’Air Canada, Michael Rousseau. Lors d’une mêlée de presse, ce dernier avait fait des déclarations — dont l’aveu de son incapacité à parler français — qui avaient déclenché un tollé.

La cheffe de la direction du CN, Tracy Robinson, a déclaré en janvier, lors de sa nomination, qu’elle avait commencé à suivre des cours de français pour pouvoir communiquer avec les employés et les clients du CN et « profiter pleinement de l’expérience de la vie au Québec ».

Le Canadien National, comme l’ancienne société d’État Air Canada, est assujetti à la Loi sur les langues officielles du Canada, qui oblige les institutions fédérales à fournir des services en anglais et en français sur demande.

Bien qu’il ne comprenne aucun administrateur de langue française, le conseil vante sa diversité à un autre égard : six de ses onze administrateurs sont des femmes, y compris sa cheffe de la direction.

Avant l’annonce du CN, le Bloc québécois avait exprimé sa « vive déception » concernant l’absence de francophones au conseil d’administration.

« Force est de constater que de plus en plus, le français devient une langue optionnelle au Canada, particulièrement chez les entreprises qui [font affaire au] Québec et qui sont soumises à la Loi sur les langues officielles, comme c’est le cas du CN ou d’Air Canada, a déclaré le porte-parole bloquiste en matière de langues officielles, Mario Beaulieu. Malheureusement, ce genre de situation se reproduira, tant qu’Ottawa refusera de laisser le champ libre à Québec dans sa volonté d’assujettir les entreprises fédérales à la loi 101. »

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