Des milliards en-deçà des attentes en défense

Le gouvernement annonce une grande révision de sa politique de défense, qui pourrait s’accompagner d’investissements supplémentaires.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Le gouvernement annonce une grande révision de sa politique de défense, qui pourrait s’accompagner d’investissements supplémentaires.

Les forces canadiennes et la guerre en Ukraine se sont vu consacrer un chapitre complet du budget fédéral, mais les sommes promises par Ottawa n’atteignent pas les attentes que la ministre de la Défense avait elle-même laissé planer. Certes, le budget militaire sera bonifié de huit milliards de dollars. Cette somme n’est toutefois même pas suffisante pour rattraper le retard déjà accusé. Pour la suite, le gouvernement annonce une grande révision de sa politique de défense, qui pourrait s’accompagner d’investissements supplémentaires.

Sur ces huit milliards de dollars promis dès cette année sur cinq ans, six milliards seront versés pour « respecter les priorités » de la Défense auprès de ses alliés de l’OTAN, en matière de défense continentale avec le Commandement de la défense aérienne de l’Amérique du Nord (NORAD) et pour ses Forces canadiennes. Le budget n’offre pas plus de détails. On prévoit 1,3 milliard de dollars en amortissement restant, puis des investissements de 1,4 milliard par an après les cinq premières années.

S’ajoutent 875,2 millions consacrés à la cybersécurité par le truchement du Centre de sécurité des télécommunications (CST), qui mènera des opérations pour déceler et contrer les cyberattaques au pays et aider à protéger les infrastructures essentielles, les systèmes gouvernementaux, ministères et sociétés d’État. La lutte contre les cybermenaces — qui ont augmenté de la part d’États étrangers, rapportait le CST — sera après financée à hauteur de 238 millions par année. Le CST créera enfin un programme de chaires de recherches d’universitaires, au coût de 17,7 millions sur cinq ans suivis d’investissements annuels de 5,5 millions.

Le budget fédéral 2022 en vidéo

L’expert en matière de défense David Perry reconnaît qu’une hausse du budget de huit milliards de dollars est importante. « Mais c’est seulement à peu près quatre fois plus que dans le budget de l’an dernier, alors que la Russie n’avait pas envahi l’Ukraine et que personne ne parlait d’atteindre la cible de 2 % du PIB visée par l’OTAN », note le président de l’Institut canadien des affaires mondiales.

En tenant compte des nouveaux investissements annoncés jeudi, les dépenses militaires du Canada atteindront environ 1,5 % du PIB en 2026-2027.

Défendre la démocratie

 

Pourtant, la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, a elle-même argué, dans son discours aux Communes, que « les démocraties du monde entier, y compris la nôtre, pourront être en sécurité seulement lorsque le tyran russe et ses armées seront vaincus ».

« La situation dans le monde a changé. Et il est nécessaire de dépenser davantage », a-t-elle convenu en conférence de presse. L’enveloppe de la Défense a d’ailleurs été revue à la hausse à la suite de l’invasion russe en Ukraine. « Mais il est important de faire des dépenses de manière planifiée et efficace », a-t-elle insisté.

M. Perry évalue que les sommes annoncées auraient à peine suffi à rattraper le retard déjà encouru en matière d’embauche de personnel, d’approvisionnement d’équipement et de maintenance du matériel existant, avant même de s’occuper du NORAD et de l’OTAN.

Le budget promet toutefois aussi une grande révision de la politique de défense canadienne. La dernière remonte à 2017, lorsque le gouvernement Trudeau avait bonifié ses budgets de 70 % sur dix ans pour atteindre 32,7 milliards en 2026 (et 25 milliards cette année) avant les ajouts de l’énoncé budgétaire.

« Il y aura de la pression pour que la révision livre non seulement des promesses détaillées, mais aussi de l’argent supplémentaire », prédit M. Perry.

Encore de l’aide pour l’Ukraine

Le budget promet par ailleurs 500 millions de dollars cette année pour envoyer encore davantage d’aide militaire en Ukraine. Les réserves de l’armée canadienne ayant déjà été épuisées, le gouvernement évaluera s’il procède à de nouveaux approvisionnements que l’armée enverrait ensuite à Kiev ou s’il passe par des partenaires commerciaux qui achemineraient directement le matériel.

Ottawa offrira encore jusqu’à un milliard de dollars en prêt au gouvernement ukrainien — en plus des 620 millions déjà octroyés sous cette forme.

Pour lutter contre la désinformation de façon générale, le budget prévoit 23,4 millions sur cinq ans par l’entremise d’une initiative du G7 (13,4 millions) puis du Bureau du conseil privé (10 millions).

Ottawa consacre enfin 100 millions sur six ans (à compter de l’an dernier) pour continuer de changer la culture au sein des Forces armées et notamment moderniser le système de justice militaire. D’autres investissements pourraient suivre le dépôt du rapport de l’ancienne juge de la Cour suprême Louise Arbour sur les inconduites sexuelles dans l’armée, attendu le mois prochain.



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